ÉDITO. À Nairobi, l’alliance du capital contre les peuples


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Les 11 et 12 mai 2026, la capitale du Kenya, Nairobi, est devenue un épicentre international de la lutte des classes. D’un côté, le sommet Africa Forward, vitrine de l’impérialisme et du néolibéralisme ; de l’autre, le Sommet panafricain contre l’impérialisme (PASAI), point de ralliement des forces populaires et panafricaines contre l’impérialisme français.

Pour Macron, l’enjeu de ce sommet co-organisé avec le président kenyan William Ruto est évidemment économique, mais pas seulement. Après l’éviction des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Macron cherche un ancrage en Afrique de l’Est. En signant un accord de coopération militaire prévoyant le déploiement de 800 soldats français sur le sol kényan, il ne veut pas la stabilité régionale, mais la protection des flux de marchandises vers l’océan Indien. Il s’agit de garantir la sécurité des investissements du grand capital français dans un corridor stratégique.

Derrière les poignées de main diplomatiques se cache un pillage économique systématique. Le Kenya est l’un des pays les plus endettés du continent. L’austérité imposée par les créanciers internationaux asphyxie les travailleurs et transforme le pays en une machine à extraire de la valeur au profit des banques occidentales. Alors qu’une petite oligarchie de 125 individus possède plus de richesses que 42 millions de Kényan·es, le coût de la vie a bondi de 50% depuis 2022. C’est ce marché que Macron vient conquérir, avec 140 entreprises françaises déjà implantées et un milliard d’euros d’investissements promis dans les secteurs de l’énergie, du numérique et de l’agro-industrie.

Pour imposer cette alliance cynique, le régime de Ruto maintient l’ordre par une violence d’État brutale. Le bilan est lourd : au moins 120 manifestant·es tué·es et 3 000 arrestations depuis son arrivée au pouvoir en 2022. La répression cible particulièrement la jeunesse, fer de lance de la contestation contre le projet de loi de finances dicté par le FMI en 2024, notamment par l’utilisation de milices numériques et de “trolls” pour surveiller et harceler les opposants au régime sur les réseaux sociaux. L’arrestation de Booker Ngesa Omole, secrétaire général du Parti communiste du Kenya (PCM-K), est également emblématique. Enlevé et torturé par la police en février 2026, il est aujourd’hui toujours incarcéré à la prison de Kitengela pour avoir dénoncé la subordination de la souveraineté kényane aux intérêts de la finance internationale.

Dans une vidéo publiée sur nos réseaux sociaux ce 12 mai, nous dénonçons avec nos camarades du média Communistes et Matérialistes, co-organisateurs du sommet PASAI, l’arrestation arbitraire d’un militant français par la police de Ruto lors d’une manifestation contre le sommet Africa Forward, et la répression systématique contre les forces d’opposition au régime complice de l’impérialisme français.La France doit cesser sa politique impérialiste au Kenya et sur l’ensemble du continent africain. Nous exigeons le retrait des troupes étrangères, l’annulation inconditionnelle de la dette et l’arrêt immédiat des politiques d’austérité du FMI. L’avenir de l’Afrique appartient à ses peuples, pas aux prédateurs capitalistes.


Image d’illustration : State Visit of President William Ruto of Kenya to Rwanda | Kigali, 4 April 2023, CC BY-NC-ND 2.0

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