Édito. Élections municipales, l’occasion d’un renouveau démocratique ?


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Dans cinq semaines aura lieu le premier tour des élections municipales, dans les 35 000 communes de France.

La dernière fois que nous nous sommes rendus aux urnes, c’était pour l’élection législative anticipée de 2024. Le déni de démocratie par Macron suite aux résultats, son refus de remettre les clés du gouvernement à l’opposition, a interrogé des millions d’entre nous sur la portée réelle du vote. Si le vote n’est pas politiquement contraignant, y compris pour le président de la République, comment peut-il exprimer la souveraineté populaire ?

Et pourtant, le moment électoral continue à apparaître comme l’épicentre de la vie démocratique, comme sa forme la plus aboutie. Dans un régime ultra-présidentiel comme celui de la 5ème République, en réalité tous les désaccords, toutes les contradictions, sont renvoyées à un vote unique, tous les cinq ans pour choisir le monarque présidentiel.

Cela s’inscrit dans un contexte où depuis plusieurs années, le peuple a connu l’échec répété des grands mouvements sociaux. Nuit Debout en 2016, les Gilets jaunes en 2018, les mobilisations contre la réforme des retraites… Autant de moments d’expression populaire, mais aussi de répression policière poussée à son paroxysme. Ayant perdu l’affrontement avec le pouvoir le peuple se retourne alors, sans trop y croire, vers le dernier outil à sa disposition, le vote. Parfois (souvent) il s’abstient massivement, parfois lorsqu’il en perçoit l’enjeu – comme en 2024 –, il se mobilise.

Le vote, pourtant, a tant été vidé de son sens et malmené sous les deux mandats Macron, que le caractère « démocratique » de notre régime suscite des débats grandissants. La Constitution n’a pas été formellement violée, mais le suffrage est de plus en plus « filtré » par les institutions qui prétendent en tirer leur légitimité. L’écart entre la volonté populaire et les politiques effectivement mises en œuvre grandit, et le moment de l’élection se rabougrit, devenant un rituel social ne garantissant plus de réel contrôle sur les représentants.

Les élections municipales, cependant, peuvent offrir l’occasion de travailler, par en bas, au renouveau démocratique. 2020 mis à part (dû au contexte Covid), elles suscitent une forte mobilisation populaire, souvent au même niveau que la présidentielle. Les maires et les conseils municipaux, s’ils restent contrôlés par les préfets, disposent tout de même de pouvoirs importants dans leurs communes – y compris en matière démocratique.

Aussi, le développement de nouvelles pratiques démocratiques locales dans de nombreux programmes de candidat·es de gauche est une bonne nouvelle. Responsabilité renforcée des élu·es, référendums locaux, dynamiques de participation citoyenne… Face à la crise démocratique et à l’essor de l’extrême droite, il faudra aller encore plus loin – condition pour que les communes deviennent non seulement des espaces d’expérimentation démocratique, mais aussi des leviers de conquête du pouvoir national par le peuple.


Image d’illustration : « Référendum sur le conseil unique d’Alsace – Un bureau de vote à Strasbourg », photographie du 7 avril 2013 par Rue89 Strasbourg (CC BY-NC-ND 2.0)

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