Le nombre de victimes de la répression intérieure en Iran talonne désormais l’effroyable bilan humain du génocide à Gaza. Selon les données recoupées par l’ONG Iran Human Rights (IHR) et les rapports récents du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, la répression des mouvements de contestation et l’accélération frénétique des exécutions capitales en Iran ont fait basculer le pouvoir dans la violence de masse.
Avec plus de 42 000 morts recensés depuis 2022 (début de la vague de contestation « Femme, Vie, Liberté » et de l’intensification des purges militaires), le régime des Mollahs tue à une cadence industrielle.
Au cœur de la résistance héroïque en cours, les femmes iraniennes constituent la première ligne d’un mouvement qui ébranle les fondements mêmes de la dictature. En défiant notamment l’obligation du voile, elles s’attaquent au pilier symbolique et juridique de l’ordre patriarcal utilisé par le régime pour discipliner l’ensemble de la société.
En réponse, les patrouilles de la « police des mœurs » multiplient les arrestations, tandis que les tribunaux « révolutionnaires » prononcent des peines de prison de longue durée et des condamnations à mort contre celles qui osent revendiquer le slogan « Femme, Vie, Liberté ». Dans les centres de détention, comme à la prison d’Evin, la répression prend les formes d’une violence extrême, allant de la torture physique aux violences sexuelles utilisées comme outils d’anéantissement psychologique.
Pourtant, des figures comme Narges Mohammadi continuent de porter la voix des opprimées depuis leurs cellules, prouvant que la détermination des femmes à briser les chaînes de l’obscurantisme religieux et de l’exploitation capitaliste reste, malgré le sang versé, un moteur invincible des luttes populaires.
Les chiffres de la répression ne sont pas qu’une statistique. Ils viennent en miroir de ceux de Gaza, où les bombardements de l’armée israélienne ont atteint des sommets de criminalité. D’un côté, un État colonial soutenu par l’Occident ; de l’autre, une théocratie – honnie par les mêmes États -, qui utilise la « résistance » comme paravent à l’écrasement de son propre peuple. Le régime de Téhéran, acculé par une crise économique structurelle et une inflation galopante, cherche son salut dans la militarisation et la répression pour maintenir l’accumulation du capital à son profit.
Dans le même temps, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a rallumé la mèche de la pression maximale. Pour Trump, l’Iran n’est qu’un pion stratégique sur l’échiquier de la domination énergétique mondiale. En asphyxiant le peuple iranien par des sanctions criminelles, Washington ne cherche pas la « démocratie », mais le contrôle des routes du pétrole et le démantèlement de toute influence concurrente à l’hégémonie du dollar.
L’Union européenne, quant à elle, gère ses contradictions. Emmanuel Macron, fidèle à sa ligne de « l’en même temps », condamne les exécutions du bout des lèvres tout en maintenant des canaux ouverts pour les intérêts des grands groupes industriels français, espérant ramasser les miettes d’un éventuel effondrement du régime. La politique de la France n’est pas celle de la solidarité avec les travailleurs iraniens, mais celle de l’alignement sur ses intérêts et ceux de l’OTAN, tout en tentant de préserver une influence néocoloniale dans la région. À Paris comme à Berlin, on préfère un ordre brutal à une révolution populaire qui remettrait en cause les structures de propriété et les alliances géostratégiques.
Soutenir les travailleurs iraniens en grève, les femmes qui défient la police des mœurs, les militants syndicaux emprisonnés face au régime, c’est lutter contre l’un des plus odieux visages du capitalisme mondialisé et son bras armé, la guerre.
Image d’illustration : « Iran Protests », photographie du 22 octobre 2022 par Taymaz Valley (CC BY 2.0)
