Élections municipales : la lutte continue


Shares

Les élections municipales viennent de s’achever. Elles sont un fait politique, mais pour beaucoup, elles sont d’abord un fait militant. Nous n’avons pas, dans le camp de la transformation sociale, de grands groupes médiatiques ou de réseaux patronaux qui travaillent pour nous. La conviction et la mobilisation, nous les obtenons en parlant au porte-à-porte, en collant des affiches, en distribuant des tracts, en bataillant sur des plateaux de télévision où nous sommes encerclés par des éditorialistes tous plus libéraux ou réactionnaires les uns que les autres. Voilà donc le premier message que nous voulons adresser : BRAVO !

Communistes, insoumis, trotskystes, groupements anticapitalistes au sein de l’écologie politique : tous appartiennent, pour nous, à la même famille, celle des « rouges ». Ils font face aux mêmes intimidations, aux mêmes difficultés, aux mêmes doutes aussi.

Bravo aux militant·es qui se sont levé·es tôt le matin et couché·es tard le soir, qui ont agi, parlé, convaincu, mobilisé, souvent au prix de compromis difficiles avec la vie professionnelle, la vie familiale, les loisirs. Les journées sont déjà bien pleines quand on travaille pour vivre. Trouver du temps à consacrer à l’intérêt général, y compris contre le courant de l’idéologie dominante, est noble. Bravo aux maires nouvellement élu·es, bravo aux camarades qui ont gagné et aux camarades qui ont perdu. Bravo, aussi, aux électrices et aux électeurs qui ont bravé la consigne médiatique et ont glissé un bulletin de lutte dans l’urne. 

Il y a des stratégies différentes, des points de désaccord et des points d’accord, mais nous nous ne sommes pas de ceux qui méprisent l’engagement. Si la démocratie est malade, ce n’est pas de celles et ceux qui s’en saisissent pour essayer de changer le monde. Nous connaissons la valeur du militantisme, et nous la respectons.

Maintenant, place aux leçons stratégiques et aux réflexions.

Il y a un an dans ce texte, nous pronostiquions que cette élection dépasserait de loin les seules questions municipales. Le poids écrasant de la polémique nationale sur l’élection, décourageant les alliances à gauche au moment même où la droite et l’extrême-droite convergeaient, nous a donné raison.

Les raisons de ce phénomène sont simples lorsqu’on les observe en matérialiste. Les communes, décret après décret, budget après budget, sont de moins en moins autonomes de l’État. Par conséquent, le débat municipal est de moins en moins autonome du débat national : la main de l’État apparaît pour ainsi dire partout. Cette réalité administrative est elle-même le fruit d’une réalité économique : concentration et globalisation du capital obligent, les territoires sont pris dans des chaînes de valeur de plus en plus vastes, sur lesquelles ils ont peu de prise. Le pendant social de cette réalité économique et politique est la mobilité accrue des populations et leur hyperconnexion. Leur vie quotidienne se déploie dans un espace qui excède bien souvent celui de leur ville ou de leur village. Résultat, la politique nationale surgit derrière tous les sujets de politique locale, et donc, les élections nationales surgissent derrière toutes les élections locales.

Deuxième observation, les idéologues du système peinent de plus en plus à comprendre le réel. Ainsi, ils ont passé les dernières semaines à prédire l’écrasement de la gauche radicale, et notamment de la France Insoumise, et se retrouvent à manger leur chapeau en découvrant qu’au contraire, elle réalise une percée. Nous analysions déjà ce genre de phénomène d’auto-intoxication au début de l’été dans ce texte. Il vient du fait que, en-dehors des périodes électorales et des mouvements sociaux, les classes populaires manifestent peu leur avis politique, ou plutôt, elles ont peu de leviers pour le faire entendre. En réalité, elles ont peu de temps à y consacrer : elles sont prises dans la vie quotidienne, les journées de travail harassantes, les enfants à amener au sport, les pépins de santé, etc. Dès lors, les catégories plus aisées de la population se retrouvent entre elles et, n’étant pas contredites, commencent à confondre leur opinion avec celle du peuple. Jusqu’au démenti suivant…

Troisième observation : il est faux de dire que la percée de la gauche radicale est seulement celle de la France Insoumise. Les insoumis, assurément, n’ont pas démérité. Mais les communistes, eux aussi, sont capables d’entraîner largement, dès lors qu’ils font une proposition combative, rassemblée et positive à leurs partenaires et aux populations. La victoire à Nîmes, face au RN, est emblématique de cette manière de faire, mais on la retrouve dans bien des territoires, à Gennevilliers ou à Ivry en Île-de-France, à Tarnos dans les Landes ou à Avion dans le Pas-de-Calais.

Si le parti agissait à l’échelle nationale comme il agit dans tous ces territoires, quel enthousiasme il pourrait soulever ! Ces deux énergies, communiste et insoumise, se sont combinées avec bonheur dans bien des villes, au premier rang desquelles Saint-Denis.

Quatrième observation, nuançant les précédentes, l’état de déliquescence avancée du centre libéral se manifeste de manière largement atténuée à l’échelle municipale, par rapport aux élections nationales. Cela tient au fait que dans les territoires, les candidats bourgeois sont directement immergés dans les milieux de notables, les chambres de commerce et d’industrie, les différents réseaux de clientèle dont ils sont les porte-paroles. Il leur est donc bien moins difficile d’organiser la négociation et donc la convergence entre les différentes composantes du « bloc bourgeois ». Il arrive même que le phénomène domine les étiquettes politiques, comme à Strasbourg, où la droite a obtenu l’alliance de la candidate socialiste pour faire barrage à la gauche écologiste, communiste et insoumise. Loin d’être des “barrages” contre l’extrême-droite, ces gens servent de tremplin au clan Le Pen.

Cinquième observation : par-delà Nîmes, la gauche de rupture est, elle, un adversaire redoutable, à la fois contre l’extrême-droite – comme à Méricourt ou à Entraigues-sur-la-Sorgue – et contre la droite radicalisée – comme au Blanc-Mesnil. Les fascistes prospèrent sur la peur, l’individualisme et le renoncement. Le seul moyen de les vaincre et de leur opposer l’espoir, la fierté populaire et le renversement de l’ordre établi.

Quant à nous, tout au long de cette bataille, nous nous sommes efforcés, humblement, comme média militant, d’informer et de donner du courage. Lors des soirées électorales, nous avons communiqué trop bruyamment, selon certains pour faire connaître les victoires de notre camp social. La démarche a plu, puisque nos publications ont totalisé 500 000 vues sur l’ensemble de nos réseaux sociaux.

Bien sûr, nous ne sous-estimons pas les défaites, et notamment la consolidation de l’archipel municipal frontiste, dans les territoires où les solidarités sont les plus dégradées ; et nous sommes profondément meurtris par le brunissement de Nice, ville-frontière qui devient une ville-mirador. Dans tous ces territoires, l’heure est à la résistance. Pour autant, nous pensons que la vie ne se limite pas, et ne doit pas se limiter à constater les difficultés. Notre intention est de promouvoir une fierté militante combative et optimiste. Nous espérons y parvenir car c’est là, selon nous, ce qui fait le tissu de la lutte révolutionnaire : le combat et l’optimisme.

Maintenant que l’élection municipale est passée, notre intention est de faire entendre ce message au sein du congrès du PCF, avec la proposition de texte d’orientation « Communisme partout ». L’idée que nous défendons est simple : il y a besoin d’un parti communiste au cœur de la gauche, franchement marxiste, unitaire et dévoué à la cause du mouvement social. Pour cela, il faut prendre la mesure de « l’ère des révolutions » dans laquelle nous sommes entrés, et agir en conséquence : au lieu de gérer l’échec, agissons pour la victoire !

Si vous souhaitez aider, c’est simple : soutenez le texte, amendez-le, commentez-le, faites-le circuler. Chaque geste compte.

Vous le trouverez ici : www.communismepartout.fr.


Image d’illustration : « Bureau de vote – dimanche 21 mars 2010 – Gennevilliers », photographie par Patrice Leclerc – Photothèque du mouvement social

Shares

fr_FRFrançais