ÉDITO. De l’impuissance à l’action : reconstruire un front contre l’extrême droite et le racisme


Par Manel Djadoun.

Ce 22 mars 2025, une vaste mobilisation contre le racisme et le fascisme est organisée à l’appel de plus de 500 organisations à travers la France (associations, syndicats et partis politiques). Dans un contexte où chaque actualité nous rappelle la puissante dynamique du racisme et des idées d’extrême droite partout dans le monde, cette marche est un point d’appui essentiel pour les batailles à venir.

Cela est d’autant plus vrai que la gauche, dans son acception la plus large, semble aujourd’hui mise en échec face aux alliances entre l’extrême droite et les libéraux qui imposent partout leurs politiques réactionnaires.

Depuis quelques années déjà, leur alliance permet l’intensification des attaques racistes visant les groupes désignés comme « ennemis de l’intérieur » : les exilés, les immigrés, les musulmans et les quartiers populaires. Ces offensives ont des conséquences directes sur les conditions de vie de milliers de concitoyens : traque et expulsion des sans-papiers, remise en cause du droit d’asile, du droit des étrangers et des droits des minorités notamment religieuses. Cela s’accompagne aussi de la dissolution de nombreux collectifs comme Palestine vaincra, et de la criminalisation des idées et mouvements contestataires ainsi que de leurs portes-paroles (demande de la déchéance de nationalité pour Rima Hassan1).

L’évacuation violente de la Gaîté Lyrique, occupée depuis plus de trois mois par quelques centaines de jeunes migrants qui réclament un hébergement digne, est l’une des dernières illustrations des conséquences de la politique macroniste. Les images sont révoltantes : nous avons vu des jeunes adolescents, désespérés, les larmes aux yeux, la rage au micro, réclamant la dignité et le droit de se loger. Alors que de nombreux militants se sont rassemblés pour empêcher l’exécution de l’ordre d’évacuation, ces derniers ont été violemment réprimés par les forces de polices. Impuissant face à l’appareil d’État, ils ont été évacués. Une énième bataille perdue face à un système qui organise chaque jour l’isolement et la précarité de milliers de personnes migrantes.

Ailleurs dans le monde, la  guerre fait des ravages. Avec le feu vert et le soutien de l’administration Trump, Israël reprend sa guerre génocidaire contre les Palestiniens de Gaza, replongeant les Palestiniens dans un cauchemar sans fin. 

L’absence d’effectivité de nos luttes et de nos mouvements sociaux se mesure à une incapacité latente à transformer le réel des gens. Ainsi, face à l’état du monde, nous semblons tétanisés. Cette situation témoigne de l’impuissance de la gauche à proposer des voies pour renverser l’ordre en place et le substituer par un autre radicalement opposé.

Au regard de l’urgence des questions posées, dont dépendent des vies au bord de l’effacement, ces échecs successifs ne doivent pas être acceptés comme une fatalité. Au contraire, le contexte doit nous pousser à ne pas se laisser anesthésier par la normalisation du racisme, des discours impérialistes et de la violence organisée contre les classes populaires.

Pour la gauche, cela implique de se structurer en partant des combats concrets et de cesser toute stratégie d’apaisement avec le gouvernement, notamment sur les questions migratoires et internationales. D’expérience, nous savons qu’il ne suffit pas de contredire les fausses affirmations de l’extrême droite, en particulier concernant l’immigration, pour faire reculer le racisme. S’il est essentiel de promouvoir un discours axé sur l’égalité et la solidarité, et de soutenir l’idée qu’il est possible, collectivement, de construire un avenir meilleur, il est crucial de remettre au centre du débat la nécessité de construire le rapport de force direct avec les classes dominantes et de leur arracher le pouvoir. Sans quoi, aucune avancée n’est possible pour le camp du progrès social.

Le 22 mars 2025, soyons dans les rues pour affirmer notre notre capacité collective à combattre le racisme, le fascisme et l’impérialisme sous toutes leurs formes. Exigeons l’égalité des droits et la dignité pour tous les peuples opprimés ainsi que la chute de celles et ceux qui, au pouvoir, rendent possible les injustices et le déni du droit partout dans le monde.


  1. https://www.humanite.fr/monde/etat-palestinien/decheance-de-nationalite-le-gouvernement-et-lextreme-droite-font-front-contre-rima-hassan ↩︎

Image d’illustration : « Anticolonial antiraciste. Manifestation le 15 juin 2024 du Front Populaire à Paris. », photographie de Jeanne Menjoulet (CC BY 2.0)


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