ÉDITO. La culture n’est pas à vendre


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Grasset n’était pas une forteresse de la gauche radicale. Peu importe. Ce qui s’est passé là n’est pas une querelle éditoriale, c’est un acte de pouvoir. En écartant Olivier Nora, Bolloré a montré qu’il entendait dicter, depuis ses holdings médiatiques, la ligne idéologique de l’une des plus grandes maisons d’édition françaises.

La réponse des autrices et auteurs a été immédiate et courageuse : plus de 130 d’entre eux ont choisi de partir, refusant d’être, selon leurs propres mots, « les otages d’une guerre idéologique pour imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias« 1.

Mais cette situation doit aussi nous amener à regarder ce qui existe en dehors des grands groupes. Pendant que Bolloré rachète et muselle, des centaines de maisons d’édition indépendantes tiennent bon, souvent à bout de souffle, avec des équipes réduites, des diffusions fragiles. Elles publient des voix que les grands groupes n’auraient jamais prises. Elles font vivre une littérature de risque, de diversité, d’exigence. Soutenir l’édition indépendante, c’est refuser de laisser le marché du livre aux seules mains de ceux qui veulent en faire un outil idéologique. C’est un geste politique autant que culturel.

Dans un live Twitch, la streameuse Ultia, nouvellement nommée membre de la commission du « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales » (ex CNC-Talents) a affirmé qu’elle ne soutiendrait pas de projet ouvertement d’extrême-droite. En quelques heures, elle est devenue la cible d’harcèlement en ligne par l’extrême-droite, qui s’est aussi attaqué directement au CNC, allant jusqu’à menacer ses agent·es en charge de ce fonds d’aide.

Quelques jours plus tard, une représentante du CNC a pris la parole depuis le festival Frames à Avignon (plus gros festival dédié à la création en ligne) a annoncé la suspension du fonds d’aide2 dont dépendent, concrètement et financièrement, de nombreux youtubeurs, streameurs, créateurs sur TikTok. Des gens dont c’est le métier. Des gens que l’institution vient d’abandonner au premier coup de semonce réactionnaire.

Cette capitulation envoie un message grave : il suffit d’intimider, et les institutions plient.  Une institution déjà fragilisée par les attaques politiques du RN qui tente régulièrement de simplement le supprimer. 

Face aux capitulations, il existe pourtant d’autres choix. À Carcassonne, le Festival du film politique a décidé de ne pas soumettre de demande de subvention à la municipalité, depuis que le Rassemblement national en a pris les rênes3. Un choix radical, et lourd de conséquences financières pour un événement qui, comme tant d’autres dans le secteur culturel, vit grâce aux financements publics. Mais un choix courageux, qui garantit une liberté éditoriale. L’année prochaine, toutes et tous au Festival de Carcassonne !


  1. https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-l-integralite-de-la-lettre-de-depart-et-la-liste-des-115-auteurs-signataires-qui-quittent-la-maison-d-edition_6680470_3234.html ↩︎
  2. https://www.cnc.fr/professionnels/communiques-de-presse/a-propos-du-fonds-cnc-talent-abroge-et-du-nouveau–fonds-daide-a-la-creation-pour-les-plateformes-sociales_2569324 ↩︎
  3. https://festival-cinema-carcassonne.org/fiffh/up/Accueil/2026/Communiqu%C3%A9s/cm-cinebastide-14-04-2026.pdf?_t=1776243337 ↩︎

Image d’illustration : « Siège des éditions Grasset et Fasquelle », photographie du 20 février 2022 par LPLT (CC BY-SA 4.0)

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