COP30 : la planète est l’affaire des peuples du monde


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Le parti-pris de Nos Révolutions, discuté le 23 novembre 2025.

Du 10 au 21 novembre 2025, la 30e Conférence des Nations unies sur le climat (COP30) s’est tenue à Belém, en Amazonie brésilienne. Un choix symbolique : l’Amazonie, poumon vert de la planète, est aussi l’un des territoires les plus menacés par la déforestation, l’extraction minière et l’agro-industrie. De fait, derrière les discours officiels, la réalité est cruelle : le capitalisme international voit la forêt et le (sous-)sol amazoniens comme des ressources appropriables, qui attendent simplement d’être exploitées. Cette contradiction n’est pas un accident, mais la preuve que le capitalisme est incapable de résoudre la crise écologique. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir à ses fondements : le capitalisme a besoin d’exploiter toujours plus la nature et les êtres humains pour générer du profit. Tant que ce système dominera, aucune COP, aussi bien organisée soit-elle, ne pourra empêcher la catastrophe climatique.

Le capitalisme détruit les conditions de notre vie sur terre

Le capitalisme repose sur une logique simple : produire pour vendre, vendre pour réaliser du profit, et réinvestir ce profit pour produire encore plus et dégager davantage de profit. Cette course sans fin à l’accumulation a des conséquences désastreuses pour la planète.

Le pétrole, le gaz et le charbon sont au cœur de l’économie capitaliste. Ils alimentent les usines, les transports, l’agriculture industrielle, et permettent aux marchandises de circuler toujours plus vite et toujours plus loin. Pourtant, la situation est critique : si nous voulons éviter un réchauffement climatique catastrophique, il faut laisser 80% des réserves connues de combustibles fossiles sous terre1. Mais les entreprises et les États capitalistes s’y refusent, car cela signifierait renoncer aux milliards de dollars de profits. Au Brésil, le gouvernement de Lula mène une lutte difficile. Il cherche à faire reculer les atteintes à la forêt tout en poursuivant des objectifs de développement économique, dans un pays frappé par la pauvreté. En parallèle, les fascistes brésiliens servent de bras armé et de relais institutionnels à la politique des multinationales, directement contrariée par l’action du gouvernement.

La forêt amazonienne est une réserve de biodiversité, en plus d’être un puits de carbone essentiel pour limiter le réchauffement climatique. Mais pour maximiser leurs profits, les grandes entreprises agricoles utilisent des pesticides, déforestent massivement et épuisent les sols. Partout, le processus est le même. D’abord, les capitalistes exploitent et rasent les forêts, puis font basculer la production sur du pâturage pour bovins, et enfin sur de la monoculture industrielle jusqu’à épuisement total de la vitalité des sols. On marche sur la tête : tout au long de ce processus, des terres extrêmement productives avec peu de capital entrant sont transformées en des terres épuisées dont le rendement doit être soutenu, en injectant énormément d’intrants et de polluants. Au lieu de remettre en cause ce modèle, les gouvernements et les institutions internationales proposent seulement des « solutions » comme les marchés carbone, qui permettent aux pollueurs de continuer à polluer en achetant des « crédits » à bas prix. Qui en profite ? Une poignée de grands propriétaires terriens et de multinationales comme Cargill ou JBS, qui s’enrichissent en détruisant la forêt. Les peuples autochtones, qui façonnent et protègent ces territoires depuis des siècles, sont chassés, criminalisés, parfois assassinés pour leur résistance.

En bref, pour accumuler toujours plus de profits, le capitalisme a besoin de piller les sols (pétrole, minerais, eau) et d’exploiter le vivant (la force de travail, la biosphère) pour fonctionner, tout en mobilisant toujours plus de capitaux (intrants, pesticides, polluants divers) pour contourner les conséquences de la destruction du vivant sur la production. C’est sa contradiction fondamentale : pour survivre, il doit détruire les conditions mêmes qui rendent la vie humaine possible sur Terre.

Les luttes populaires, grandes absentes des COP

Depuis 30 ans, les Conférences des Parties (COP) se succèdent, et la situation climatique ne fait qu’empirer. Pourquoi ? À la place des coopérations démocratiques internationales dont nous avons besoin pour trouver des solutions à grande échelle, les COP sont l’arène de gouvernements qui se contentent pour la plupart de faire semblant, et des entreprises privées qui n’ont pour seul objectif que de sécuriser leurs profits en bloquant les négociations, ou pire, ouvrir de nouveaux marchés “verts”. Il est invraisemblable que les COP soient accueillies par des États antidémocratiques qui détruisent activement des écosystèmes, comme lors des deux précédentes éditions (Azerbaïdjan et Émirats-Arabes-Unis). Au contraire, il faut prendre appui sur la seule force crédible pour accomplir la transition écologique, à savoir les peuples en mouvement, et remettre en cause le capitalisme en son fond : productivisme débridé, propriété privée des moyens de production, recherche du profit à tout prix. 

Les luttes, justement, ne manquent pas. À Belém même, les mobilisations les plus importantes sont venues des peuples autochtones. Des milliers de personnes (Munduruku, Kayapó, Teko, Waorani, et bien d’autres) ont marché, bloqué l’entrée de la COP, et dénoncé la complicité des gouvernements avec les entreprises qui détruisent leurs territoires. Malgré l’immanquable caractère local de leur lutte, leurs mots d’ordre sont internationalistes et s’adressent à tous les peuples : la forêt n’est pas une marchandise ; sans droits territoriaux, pas de justice climatique. Elles et ils ont été rejoints par les paysan·nes du Mouvement des Sans Terre (MST), des travailleur·ses, des jeunes activistes, des syndicats brésiliens. Ensemble, ils ont organisé des marches, des blocages, et un « Sommet des Peuples » parallèle à la COP officielle, avec pour mot d’ordre « La réponse, c’est nous ! ». 

Les luttes de ce type traversent l’ensemble du Sud global, où les capitalistes déploient un extractivisme écocidaire et meurtrier, et produisent les biens de consommation « jetables » des pays riches, en pressurisant et exploitant au maximum les travailleuses et les travailleurs des territoires sous domination impérialiste. C’est le cas par exemple des ouvrier·es du textile au Bangladesh, des mineur·ses au Congo, ou encore des paysan·nes en Inde. Naturellement, tou·tes n’ont pas les mêmes moyens pour résister, les mêmes traditions de lutte, les mêmes points d’appui stratégiques dans la lutte des classes. 

De leur côté, les classes populaires des pays riches sont de plus en plus conscientes de la catastrophe en cours. En réalité, elles organisent déjà leur quotidien selon des contraintes de sobriété : elles connaissent la valeur des choses, ont l’habitude de réparer plutôt que de jeter, n’hésitent pas à construire ou échanger plutôt que d’acheter. Par-dessus tout, elles savent coopérer, dans la vie comme au travail. Elles ne sont pas le problème – contrairement à ce que prétend une certaine officialité politico-médiatique –, mais la solution. De plus, des luttes comme celles contre les mégabassines et pour une gestion collective de l’eau sont un point de ralliement entre différentes couches sociales, par exemple les paysan·nes pauvres du centre-ouest et les militant·es radicaux des grandes villes. Peuples autochtones en lutte pour leurs territoires, ouvrier·es et mineur·ses des pays dominés, classes populaires des pays riches : contre le capitalisme fossile, l’alliance de ces différentes composantes du prolétariat international ouvrirait la voie vers la victoire.

Le communisme, seule solution viable

Le capitalisme vampirise le vivant, appauvrit les travailleurs, creuse les inégalités, et sacrifie les plus vulnérables : ce système catastrophique démontre que l’humanité n’a pas encore dépassé le stade de la préhistoire. De fait, le capitalisme est, à ce jour, le plus abouti des systèmes d’accumulation économique : il est tout à fait adapté pour accumuler toujours plus, mais certainement pas pour organiser la vie sociale selon des critères intelligents. Par sa quête insatiable de profit au mépris de tout, il est même fondamentalement destructeur pour l’humanité et le vivant.

Seules une économie et une vie sociale planifiées démocratiquement, au service des besoins humains et du vivant, peut être une alternative crédible face à l’effondrement en cours. Il doit s’agir d’un mouvement mondial, qui s’attaque aux causes du problème : le capitalisme et l’impérialisme.

Concrètement, cela signifie :

  1. Redistribuer les richesses. Aujourd’hui, 1% de la population mondiale possède plus que les 99% restants. Il faut mettre fin au règne des capitalistes pour celui de toutes et tous. Le peuple doit disposer des ressources collectives « de chacun·e selon ses moyens, à chacun·e selon ses besoins » : c’est le communisme.
  2. Socialiser les moyens de production. Les grandes entreprises (pétrolières, minières, agroalimentaires) doivent être placées sous contrôle démocratique et être libérées des rapport d’exploitation, qui sont un obstacle à la production effective et détruisent la santé des travailleur·ses. Leur objectif ne doit plus être le profit, mais la satisfaction des besoins humains et écologiques.
  3. Construire des démocraties réelles. Déterminer quels sont les besoins humains et écologiques ne peut se faire que par la participation active et continue de tout le peuple à la vie démocratique. Les travailleur·ses doivent organiser collectivement la gestion des entreprises, et les citoyen·nes prendre régulièrement part aux décisions sur les grands projets (transports, logement, énergie). Ainsi seulement les peuples pourront se débarrasser de l’obscurantisme et de la dictature de quelques-uns.
  4. Respecter l’écosystème et les limites planétaires. Il s’agit d’un débat central et difficile. Il est mû par deux contradictions. D’une part, l’exploitation illimitée de la planète provoque l’effondrement des conditions de la vie humaine sur terre ; d’autre part, l’activité industrielle et le développement économique conditionnent l’existence de très nombreux êtres humains. Il n’y a pas de réponse facile. Les gauches ont à affronter ce débat, dans leur diversité, en co-élaborant des chemins de transformation à la fois soutenables et souhaitables pour l’avenir.
  5. Planifier la révolution écologique. Au lieu de laisser le marché décider, c’est la population qui doit décider des priorités : quelles énergies développer, quelles industries reconvertir, faire décroître ou disparaître ? Quelles infrastructures inventer, rénover, maintenir, démanteler, dépolluer ? Comment repenser les villes et les campagnes pour développer l’autonomie collective et coordonnée des territoires, en synergie avec les cycles naturels ?
  6. Organiser la coordination internationale. Les instances de délibération et de décision internationales doivent être organisées démocratiquement par les travailleur·ses du monde entier, à égalité. Cela ne sera possible qu’avec la prise en main des économies du Sud global par celles et ceux qui y travaillent. Les pays dont le confort a dépendu de l’exploitation et du pillage impérialistes devront redéfinir leurs besoins, leur production et leurs échanges internationaux pour y mettre fin.

Que faire maintenant ?

La COP30 a montré deux choses. D’une part, les gouvernements et les capitalistes n’épargneront ni le climat ni le vivant dans leur course au profit. Leurs « solutions » sont des leurres, destinés à perpétuer leur pouvoir. D’autre part, les vraies solutions viennent des luttes populaires. Les autochtones, les paysans, les travailleur·ses, et les jeunes qui se sont mobilisé·es à Belém ont marché sur cette voie.

Le choix est clair. Soit nous continuons sur la voie du capitalisme, et nous courons à la catastrophe. Soit nous choisissons le communisme, c’est-à-dire une économie et une vie sociale au service de l’humain et du vivant, et nous ouvrons la voie à un avenir meilleur. Comme le disaient les manifestants de Belém : « La réponse, c’est nous ». 

Nous pensons qu’il est essentiel de rendre ce mot d’ordre crédible, et de diffuser les idées communistes. Pour l’emporter, préserver le climat et le vivant, les peuples du monde entier doivent prendre confiance en leur capacité à renverser les capitalistes et à diriger l’économie et la vie sociale par eux-mêmes. Nous voulons participer à cet effort, et invitons chacun·e à joindre ses forces. Au travail !

Signataires : 
Chloé Beignon
Hugo Blossier
Hadrien Bortot
Sophie Bournot
Juan Francisco Cohu
Manel Djadoun
Anaïs Fley
Nadine Garcia
Laureen Genthon
Antoine Guerreiro
Marie Jay
Alexis Ka
Helena Laouisset
Daniel Lesage
Colette
Nuria Moraga
Hervé Nédélec
Philippe Pellegrini
Odile Planson
Hugo Pompougnac
Mona Queyroux
Mathilde Wyder


  1. https://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/15/nous-devons-laisser-deux-tiers-des-energies-fossiles-dans-le-sol_1791553_3232.html ↩︎

Image d’illustration : « COP30 BELÉM (4) », photographie du 9 novembre 2025 par Amazônia Real (CC BY-NC-SA 4.0)

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