Un témoignage libre de Jean-Pierre Lasserre, aujourd’hui militant insoumis communiste, sur sa vie et son parcours politique. Propos recueillis par Nicole Sainz.
Fidèle toute une vie
« « Je suis venu au communisme comme on va à la fontaine » aurait déclaré le grand peintre Picasso lorsqu’il décida d’adhérer, après-guerre , au Parti Communiste Français. Quant à moi ce fut plus simple, étant donné l’adhésion, à la Libération, de mes parents. Et ainsi j’étais déjà « à la fontaine »…
En septembre 1956, voici donc précisément 70 ans, j’adhérai à l’Union de la la Jeunesse Communiste de France. À l’assemblée populaire de mon quartier, en janvier 1958, je complétai mon engagement en rejoignant la cellule Danielle-Casanova du Parti Communiste Français.
Mon père Jean-Marie avait intégré la Résistance (FFI) et participé à la libération de notre commune de Châteaudun (28). Mes parents adhérèrent au PCF à la Libération et y restèrent toute leur existence. Mes parents étaient d’actifs militants impliqués également dans des associations locales et étaient reconnus comme des gens simples, honnêtes, généreux, tolérants et serviables. Mon père était métallurgiste et ma mère, au foyer. Notre quartier Saint-Jean était habité de familles ouvrières, d’artisans et de commerçants, et était doté d’une petite paysannerie numériquement non négligeable.
Les influences cumulées des socialistes et des communistes prédominaient. Au plan religieux, l’activité des catholiques était intense. Le climat général était à la tolérance, à l’entraide par-delà les convictions. C’est dans ce contexte que j’ai grandi. C’est là que j’ai pu développer un travail politique intense et passionnant.
Je participai très tôt à la vente de notre presse et, en particulier, de l’Huma-Dimanche. Rapidement, nous comprîmes l’importance de la « propagande », et éditions et distribuions dans chaque foyer un bulletin de cellule mensuel, auquel s’ajouta plus tard un mensuel local La Voix du Peuple, dont je fus l’un des cofondateurs. Ces organes permirent de faire connaître notre juste politique nationale et internationale.
Nous luttâmes sans relâche pour la paix en Algérie sans omettre la solidarité à l’égard de nos appelés. Puis, même objectif de paix pour le Vietnam avec constitution d’un comité fort d’une centaine d’adhérents. Une pétition largement soutenue par nos concitoyens fut portée, par nos soins, à l’ambassade des USA à Paris.
Nous luttions aussi pour les revendications locales. Ainsi, nous obtenions gain de cause pour l’installation d’une cabine téléphonique publique dans le quartier. Une délégation de nos concitoyens alla remettre une pétition signée par la quasi totalité des habitants du quartier au Directeur Départemental des PTT Cette action fut déterminante.
Plusieurs cercles de la JC se créèrent dans la ville, porteurs des revendications de la jeunesse. J’aidai les autres cellules à se développer. J’allai tracter aux portes des entreprises, etc… Je fus élu dans les instances de direction de la Section puis au Comité fédéral (départemental). En mai 1964, dans le contexte de la Conférence fédérale, je fis la connaissance de Nicole, la plus jeune déléguée. Nous nous épousions en octobre de l’année suivante.
Entre temps, il y eut la campagne des municipales à Châteaudun, en mars 1965. La section du Parti proposa l’union au second tour sur la base des résultats du premier tour. En effet, il y avait 4 listes de gauche, une de droite… et 27 candidats par liste. Dans notre quartier, notre bon travail fut largement récompensé puisque je me retrouvais être second de tous les candidats !
Notre Parti devenait localement le premier parti de gauche. Toutefois, le maire sortant étant radical-socialiste, nous concédions leur maintien à ce poste sous réserve que nous obtenions la place de 1er adjoint. Notons que plus tard, en 1977, Châteaudun se dotera d’un maire communiste.
Mon objectif de vous conter ce militantisme lointain me permet d’établir quelques leçons toujours d’actualité. Ainsi, j’ai toujours agi avec humilité et sans ambition personnelle. Je me suis instruit dans les luttes pour la Paix, dans les combats quotidiens, contre les injustices, et toujours, en vue d’une vie meilleure tant individuelle que collective.
Cela a appelé, bien évidemment, la réflexion et la recherche des clés pour parvenir à un monde libéré de toute exploitation. J’ai appris dans les livres, certes, mais surtout dans les échanges avec les gens, ayant été vite adepte de l’adage énonçant que toute théorie est inutile si elle ne se traduit pas en action. Mais avant l’action, la réflexion et l’organisation de celle-ci sont nécessaires pour mener au succès.
Et toujours en recherche de la vérité, se poser la question : pourquoi ? Afin de comprendre, d’établir un juste constat et de générer les solutions adaptées. Cela m’aura permis d’éviter les écueils des décisions hâtives et scabreuses. Je n’ai jamais changé de ligne et je pense que l’existence m’aura globalement confirmé le bon chemin entrepris. J’ai la sainte horreur de ces politiciens débiteurs de beaux langages, corrompus, qui se servent de l’État mais ne le servent en rien, se comportant comme des caméléons, s’accrochant à leurs sièges d’élus.
En 2009, le Front de Gauche ouvrait une belle perspective, avec trois courants politiques cumulant leurs expériences. Localement, nous nous réunissions régulièrement. Et puis un Parti communiste, perdant la vision de l’union pour des motifs futiles, rendit impossible de continuer ensemble. Il me fallait poursuivre, pour l’union populaire, dans le cadre du mouvement insoumis.
D’ailleurs, avec le recul, quand on considère l’élection présidentielle de 2022 lors de laquelle l’apport des communistes aurait permis à la gauche d’accéder au second tour, le maintien de la candidature de Roussel fut une grave erreur entravant l’avenir de notre pays. Le Parti communiste n’a malheureusement plus rien à voir avec son passé glorieux, étant aujourd’hui dirigé par des opportunistes. Son influence est en constant déclin, alors qu’il pourrait tant apporter ! On peut toutefois se féliciter qu’un courant résiste, notamment parmi les députés.
Dès lors, la perspective offerte par les Insoumis m’est apparue comme le chemin le plus sûr pour sortir d’une situation, aujourd’hui, plus que périlleuse dans tous les domaines. Cette formation, en recherche permanente de répondre aux attentes de notre peuple a conçu un programme, édité en livrets et consultable, en constante mise à jour grâce à des consultations d’organisations spécialisées, de militants et sympathisants, avec le soin d’établir le budget en résultant.
L’organisation interne du mouvement est parfois contestée. Rien n’est parfait, mais, là encore les choses évoluent très favorablement avec la volonté de mettre à la portée des acteurs de terrain un fonctionnement efficace. L’Institut La Boétie permet la recherche idéologique et forme un nombre important de militants.
Les jeunes députés insoumis sont la parfaite démonstration d’un mouvement dynamique, ouvert et en capacité de mettre en place un gouvernement de l’Union Populaire, l’indispensable VIème République , d’animer la consultation nationale pour édifier une nouvelle Constitution…
Nous devons reconnaître les qualités exceptionnelles de ce leader que le mouvement et le pays ont la chance de posséder, en la personne de Jean-Luc Mélenchon. Issu de la sociale-démocratie, il en connaît tous les rouages. Son cheminement d’élu lui aura permis de maîtriser les fonctionnements (et les dysfonctionnements) de cet État bourgeois. À partir de ce descriptif sommaire, une question vient, inévitable : alors, pourquoi est-il si malmené par les médias, ses adversaires politiques, et surtout, par tous ceux qui jouissent du système actuel ? »
Image d’illustration : Photographie de Jean-Pierre Lasserre
