Loi Duplomb 2 : danger public pour la santé et le vivant


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Le sénateur Laurent Duplomb (LR), éleveur en Haute-Loire proche des lobbies de l’agro-industrie, Franck Menonville (Union centriste), Pierre Cuypers (LR) et Gérard Larcher (président LR du Sénat) ont  adressé un courrier au président Macron, au Premier ministre Sébastien Lecornu et à Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, appelant à soutenir coûte que coûte la loi Duplomb 2. Déposée le 30 janvier 2026, cette loi demande à nouveau une dérogation pour la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes.

La première mouture de la loi Duplomb de juillet 2025 avait suscité l’indignation. Ce texte inconséquent et dangereux avait d’ailleurs été censuré par le Conseil Constitutionnel, faute d’encadrement suffisant.

La loi Duplomb 2 n’apporte rien de positif par rapport à la première, bien au contraire. Le texte, infondé scientifiquement, est honteux, offensant, indigne pour le vivant. Son auteur affirme cibler uniquement les cultures de betteraves, pommes et noisettes. Ces mesures sont totalement hypocrites, car la volonté cachée est l’élargissement de ces produits toxiques, et de bien d’autres, pour toutes les cultures, afin de répondre aux injonctions des multinationales qui se sont déjà accaparées toutes les semences.

Menace sur la santé

Dans cette loi, il n’est absolument pas prévu d’évaluer les risques sur la santé de ces pesticides, de les tracer, de les faire figurer sur l’étiquetage. Dans cette loi dite « d’urgence agricole », passent inaperçues la facilitation et l’augmentation des élevages intensifs, la facilitation des mégabassines pour certains gros céréaliers… Pendant ce temps, les petits producteurs continueront de disparaître dans le silence le plus complet. Les agriculteurs sont d’ailleurs de plus en plus frappés par des maladies telles que les lymphomes, myélomes et démences. Ces pathologies sont maintenant considérées comme des maladies professionnelles.

Selon une étude de Générations Futures, les agriculteurs sont particulièrement touchés par les cancers et les maladies neurovégétatives. Sont également concernés les riverains de parcelles agricoles (et en particulier viticoles), exposés aux pesticides de mars à octobre. Les lois encadrant l’usage des pesticides agricoles, et imposant l’information des riverains, sont trop souvent ignorées ou peu respectées. Les études de Santé Publique France font état de contaminations aux pesticides jusqu’au sein du domicile des riverains !

Contrairement aux dires du sénateur Duplomb, « l’urgence agricole » ne peut être opposée à l’urgence sanitaire et de protection du vivant. Sa démarche traduit un profond mépris pour la santé des citoyen·nes.

Menace sur la biodiversité

Tous les jours, pourtant, les scientifiques, les associations, les paysans alertent sur les pollutions des sols et des rivières, contaminées par les pesticides mais aussi les nitrates. L’eau potable tirée des nappes phréatiques est de plus en plus touchée.

Réintroduire des pesticides tueurs d’abeilles, de papillons, d’oiseaux, c’est aussi contribuer à la destruction de la biodiversité pour les générations futures. Tous les scientifiques sont  d’accord pour dire que sans abeilles, il n’y a plus de vie humaine ni animale. Thibaut Malausa, spécialisé dans le biocontrôle à l’Institut National de Recherche pour l’agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE), souligne qu’il y a une perte très importante de la biomasse d’insectes dans les 26 dernières années.

L’acétamipride est neurotoxique, c’est à dire destructrice du système nerveux central des abeilles. Le danger est donc aussi présent pour la santé humaine, dans la mesure où les pesticides contaminent durablement les nappes phréatiques. Ils sont présents sur les fruits et légumes, dans le lait, les viandes etc. L’acétamipride perturbe le développement cérébral des fœtus et des cerveaux des jeunes enfants.

Sortir d’un système économique malade

La France est le plus gros utilisateur en volume de phytosanitaires dans l’Union européenne, et représente 22% des ventes de pesticides ; ces dernières ayant augmenté de 12% entre 2011 et 2024. Dans le même temps, dans 14 pays européens ces ventes sont en chute : -44% en République tchèque, -43% en Italie, -42% en Irlande, -40% au Portugal…

En 2023, la France produisait 7 300 tonnes de pesticides interdits sur notre territoire, mais exporté vers le Brésil. De manière générale, 80% des pesticides exportés le sont vers des pays pauvres. Comble du cynisme, BASF, numéro deux mondial de la production de produits agrotoxiques, produit aussi des traitements contre le cancer ! Son chiffre d’affaires est de plus de 65 milliard d’euros annuels.

Il est tout à fait possible de produire autrement : Cuba en est un exemple. Depuis les années 1990, l’île a développé des biopesticides à partir de bactéries, de champignons, et d’insectes. Ils ont ainsi su s’adapter pour pallier au blocus des USA sur les pesticides chimiques, protégeant les cultures tout en réduisant l’impact sur la santé et l’environnement.

La survie de l’humanité et la viabilité des écosystèmes de régions entières sont mises en danger par des décennies de fuite en avant capitaliste. Nous avons besoin d’une rupture franche et nette avec ce capitalisme et ses parasites qui nous tuent à petit feu !


Image d’illustration : « Tractor Fertilize Field Pesticide And Insecticide », photographie du 15 février 2016 par Aqua Mechanical (CC BY 2.0)

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