Refusons le sacrifice de notre jeunesse sur l’autel du travail !


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Les jeunes de moins de 30 ans ont le droit de construire leur avenir, pas de simplement tenter de survivre au travail. Il est temps d’en finir avec la rhétorique patronale et culpabilisante qui sature le débat public : « Les jeunes sont moins résistants », « Ils ne veulent plus travailler », « Ils sont fainéants ». Ces poncifs réactionnaires ne servent qu’à masquer une réalité brutale. La jeunesse a une conscience aiguë de la dégradation systémique des conditions de travail et refuse, à juste titre, de se résigner au sacrifice que les générations précédentes ont subi.

Les 18-29 ans sont désormais les plus exposés au mal-être au travail. Une situation face à laquelle les employeurs capitalistes affichent un mépris structurel : la santé psychique des travailleurs est systématiquement reléguée au second plan, écrasée par l’impératif de rentabilité à court terme. Pourtant, la violence de cette exploitation frappe l’ensemble de cette classe d’âge, sous différentes formes.

D’un côté, 10 à 15 % des jeunes de moins de 29 ans entrent dans le monde du travail sans diplôme, ou avec le seul brevet des collèges. Ce sont eux qui alimentent les secteurs les plus précarisés et usants – la plonge, le bâtiment, les travaux publics, la sidérurgie, agro-industrie – subissant de plein fouet des horaires hebdomadaires qui dépassent allègrement le cadre légal.

Non seulement ces métiers sont éreintants, mais ils sont scandaleusement sous payés (parfois à peine 1 200 euros par mois), interdisant toute autonomie réelle. Le retour contraint chez les parents n’est pas une transition de confort, mais une stratégie de survie face à la précarité institutionnalisée : rappelons que 36 % des 18-29 ans sont enfermés dans la nasse des contrats courts (CDD, intérim). Sans diplôme, ils forment également les premiers contingents du chômage de masse.

Cette précarité systémique n’est pas un accident de parcours : elle est utilisée par le patronat comme un véritable outil de management par la peur. Démunis face à l’arbitraire, ces jeunes sont les plus exposés aux accidents du travail, soumis à des hiérarchies non formées aux bonnes pratiques et évoluant dans des entreprises privées de contre pouvoirs depuis la liquidation des CHSCT, supprimés dans le plus grand silence gouvernemental.

De l’autre côté, les jeunes diplômés, de Bac à Bac+5, font face à une autre forme de violence managériale. Notre modèle économique exige un surinvestissement permanent en imposant des objectifs structurellement inatteignables, une pression ininterrompue et une culture du travail connecté qui s’invite jusque dans leur intimité le soir et le week-end. Beaucoup subissent ce régime d’exploitation sous le statut dévalorisé de stagiaire ou d’alternant, sans aucune garantie d’obtenir un CDI au bout de ce chemin de labeur. Le résultat est immédiat : épuisement professionnel, anxiété, crises d’angoisse, stress chronique et perte de sens complète. Tout cela pour des grilles salariales indigentes : démarrer à 1 800 euros bruts avec un master en poche est aujourd’hui la norme d’un patronat qui sous- paye sciemment les compétences.

Pour tenter de maintenir un semblant de socialisation, ces jeunes se retrouvent condamnés à la colocation pendant des années, repoussant indéfiniment leurs projets d’émancipation.

La santé mentale ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la compétitivité. Il y a urgence à imposer le respect de l’obligation légale de l’employeur de protéger la santé physique et mentale de ses salariés, telle qu’inscrite dans le Code du travail.

Une société qui exploite et détruit la santé mentale de sa jeunesse organise son propre déclin.

Image d’illustration: Enseignement à l’Ecole polytechnique, École polytechnique – J.Barande, 25 novembre 2016, CC BY-SA 2.0

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