Le 9 mars 2026, l’équipe de Nos Révolutions publiait une proposition de texte alternatif pour le congrès du PCF, qui se tiendra début juillet. En visitant le site Communisme Partout, les communistes, comme celles et ceux qui se reconnaissent dans ces idées, sont invité·es à contribuer, amender, enrichir et réagir aux orientations qui y sont présentées.
Nous publions ici la contribution de Hervé Nédélec, militant syndical et politique à Martigues (13).
Que faut-il penser de l’offre fédérative faite le 7 février 2026 par Jean-Luc Mélenchon, englobant programme, présidentielle et législatives 2027 ?
Transformer l’essai
Dans un premier temps, l’offre est séduisante, mais les communistes unitaires ont des choses à dire à ce sujet. Cette proposition fait suite à l’annonce de l’organisation de primaires par d’autres candidats de gauche, ou de l’intention affirmée par le PCF de présenter un candidat.
De plus, depuis cette proposition les choses ont évolué, en premier lieu les déclarations lors de la dernière campagne de Hollande, Delga, Glucksmann et consorts sur les gauches irréconciliables, puis celle de Mélenchon affirmant qu’ il y aura « dans tous les cas » un candidat insoumis. Tous ces dirigeants font pour moi fausse route, car ils adoptent la démarche de la 5ème République et de l’homme (ou la femme) providentiel.
Jean-Luc Mélenchon, qui prend cette initiative, ne va pas au bout de sa proposition et reste sur le contournement des corps intermédiaires et sur l’idée que la démocratie serait un rapport direct entre le « peuple » et un pouvoir central. C’est aussi le cas de la logique des primaires nationales, comme de celle des désignations par les directions des partis. Les électeurs ne sont là que pour valider des décisions prises ailleurs.
Jean-Luc Mélenchon a fait beaucoup allusion ces dernières années à la Révolution française. La « grande Révolution » est d’un apport inestimable, mais concernant l’exercice du pouvoir elle a débouché sur un jacobinisme qui laisse la part dominante à la bourgeoisie. Donner sa juste place au prolétariat, c’est le rôle des communistes. Investir le processus proposé par LFI pour lui donner tout son sens et se référer à l’autre révolution, la Commune de Paris, c’est notre chemin. Développer la proximité entre les citoyen·nes et leurs dirigeant·es, leurs contrôles et leur possible révocation permet d’envahir cette fédération.
La FI avec sa « fédération » et son « communalisme » pose les bases du débat, et on peut l’en remercier. Nous pouvons quant à nous le faire évoluer. L’essai est marqué, nous devons le transformer : les catégories populaires, à l’image des salarié·es dans les grèves, ont besoin de corps intermédiaires et de structures de proximités pour maîtriser leurs luttes et leurs représentant·es.
Refusons dès maintenant la 5ème République et sa délégation de pouvoir portée à son paroxysme par cette élection présidentielle. Car cette logique est faite pour maintenir les rapports sociaux en l’état et assurer la continuité du système de domination capitaliste. Faire de la politique autrement est un slogan, mais le mettre en place immédiatement est de notre responsabilité.
Faire comme on sait faire
Pour atteindre une situation de rupture, nous devons adopter une autre logique de mobilisation. Prendre nos armes, faire jouer nos atouts, préparer cette fédération comme on prépare une grève ou une mobilisation citoyenne, s’inspirer davantage des syndicats, des associations, des Gilets Jaunes et autres formes d’auto-organisation nous permettra de nous débarrasser du carcan des règles de nos adversaires. C’est comme dans une guerre asymétrique : jouons notre partition, pas la leur. Si on prend les armes de nos adversaires, si on fait comme eux, on perd ; si on commence à imposer nos règles, notre logique, notre culture ils ne peuvent tenir. Nous avons le nombre, nous connaissons le terrain, ils n’ont que l’argent.
Maintenant, les Français·es veulent maîtriser les processus où ils s’engagent du début à la fin. La seule question est donc de savoir comment la majorité va se reconnaître dans la démarche fédérative. Construisons cette mobilisation pour prendre le pouvoir comme on construit les autres mobilisations, comme on obtient dans une association une décision majoritaire, en 5 étapes :
- Avoir majoritairement le besoin impérieux de changer ;
- Mesurer la possibilité collective de s’auto-organiser et de réussir ;
- Être individuellement acteur et auteur du processus ;
- Avoir les moyens individuels et collectifs de contrôler la démarche du début à la fin ;
- Évaluer en permanence le rapport coûts-avantages de l’action.
Ce n’est pas une question de méthode, c’est la décision d’être nous-mêmes, de faire à notre manière et d’actualiser en permanence notre potentiel de réussite. Si la fédération proposée par LFI n’est pas centralisée et si elle est suffisamment représentative des territoires, alors elle restaurera l’espoir dans les quartiers et les entreprises.
Assumer nos différences à gauche pour combattre le fascisme
Au regard du rapport de force réel, on comprend que la FI se positionne comme leader à gauche, et vues les différentes lignes, je crois que nous n’échapperons pas à une compétition entre gauche de transformation sociale et gauche sociale-démocrate. Ceci-dit, c’est un débat sain et il peut donner de la force à l’ensemble de la gauche en clarifiant les enjeux et en mobilisant les citoyen·nes dans la clarté de leurs différences avant le vote. Mais que dire de cette petite dizaine de candidats putatifs, qui jouent à se projeter dans une campagne présidentielle sans représenter des vraies différences de ligne ou revendiquer une union sans débat de fond pour battre le RN ?
Dénoncer le racisme et le suprématisme est un préalable mais ne peut suffire ; la lutte contre le fascisme se gagne d’abord dans les cerveaux, sur des contenus émancipateurs et sur une perspective politique. Ceux qui ont instrumentalisé les crimes de guerre du Hamas et ont dévoyé le concept d’antisémitisme pour affaiblir LFI et qui utilisent maintenant l’épouvantail du RN comme prétexte pour ne pas mener les débats internes à la gauche et pour cacher leurs renoncements sur le fond, ceux qui se sont associés aux macronistes pour sauver le budget et le gouvernement Lecornu portent une responsabilité dans la force du RN. Le PS porte la responsabilité d’avoir détruit le NFP et l’espoir qui allait avec, la politique de l’autruche est pour moi une impasse. Il faut des clarifications.
La question de l’affaiblissement du RN, c’est la question du respect de tous face aux suprématistes. C’est aussi la question des perspectives de lutte et de l’espoir d’une vie meilleure. Pour combattre le RN, nous avons besoin d’un PS qui aura clarifié ses positions, qui reviendra à la ligne d’origine sur le budget et affichera son engagement sur le programme du NFP. Nous avons besoin d’un PCF qui ne va pas négocier une participation au gouvernement incompréhensible et qui ne rencontre pas le MEDEF sans raison. Les Français·es sont très fins en politique et très intelligents, et ces compromissions sont insupportables aux gens qui souffrent de ne pouvoir vivre dignement, ou même tout simplement correctement, aux gens victimes du racisme. Seule la clarté des positionnements politiques et du respect des engagements compte pour être accepté dans les mobilisations des Français·es contre le fascisme.
Créer la 6ème République et avoir les débats au grand jour
La société nouvelle dont les couches populaires ont besoin se construit dès aujourd’hui. Pour échapper à la machine à diviser que sont les primaires nationales, on pourrait organiser une désignation citoyenne dans chaque circonscription. D’abord, on débat bien en amont sur les 577 candidat·es de la gauche radicale aux législatives, et sur l’actualisation du programme de rupture sur la base du programme du NFP.
Ensuite il faut, me semble-t-il, pour réellement sortir de la logique de la 5ème république et de l’homme providentiel, que ces 577 candidats porteurs des éléments de programme désignent en même temps que le candidat à la présidentielle, le Premier ministre et les cinq ou dix ministres principaux qui vont le porter. Ensuite, on présente aux Français·es deux listes, l’une de 577 pour l’Assemblée, et l’autre de douze pour gouverner. Bien évidemment, d’autres dispositifs peuvent aller dans le sens de cette démarche.
Mais mis à part la mise en place technique et les réglages de « tringlerie » dans l’organisation des candidatures, je crois que les communistes unitaires doivent peser publiquement en prenant Mélenchon, Roussel, Tondelier, Autain, Faure, Ruffin et les autres par la gauche en posant dès maintenant les bases d’une 6ème république qui donne le pouvoir aux citoyen·nes bien avant les scrutins. En choisissant les candidats dans des assemblées citoyennes, les militant·es et les citoyen·nes s’empareraient des enjeux. Un dispositif de ce genre pourrait contraindre les dirigeants de gauche qui acceptent en réalité le jeu de la 5ème République et la démarche « homme ou femme providentiel » à changer de logiciel.
J’aime bien le concept développé dans le texte « Communisme Partout » d’un débat politique mené au grand jour, et non à quatre dans une pièce fermée. Cette nouvelle manière de faire vivre les partis et le débat citoyen correspond, je crois, aux attentes des Français·es. Ils doivent pouvoir peser sur tous les choix, comme ceux des ministres bien en amont et cesser ces dramaturgies ridicules d’être suspendu à la décision de deux monarques lors des compositions gouvernementales.
La révolution et la 6ème république, ce n’est pas que pour demain ; ça commence aujourd’hui, en récupérant notre pouvoir d’agir et en créant immédiatement du renouveau démocratique.
Image d’illustration : « Front de Gauche Demonstration for a 6th Republic – 05May13 – Paris (France) – 63 », photographie du 5 mai 2013 par Philippe Leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)
