Témoignage d’une jeunesse abandonnée


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Témoignage d’Adam, 21 ans, recueilli à Toulouse par Nicole Sainz, correspondante de Nos Révolutions.

« Je pense que le mieux est de commencer par le début de ma scolarité. C’est en primaire que j’ai compris que c’était foiré pour moi. Je suis dyspraxique, dyslexique et dysorthographique. Les profs n’ont jamais essayé de m’aider : on m’a simplement accordé un peu plus de temps que les autres pour rendre mes copies, mais personne ne m’a aidé à comprendre ce qu’on m’enseignait. J’ai été complètement abandonné par le corps enseignant et rejeté par mes camarades de classe, parce que j’étais différent. Cela a continué jusqu’en 5e, où j’ai été agressé par des élèves de ma classe sans que les professeurs ne bougent pour me défendre.

Ma mère a alors décidé de m’inscrire dans un internat privé, afin que je puisse continuer à étudier dans de bonnes conditions. Sur le moment, je n’ai pas pris conscience de ce qu’elle voulait pour moi. Je reconnais aujourd’hui qu’elle a fait passer mon éducation avant celle de ma sœur, aujourd’hui âgée de 22 ans, qui gère très bien ses études.

Ce sont mes deux années dans le privé qui m’ont permis de découvrir ma passion : l’informatique. C’est d’ailleurs dans cette filière que je me suis orienté au lycée. Mais j’ai dû revenir dans le public, et là, ça a été la douche froide. Le contexte était éprouvant : c’était la sortie du Covid, après plus de six mois sans cours. On est revenus à 30 élèves par classe au lieu de 15, avec 36 heures de cours par semaine, de 8 h à 17 h, du lundi au vendredi. Au bout de six mois, je suis tombé en dépression. J’allais en cours pour dormir, et quand je rentrais chez moi, je passais la nuit à jouer pour m’étourdir et surtout ne pas voir la réalité de ma vie. J’ai vécu comme ça pendant deux ans et demi.

Mon retour à la vraie vie, je l’ai eu à la fin de ma terminale. À la fin de mon stage, mon prof principal est venu me voir et m’a dit : “Pourquoi tu viens tous les jours pour dormir ? Tu ne sers à rien dans ma classe, tu gênes tout le monde.” Face à de tels propos, avec tout ce que j’avais vécu avant, j’ai craqué, j’ai fondu en larmes, et je ne suis plus jamais retourné au lycée.

Je suis resté chez moi à ne rien faire pendant un an, puis je me suis inscrit à la mission locale. Ils m’ont fait faire des petits boulots à droite et à gauche. Aujourd’hui, cela fait presque deux ans que je ne trouve ni travail ni formation. Je pense qu’on ne me fait pas confiance. Les centres de formation disent que je n’ai pas assez de motivation pour suivre un programme complet ; les entreprises disent que je n’ai pas assez de diplômes. Résultat : je vis aux crochets de mes proches, jusqu’au jour où je trouverai quelqu’un prêt à me faire confiance… ou jusqu’à ce que le système mondial s’effondre (la deuxième option me paraît la plus probable).

Voilà pourquoi, aujourd’hui, je manifeste avec les lycéens et les étudiants. Je manifeste aussi dans l’espoir d’un monde meilleur. J’espère que ce que j’ai vécu fera écho chez certaines personnes. Et bonne chance à tous ceux qui sont dans la même situation que moi. »

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