Congrès du PCF : les faits sont têtus


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Le parti-pris de Nos Révolutions, discuté le 5 juillet 2026.

Le congrès du PCF s’achève. Les adhérent·es du parti ont décidé de reconduire la politique défendue par Fabien Roussel et son équipe, à savoir :

– Sur le fond, une orientation plutôt située au centre-gauche, multipliant les contacts avec le MEDEF ou avec les ministres libéraux, peu conflictuelle quand la situation sociale ou géopolitique « chauffe » (Ukraine, Palestine, Nahel, Sainte-Soline, etc.) ;

– Au plan électoral, une alliance privilégiée avec le PS pour la plupart des échéances, et une candidature PCF séparée lors de l’élection présidentielle.

En parallèle, plusieurs camarades porteurs d’une voix unitaire ont été écartés de la direction nationale (le Conseil National, ou CN). Ce dernier a finalement été élu avec 70% des voix, signe que 30% des congressistes ne s’y reconnaissent pas. Des départements entiers se retrouvent privés de représentation nationale. 

En réalité, le rôle d’une organisation communiste en cette année électorale est à l’opposé de cette orientation : 1. amplifier la conflictualité de classe au lieu de l’atténuer, 2. fortifier la gauche radicale au lieu de la combattre. La décision du congrès est donc une mauvaise nouvelle pour le mouvement social, qui perd un point d’appui important à quelques mois de l’élection présidentielle. 

Pour quiconque regarde la situation avec lucidité, la construction d’une coalition radicale autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon est à l’ordre du jour. Ce front uni est essentiel pour entraîner largement dans le pays et pour vaincre les organisations de la bourgeoisie, à commencer par celles qui se positionnent à l’extrême-droite. Il existe d’ailleurs déjà dans les territoires, sous une forme embryonnaire, à chaque fois que nous nous mobilisons ensemble contre la fermeture d’un hôpital ou la délocalisation d’une usine. L’alliance législative et la négociation programmatique sont également sur la table. Pourquoi rejeter cette perspective ? Une telle démarche permettrait de renforcer le parti en l’impliquant dans une véritable campagne de masse.

En effet, pendant plusieurs mois, des millions de gens vont parler politique, s’intéresser, se positionner, devant la télé, à table, au travail, sur les réseaux sociaux. Le processus a d’ailleurs déjà commencé, et de fait, la campagne insoumise est devenue le point de ralliement de celles et ceux qui veulent changer le monde. Ceux-là, celles-là viennent pour la première fois au débat public, ou y participent depuis longtemps. Ils sont jeunes ou vieux, issus de différentes trajectoires migratoires, travailleurs manuels ou intellectuels, en banlieue ou à la campagne. Ils revendiquent la libération de la Palestine, la hausse des salaires, la sixième république, la planification écologique. Notre place est à leurs côtés, pour organiser, politiser et convaincre dans l’enthousiasme de la lutte.

Comme marxistes, nous estimons que le programme de la France Insoumise ne va pas toujours au bout, mais que sa mise en œuvre créerait une situation nouvelle, favorable à des avancées bien plus larges. De fait, la perspective d’une victoire électorale, en plus de mettre un coup d’arrêt à l’offensive fasciste dans notre pays, donnerait de bien meilleures conditions pour la lutte des classes et pour l’ensemble des mouvements qui œuvrent au progrès humain, antiracistes, féministes ou écologiques. Cette démarche n’est pas seulement défensive : c’est aussi un enjeu de stratégie révolutionnaire. Le processus de passage à la 6e République créerait une activité politique intense dans le pays, chacun se renseignant, s’exprimant, se regroupant. Alors, le torrent du peuple pourrait bien sortir de son lit, et la révolution démocratique, devenir une révolution sociale. Bien sûr, de telles avancées ne s’opèrent pas toutes seules. Le rapport de forces social devra prendre le relais du rapport de forces électoral. Grèves, manifestations de rue, occupations, expropriations, assemblées de travailleurs et/ou d’habitants : tous ces leviers peuvent jeter les bases d’institutions populaires alternatives à celles de la classe dominante. Le chantier est immense. C’est bien pourquoi nous aurions besoin d’un parti communiste qui joue réellement son rôle d’organisation révolutionnaire.

Quoi, la dynamique populaire à laquelle nous assistons serait une mauvaise nouvelle ? Il faudrait la dénoncer, chercher à l’empêcher, aspirer au calme plat, ou pire, relayer les calomnies de la bourgeoisie contre la gauche radicale ? Ce n’est pas acceptable.

Chacun voit bien qu’une candidature PCF isolée mène à l’effacement et à la marginalité, comme en 2022 (en fait, par bien des aspects, les conditions pour cette démarche sont encore moins favorables qu’en 2022). Elle implique aussi, pour nos animateurs et élus locaux, qu’ils se coupent des populations qu’ils représentent. L’isolement sera d’autant plus important à mesure que la menace de l’extrême-droite se précisera. À la fin, cette stratégie pourrait mener à la disparition du groupe communiste à l’Assemblée Nationale. Nous ne pensons pas que la vie parlementaire soit l’alpha et l’oméga de la vie politique, mais en tant que parti, il est important de pouvoir relayer les préoccupations populaires dans l’enceinte du parlement. Des générations de travailleuses et de travailleurs se sont battu·es pour que nos idées soient représentées dans ces institutions. Cette histoire doit continuer.

Alors, pourquoi cette décision du congrès, qui peut être difficile à comprendre de l’extérieur ? C’est simple. Le poids des conflits passés, la peur de l’avenir, la résignation ont dominé les débats. Le mantra qui circule dans les secteurs les plus démobilisés du pays — “la gauche ne pèse rien, le RN va l’emporter” — a fait des ravages. Ces affirmations sont fausses, mais elles suffisent à semer la panique. Foutu pour foutu, on se dit qu’au moins, avec un candidat, on va passer à la télé. Dans ce climat de grande confusion, l’aile modérée du parti se retrouve particulièrement influente (heureusement, lors du congrès national, elle n’a pas réussi à bloquer l’amendement contre l’impérialisme français en Afrique, adopté malgré l’opposition de la tribune par 49,5% contre 46,5% des délégués).

Naturellement, ce choix stratégique va susciter de la déception, et parfois de la colère, parmi tous les électeurs de gauche qui attendent des communistes un positionnement plus offensif. À ceux-là, nous disons : la déception ne doit pas vous mener à des mots insultants ou humiliants. Oui, le parti se trompe sur ce sujet, mais il ne s’y résume pas. Les militant·es PCF sont de toutes les luttes. Par leurs engagements politiques, syndicaux et associatifs, ils animent de nombreux espaces de solidarité, dans tout le pays. La mobilisation pour l’Humanité fait vivre le seul quotidien national qui se place du point de vue des luttes et des classes populaires. L’organisation de la Fête de l’Huma prouve à chacun·e que la fête et la musique peuvent être politiques, et que la politique peut être joyeuse. Bref : le PCF et ses adhérent·es apportent beaucoup à la gauche.

Il faut aussi garder en tête que, une fois sortis du huis-clos du congrès, les communistes seront amenés à se confronter au monde réel. Ils entendront ce que leur disent les gens sur les marchés, les jeunes dans les quartiers populaires, les salarié·es dans les boîtes, les intellectuel·les pauvres qui se retrouvent avec un diplôme mais sans perspectives professionnelles : “nous avons besoin de vous pour gagner, rejoignez l’aventure, ne restez pas sur le côté” ! Alors, il est possible que l’aigreur, même légitime, laisse la place à l’enthousiasme, la combativité, l’envie de faire et d’échanger.

Nous espérons en tous cas que l’idée fera son chemin et que les militant·es qui se sont rangé·es derrière Fabien Roussel pourront changer d’avis. Un nouveau vote est prévu, au début du mois de septembre, pour valider (ou invalider) la candidature. Nous interviendrons naturellement dans ce débat. D’ici là, il est possible que beaucoup de choses aient changé. Au-delà, les communistes sont souverains, et ils ont toujours le droit de réunir un congrès extraordinaire pour corriger les erreurs d’un congrès ordinaire (il faut pour cela rassembler 10% des adhérent·es, sachant qu’en 2026, le parti compte officiellement 37 286 adhérents).

Dans l’intervalle, nous ne nous contenterons pas de patienter en attendant que la marche de l’histoire veuille bien faire son travail. Nous voulons le communisme partout ! Il y a besoin d’un drapeau rouge dans le débat public ; une voix capable de parler de collectivisation des moyens de production, d’anti-impérialisme qui va jusqu’au bout, d’égalité radicale entre les individus, de lutte révolutionnaire pour le partage des pouvoirs ; et capable de porter ces idées auprès des millions de gens qui s’agrègent avec enthousiasme à la campagne de Jean-Luc Mélenchon.

Nous pensons donc qu’il faut construire un pont entre le mouvement communiste et la campagne insoumise. Nous appelons les communistes qui veulent agir dans ce sens à s’organiser, sans attendre. Nous savons qu’ils sont pluriels, évoluent parfois dans des réseaux différents et portent des préoccupations différentes. Il est d’autant plus important de se parler et de se coordonner. Nous proposons un rendez-vous national, à la rentrée, le dimanche 30 août à 14h. Nous y parlerons de l’avenir, mais aussi des initiatives déjà engagées dans les territoires, à l’image des comités antifascistes unitaires que nous construisons dans plusieurs villes. D’ici là, nous avons l’été pour échanger et pour regrouper nos contacts, parmi les militant·es, dans les luttes, dans les territoires. C’est ainsi que nous convaincrons nos camarades encore hésitants, et c’est ainsi que nous rendrons au communisme son influence dans le débat public : en montrant l’exemple, en agissant sans attendre pour ré-enraciner le mouvement communiste au cœur de la gauche radicale.

Pour entrer en contact et/ou pour signer cette tribune : contact@nosrevolutions.fr

Premier·es signataires : Patricia Alunno, Elsa Amand, Alain Aumont, Jean-Jacques Barey, Christine Bastouill, Aurélie Biancarelli, Hugo Blossier, Nathan Bothereau, Sophie Bournot, Jean-Bernard Buy, Roland Buy, Bruno Cadez, Roland Cazeneuve, Marylène Coeur-Joly, Mateo Crespo Garcia, Serge Crispin, Isabelle Croix, Gabriel Darmon, Manel Djadoun, Alain Dupiol, Yves Estager, Jean-Luc Flavenot, Anaïs Fley, Nadine Garcia, Grégory Geminel, Laureen Genthon, Mickaël Goardou, Alain Grangé, Fabrice Grillon, Antoine Guerreiro, Alain Guillou, Marie Jay, Alain Job, Alexis Ka, Jean-Pierre Kaspereck, Gleb Kutepov, Ilhame Kharbach, Daniel Larregola, Marie-Hélène Lebeau, Isabelle Lorand, Jacques Martinez, Léo Michel, Colette Mo, Nuria Moraga, Hervé Nédélec, Basile Noël, Philippe Pellegrini, Odile Planson, Théau Poulat, Hugo Pompougnac, Mona Queyroux, Marjolaine Rauze, Bruno Reis, Henri Rogé, Maryse Rousseau, Yvette Saintier, Nicole Sainz, Annabelle Skowronek, Guillaume Spiro, Philippe Sultan, Gilles Tasset, Michel Turoman, Sébastien Vidal, Sylvie Vilter, Daniel Volle, Laurence Winterhalter, Bozena Wojciechowski, Rustam Zubkov


Image d’illustration : French Communist Party Headquarters Paris,  20 mars 2005, TPCOM, CC BY-NC 2.0

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