Nationaliser n’est pas étatiser. Pour l’appropriation collective de l’acier


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Demain (11 juin 2026) aura lieu à l’Assemblée nationale un vote sur la prise de participation de l’état dans Arcelor Mital. Un vote positif est déterminant et indispensable pour la sauvegarde de l’emploi et de la sidérurgie française. Pour aller plus loin, ci-dessous l’intervention d’Hervé Nédélec à la réunion du 22 mai à Martigues.

Le thème de la nationalisation, comme celui de la planification économique et écologique, est central dans le projet communiste. Pour ces deux termes, je souhaite apporter dans le débat des éléments de distinction entre une nationalisation communiste une nationalisation étatique.

Dans le cas d’Arcelor-Mittal, deux projets ont été mis sur la table : la création d’un établissement public industriel et commercial (EPIC), au travers de la mise en place d’une compagnie nationale de l’acier porté par les sénateurs communistes, et le rachat d’actions de la SA Arcelor-Mittal valorisé à 5 milliards d’euros porté par les députés insoumis.

Si ces deux projets sauvent dans l’immédiat les emplois menacés et la production française d’acier, ils sont de nature différentes. L’EPIC se fonde sur des objectifs définis démocratiquement et ne génère pas de profits. Les bénéfices liés aux gains de productivité et au surtravail restent dans l’entreprise sous forme de recherche et développement, de formation, d’investissement ou de baisse des prix des productions. Une participation dans la société anonyme conduit uniquement l’État à nommer un nouveau dirigeant, en remplacement du dirigeant capitaliste, sans sortir du marché.

En effet, la lutte communiste pour une économie planifiée se définit comme une négation du capitalisme de marché et de la concurrence généralisée, qu’elle soit entre les producteurs ou les pays. L’économie planifiée devrait être basée sur la coopération au travers de structures locales ou nationales, qui pourraient définir démocratiquement les décisions de production et valider les besoins du pays et des populations.

Cela met donc en avant deux éléments : 1) la démocratisation des décisions 2) une nationalisation qui se débarrasse de la concurrence liée à la recherche du meilleur taux de profit. 

Arcelor est directement concerné puisque Mittal : 

  • Refuse d’investir à Fos ou à Dunkerque dans la décarbonation de la production d’acier, détruit la santé des salariés et des habitants, pollue les sols, l’eau et l’air sans aucun contrôle efficace ;
  • Obéit à des critères de planification tournés vers le profit immédiat avec l’aide des subventions des états européens ;
  • Annonce des licenciements et l’arrêt des productions en France et avec l’aide des technocrates fixe l’arrêt des hauts fourneaux en 2030 ;
  • Pour finir, fait du chantage à l’emploi pour obtenir des aménagements des quotas carbone.

Pourtant la demande d’acier est constante pour notre pays et pourrait se développer si on analysait les besoins non satisfaits. Car l’acier est nécessaire pour la construction et nous avons besoin de plus de logements décents. Il est également indispensable pour les transports et pour la filière des énergies renouvelables, notamment des éoliennes.

Notre planification centrée sur l’analyse des besoins et sur la préservation de l’environnement ne peut se faire qu’au travers de conférences régionales centrées autour de pôles publics et de thèmes concrets (énergie, transport, logement). Dans ces conférences, la participation des salarié·es est indispensable car ce sont elles et eux, avec leurs élu·es et leurs syndicats, qui portent la compétence et l’expertise.

Aux côtés des élu·es locaux·les et nationaux·les, des pouvoirs publics, des dirigeant·es, des services publics et des entreprises privées, elles et ils sont les seul·es en capacité d’organiser des productions qui préservent l’environnement, la santé au travail, l’utilité sociale des productions et la maintenance des outils.

C’est dans ce cadre que la nationalisation d’Arcelor prend tout son sens. Pour une lutte communiste, la nationalisation d’Arcelor n’est pas un titre général, ce n’est pas un slogan, c’est une notion très concrète qui reprend largement la conception de la démocratie économique. Une nationalisation démocratique et écologique a pour objet de rendre à la nation des outils de production stratégiques comme l’énergie, l’acier, les transports, la chimie et les autres biens communs.

Aller vers une appropriation par les salarié·es et la population de ces outils est indispensable. Mais pour y parvenir, les salarié·es doivent avoir un droit de blocage et de décision sur la production et les investissements non conformes à la planification et aux propositions des CSE.

Ceci dit, la nationalisation ne peut uniquement se résumer à l’apport de capitaux publics pour redresser une situation dégradée. Ce serait encore le fameux : socialiser les pertes – privatiser les gains. Une nationalisation communiste doit gagner le changement des normes de gestion, en adoptant des critères qui tournent le dos à la recherche d’un taux de profit concurrentiel pour qu’ils soient centrés sur le bien-être au travail, la démocratie sociale, économique et la préservation de l’environnement.

Une gestion qui cesse de courir après les taux de profit à deux chiffres réalisés aux États-Unis mais qui a comme but d’offrir au pays des productions utiles. Le rachat d’Arcelor par l’État, valorisé à 5 milliards d’euros, est un cadeau fait à Mittal car l’État récupère des sites pollués avec des installations délabrées.

Pour sauver Arcelor à Fos, les emplois directs et indirects, les emplois induits, la formation professionnelle et toute l’économie du territoire, nous sommes obligés d’affronter le capital dans ce qu’il a de plus violent et de plus inhumain. Un rachat d’action ne peut suffire. Mittal doit rendre l’argent et être exproprié.

La nationalisation d’Arcelor ne réussira donc que si elle se fait dans le cadre d’une planification démocratique, si le pouvoir réel est donné aux salariés, ouvriers, sous-traitants et ingénieurs et si elle sort du marché pour se tourner vers une production axée sur les besoins.


Image d’illustration : Vue de l’aciérie d’ArcelorMittal à Serémange (intégrée au complexe sidérurgique de Florange), depuis les cowpers du haut fourneau P6. Wikipédia Commons, par Borvan53.

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