ÉDITO. La révolution du Rojava en danger !


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Depuis le mois d’octobre dernier, les forces du gouvernement intérimaire syrien issues principalement du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) mettaient la pression sur les quartiers kurdes d’Alep, Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh, notamment en en bloquant les accès.

Une offensive brutale

Depuis le 6 janvier, les tensions et escarmouches se sont transformées en réelle guerre visant à éradiquer la présence kurde à Alep entraînant la fuite de près de 150 000 civils tandis que les combattants des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) composées majoritairement de kurdes évacuaient la ville entre le 9 et 11 janvier.

Le gouvernement de Damas dirigé par Ahmed al-Sharaa a également lancé une offensive plus large contre les positions des FDS à l’est d’Alep. Les forces syriennes ont avancé rapidement dans des zones comme Deir Hafer et Maskanah après le retrait kurde.

L’offensive s’est ensuite étendue aux provinces de Raqqa et Deir ez-Zor (ouest de l’Euphrate). Les FDS ont annoncé un retrait vers l’est de l’Euphrate pour éviter une escalade tandis que Raqqa, l’ancienne « capitale » du groupe État Islamique (EI), tombait le 18 janvier.

Objectif : liquider l’expérience du Rojava

Ces offensives appuyées par la Turquie et les différents groupes de mercenaires armés et financés par elle ont réduit de manière drastique le territoire aujourd’hui encore contrôlé par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Les champs pétroliers sont aux mains des gangs de Damas. Kobanê est assiégée. Des prisons comme Al-Shaddadi ou celle d’Al-Aqtan ont été attaquées libérant déjà des milliers d’anciens combattants de l’EI. Bien qu’une base de la coalition internationale soit toute proche de la prison d’Al-Shaddadi, il n’y a eu aucune intervention.

Le camp d’Al-Hol ou se trouvaient de nombreux parents et enfants de combattants de l’EI n’est plus aujourd’hui sous le contrôle des FDS.

Ce raid mortel n’est pas une simple attaque mais une campagne pour liquider l’expérience autonome du Rojava qui dure depuis plus d’une décennie, perçue comme incompatible avec un État syrien unifié. L’objectif de cette campagne est la fin d’un projet révolutionnaire où démocratie confédérale et égalité femmes-hommes vont à l’encontre du projet politique des anciens djihadistes qui dirigent aujourd’hui la Syrie.

Un pouvoir de Damas cynique et brutal

Cet assaut apparaît comme la continuité des attaques contre les Druzes au sud et contre les Alaouites sur la côte méditerranéenne. C’est la mise en place d’un projet sectaire que le cynisme d’Al-Sharaa accompagne de déclarations comme le statut de langue nationale accordée au kurde, ou Nowruz (Nouvel An kurde) décrété fête nationale et jour férié. De même, il parlait d’accord de « cessez-le-feu » pour ce qui n’était qu’une proposition de capitulation.

Sévèrement réprimés actuellement également dans le Kurdistan iranien (Rojhilat), les kurdes ne sont pas vaincus. Ni Damas, Ni Ankara, Téhéran ou l’Irak de Saddam Hussein n’ont pu liquider depuis des décennies le combat que mène les Kurdes pour leurs droits.

Les milliers de martyrs que leur a coûté la victoire contre l’EI ne doivent pas être morts en vain. Alors que les dirigeants kurdes de Syrie ont appelé à la mobilisation générale ainsi que les Kurdes des États voisins à les rejoindre et sont largement entendus. Les alliés d’hier dans la lutte contre le fanatisme de l’EI et les institutions internationales se doivent aussi de réagir.

Alors que les USA, l’UE et tout particulièrement la France semblent vouloir s’accommoder d’un djihadiste relooké en costume cravate avec levée des sanctions et investissements prévus, l’urgence est à la protection des Kurdes et des autres minorités de Syrie !

Partout en France, en Europe, même à Istanbul, les peuples se lèvent pour dire non au massacre !

Levons-nous pour Rojava !


Image d’illustration : « YPJ soldiers with their rifles stand in formation », photographie du 4 avril 2016 par Kurdishstruggle (CC BY 2.0)

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