Le 40e congrès du PCF est prévu en juillet 2026. Un congrès est habituellement un moment important dans la vie d’une organisation, à l’occasion duquel elle définit sa ligne, élit sa direction, et si besoin, tranche entre des orientations différentes.
Et assurément, en 2026, il y a beaucoup de choses à dire.
Chacun voit bien que le capitalisme est en faillite complète, et n’a que la guerre, le réchauffement climatique et la pauvreté à nous proposer ; chacun voit aussi que les régimes dits de « démocratie libérale » sont de moins en moins démocratiques et de plus en plus libéraux. De toute évidence, il est temps de changer le monde, et nous aurions bien besoin d’un parti communiste combatif, dévoué et créatif pour y parvenir.
Chacun voit aussi que l’équipe de Fabien Roussel est dans l’impasse, et qu’il faut arrêter les dégâts. Sinon, dans quelques années, il ne restera plus de parti communiste du tout.
Bref : les discussions importantes ne manquent pas. C’est bien pourquoi les premiers éléments de communication sur le congrès semblent un peu… déconnectés.
Un débat incompréhensible
Le 10 janvier dernier se tenait le conseil national du parti, qui a lancé le processus de congrès. La lecture du compte-rendu nous apprend que pour Fabien Roussel, l’enjeu est de fixer l’ambition du parti « pour les 15 à 20 prochaines années », à savoir « la construction de l’union du peuple de France ». Rien que ça ! Il faut donc, poursuit-il, « bâtir un projet solide, crédible, partagé et partageable ». Quel est-il ?
Justement, le rapport d’Hervé Poly indique qu’un « groupe de travail » devra mener une « réflexion stratégique visant à redéfinir le chemin vers une société communiste au XXIe siècle ». Diantre ! En poursuivant la lecture du rapport et des contributions des uns et des autres, on s’aperçoit que le débat principal porte sur l’usage du mot « socialisme ». Il s’agirait d’éviter deux écueils, « la théorie du communisme déjà-là », qui “efface la rupture”, et « la rigidité d’étapes figées », qui “démobilise”.
Pourquoi un débat aussi tarabiscoté, aussi incompréhensible ? La période politique est dure. Face à cette difficulté, le groupe dirigeant est visiblement tenté de se réfugier dans de réconfortantes abstractions.
Les faits sont têtus
Revenons sur terre un instant. Le groupe dirigeant du parti a passé les sept dernières années à céder du terrain à nos adversaires tout en divisant activement la gauche. On se souvient de la « gauche des allocations », de l’appui à la politique de l’OTAN en Ukraine, des appels au calme en toutes circonstances et en tous lieux ; on se souvient des vœux d’anniversaire au Figaro, des déclarations d’amitié pour Darmanin, de la communion à l’université d’été du MEDEF sur « la valeur travail », des atermoiements confus à chaque fois que Macron a annoncé un remaniement ministériel.
Est-ce de l’électoralisme ? Non, même pas. Roussel émarge à 2,28% aux présidentielles, Deffontaines à 2,5% aux européennes. Le rapport de forces au sein de la gauche s’est tellement dégradé pour le PCF qu’aux législatives de 2022 et 2024, nous n’avons pas réussi à négocier plus de 50 candidat·es communistes dans toute la France.
On se souvient aussi que l’apogée de cette politique a été atteinte dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre 2023. Dès le 12 novembre, Fabien Roussel annonçait sur LCI que « la NUPES c’est terminé » au prétexte de prétendues ambiguïtés de la FI sur le Hamas (son intervention fut rapidement appuyée par une « déclaration du conseil national »). Au même moment, alors que les bombes commençaient à pleuvoir sur Gaza, l’appui du parti aux initiatives unitaires du Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens était suspendu.
Communisme déjà-là, transition révolutionnaire, socialisme ? Discutons-en autant qu’on voudra, mais commençons par être à la hauteur de nos engagements, ici et maintenant. Pour le reste, ce ne sont pas des problèmes si difficiles, pour peu qu’on évite de les embrumer.
Que faire ?
Premier défi : il faut chasser la bourgeoisie du pouvoir, sans quoi la « révolution » n’est qu’un vain mot. Comment faire ? Il y a deux exigences principales :
1- Les luttes doivent monter en importance, en combativité et en généralité, à l’entreprise et dans la rue. Dans l’immédiat, cela signifie que nous devons nous y impliquer plus systématiquement, pour les soutenir et y diffuser nos idées. Ce chantier requiert de s’organiser, avec méthode et souplesse, d’une manière qui encourage le débat contradictoire, et surtout, en nous tournant vers les millions de gens qui veulent agir pour changer le monde. Assez des huis-clos, assez des petits groupes ! Un vrai parti communiste doit marcher avec le grand nombre !
2- En parallèle, les représentants politiques des classes populaires doivent défaire les représentants politiques des classes dominantes, que ce soit la version « consensus libéral » à la Hollande/Macron/Pécresse, ou la version « bruit des bottes » à la Retailleau/Darmanin/Le Pen. Il faut donc mettre en chantier l’alliance de la gauche radicale, puis de toute la gauche. Dans cet esprit, les haines recuites, notamment à l’égard de la FI et de Mélenchon, sont nuisibles. Fabien Roussel nous parle des 20 prochaines années. Comme si nous avions 20 ans devant nous !
À l’occasion de ces mobilisations, qu’elles soient sociales ou électorales, le rôle des communistes est simple ; ils ont la responsabilité de durcir le conflit, d’armer les consciences, de diffuser des revendications plus tranchantes. Nous avons des différences importantes avec la FI, oui, et quand nous aurons fini de perdre du temps en querelles sectaires, quand nous serons alliés et que nous nous battrons pour le pouvoir, nous serons enfin audibles pour les faire entendre. Propriété collective, démocratie radicale, internationalisme jusqu’au bout : voilà les mots d’ordre qu’il faut diffuser dans le pays !
Poursuivons. En supposant que nous parvenions à renverser Macron (ou son successeur), que proposons-nous d’accomplir ?
Affronter la réaction capitaliste
La première urgence, pour une telle coalition arrivant au pouvoir, est de frapper les puissances d’argent avant qu’elles ne donnent le premier coup. N’oublions pas Tsipras, mis à genoux par la Troïka, ni Allende, qui a affronté pire encore. Les capitalistes sont des chiens enragés lorsqu’on touche à leurs privilèges. Aucune stratégie de transformation sociale n’est crédible si on ne répond pas à ce problème. Il faut des propositions précises, pour que chacun puisse y réfléchir, en débattre et les partager autour de lui . C’est ainsi que la révolution devient une alternative politique crédible, suscitant l’espoir, l’engagement, la mobilisation ; quand on est capable de décrire les problèmes qu’elle doit résoudre, et donc les mesures qu’elle doit prendre !
Par exemple :
Mesure 1 : Saisir les principales banques du pays. Désormais, le crédit et l’investissement passent sous contrôle démocratique.
Mesure 2 : Rétablir l’état de droit. Le gouvernement diligente une enquête contre tous les riches suspects d’évasion fiscale, et contre tous les patrons suspectés d’avoir volontairement détruit des entreprises ou l’environnement au nom de la rentabilité actionnariale. En attendant, garde-à-vue ; les capitaux ne s’enfuient pas quand on surveille leurs propriétaires.
Mesure 3 : Réparation de la sécurité sociale. Retour au contrôle ouvrier des caisses de sécurité sociale, frais de santé remboursés à 100%, retraite à 60 ans alignée sur les meilleures années de salaire (avec rattrapage automatique des inégalités salariales pour les femmes), rétablissement des droits au chômage sans perte de revenus.
Mesure 4 : la démocratie à l’ordre du jour. Dans l’immédiat, Référendum d’Initiative Citoyenne, autonomie fiscale complète des communes, révocabilité des exécutifs mais aussi des hauts responsables administratifs, directions d’entreprise élues par les salariés. En parallèle, convocation d’une assemblée constituante.
Mesure 5 : Renégociation immédiate des traités inégaux, en particulier avec les pays d’Afrique de l’Ouest, et rupture des coopérations militaires avec les gouvernements engagés dans des opérations de conquête impérialiste (USA, Israël, etc.).
Et après ?
Ces cinq mesures peuvent être engagées en quelques semaines. Dans cet intervalle, les choses auront beaucoup avancé, mais l’essentiel restera à faire. Le marché n’aura pas encore été supprimé, pas plus que la propriété privée des moyens de production. Les institutions de la cinquième république seront encore debout. Les mœurs individualistes et inégalitaires de la bourgeoisie pourriront toujours les relations humaines. Les bras armés du système capitaliste – armée, police – n’auront pas été démocratisés.
Notre objectif immédiat est plus modeste. Nous voulons prendre les capitalistes entre le marteau du mouvement social et l’enclume du gouvernement. L’essentiel, à ce stade, est donc que la société se mette en mouvement, largement, profondément, de la tour HLM la plus haute jusqu’au plus petit village. L’essentiel, c’est que les millions de gens qui n’en peuvent plus sachent que le gouvernement est digne de confiance, qu’ils peuvent s’impliquer pleinement dans la vie démocratique. L’essentiel, enfin, c’est que les capitalistes comprennent bien ceci : l’époque où l’on pouvait exploiter les autres êtres humains s’achève, et ceux qui ont commis ces crimes ont intérêt à se tenir à carreau.
L’OTAN et la commission européenne hurleront, il faudra les fracturer et emporter d’autres pays avec nous. Dans ce domaine, les preuves d’internationalisme que nous aurons données nous aideront. La brutalité de Trump et la servilité des dirigeants libéraux aussi.
Débattons pour de vrai !
Ces quelques idées ne forment pas un programme achevé. Elles ont été rédigées rapidement, pour faire comprendre ce que nous avons en tête quand nous disons : le débat ne doit pas avoir lieu dans le ciel des idées, mais au niveau du sol, de la lutte des classes. Que voulons-nous faire ? Avec qui, comment ? Voilà la question qui attend les communistes, et plus largement, toutes celles et tous ceux qui ont compris qu’il faut en finir avec le capitalisme.
L’équipe de Fabien Roussel est-elle capable de porter ce travail ? De défendre ces idées, non pas dans des commissions ou des sous-commissions du conseil national, mais au grand jour, à l’assemblée nationale, sur les plateaux de télévision ? De toute évidence, non : elle a eu 7 longues années pour le faire, et ne s’en est jamais préoccupé. Maintenant, il est temps de tourner la page. Certains le disent depuis le début, d’autres sont en train de le découvrir. Tous, en tous cas, devraient se parler et proposer, ensemble, un texte alternatif à celui de la direction sortante.
Image d’illustration : « Communist Party Headquarters », photographie du 28 avril 2008 par Lauren Manning (CC BY 2.0)
