Le parti-pris de Nos Révolutions, discuté le 25 octobre 2026. Pour le cosigner, écrire à contact@nosrevolutions.fr.
Depuis le 17 octobre le mouvement lycéen, rapidement élargi aux étudiant·es et aux travailleurs, s’est mué en soulèvement général du peuple de France contre son gouvernement. Peut-il aller au bout, c’est-à-dire passer de la révolte à la révolution ? Nous l’espérons, sans sous-estimer les obstacles à franchir. Dans ce texte, nous présentons quelques pistes pour les surmonter ensemble !
Les raisons de la colère sont connues : la France a été avilie par dix ans de macronisme, c’est-à-dire dix ans de casse des services publics, dix ans de pillage en bande organisée. Plus rien ne fonctionne, tout dans le quotidien devient un problème à résoudre : mettre de l’essence dans la voiture, remplir le frigo, se soigner, se loger… Quant au système politique dominant, il est lui-même devenu parfaitement impotent, ce que tout le monde voit. Année après année, des millions de Français·es ont été enfoncé·es dans la pauvreté, pendant que la fortune des milliardaires doublait de volume. Désormais, 53 d’entre eux possèdent autant de richesses que 32 millions d’entre nous.
Tout au long des deux quinquennats Macron, les classes populaires ont tenté de se faire entendre, des Gilets Jaunes au mouvement des retraites, puis aux révoltes pour Nahel. Chacun de ces mouvements de masse a été confronté au même mur de policiers, au même mépris du pouvoir. La brutalité autrefois réservée aux quartiers populaires a été imposée à toute la société. Face à ces colères accumulées et alors que démarrait un mouvement lycéen inédit porté par une jeunesse consciente et politisée, le gouvernement Lecornu a joué le rôle d’incendiaire, en organisant méthodiquement le déchaînement de la sauvagerie policière sur tout le territoire.
En réponse, l’ensemble des secteurs mobilisés du pays ont rallié les lycéen·nes, bientôt rejoints par des démocrates de toutes opinions, qui n’acceptent pas le tournant autoritaire pris par le régime. La puissance du mouvement est décuplée par sa dimension internationale, les jeunesses d’Europe empruntant les unes après les autres le même chemin. Toutes partagent, en effet, le même dégoût face aux promesses non tenues de la mondialisation néolibérale.
Avec l’intensification de la mobilisation, ce gouvernement minoritaire est mis dos au mur, ce qui ne le rend que plus dangereux. Droit de manifestation, présomption d’innocence, indépendance de la justice, liberté d’aller et venir : à l’approche de la journée du 24 octobre, les libertés constitutionnelles ont été bafouées une à une. Les médias officiels ont déployé une propagande digne des pires dictatures, les préfectures ont multiplié les menaces, les interdictions et les actes administratifs illégaux. Une fois encore, cela n’a fait que renforcer la détermination du mouvement populaire.
Le 24 octobre a été un immense succès avec de nouveau près d’un million de Français·es, qui cette fois ont bravé l’interdiction de manifester édictée par un président crépusculaire. Cette journée de mobilisation a obtenu trois victoires. Elle a permis la continuité de la mobilisation en vue des prochaines étapes, les 31 octobre et 5 novembre. Elle a marqué un coup d’arrêt au pari liberticide du gouvernement. Et elle a fait une victime collatérale en invisibilisant le congrès du RN, qui s’est tenu le même jour à Orléans face à 30 000 manifestant·es antifascistes.
Pour autant les dangers de la répression, étatique mais aussi fasciste, sont plus présents que jamais. D’une part, la bourgeoisie n’est pas allée au bout de l’arsenal qu’elle peut déployer contre le mouvement. Coupure des réseaux sociaux, permis de tuer, article 16 : ne sous-estimons pas l’adversaire. Au contraire, anticipons ses décisions en œuvrant à susciter la sympathie chez les franges de la population non encore mobilisées. C’est valable des petit·es commerçant·es, par exemple, que les bandes d’extrême droite prétendent désormais défendre à coups de poing, avec la complicité manifeste de policiers. Élargir en permanence le mouvement est une condition de sa mise en sécurité.
Désormais, quels défis nous attendent ? Pour notre part, nous en identifions trois.
1- La grève annoncée le jeudi 5 novembre. Elle est incontournable, car elle doit permettre l’enracinement du mouvement dans les entreprises et les services publics. Cela suppose pour chacun·e d’entre nous d’aller à l’échange, de convaincre ses collègues de travail, de créer l’effet d’entraînement nécessaire pour que la grève soit identifiée comme utile et crédible. Organiser la grève, c’est garantir le plein engagement des travailleurs syndiqués dans le mouvement, c’est le structurer, c’est lui donner la profondeur nécessaire. Les forces de l’ordre, dernier rempart de ce régime en perdition, sont déjà mises à rude épreuve avec les mobilisations du samedi. Comment pourraient-elles faire face à l’action simultanée de la jeunesse et de millions de travailleurs, bloquant les usines, les routes, les entrepôts ? L’unité du peuple dans la diversité de ses modes d’action est la clé pour gagner.
2- Conjuguer mouvement social et campagne présidentielle. Comme l’écrivait Nelson Mandela, « c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de lutte ». Obnubilé par sa propre faiblesse à quelques mois de la présidentielle, le gouvernement Lecornu a immédiatement politisé le mouvement social, le poussant à adopter des objectifs bien plus radicaux que ceux qu’il s’était donnés au départ. Parce qu’elle met au cœur de son programme la convocation d’une Constituante (c’est-à-dire l’élection d’une assemblée chargée d’écrire une nouvelle Constitution, pour une nouvelle république !), la campagne autour de Jean-Luc Mélenchon est un débouché naturel du mouvement social en cours. Les communistes en campagne ont un rôle essentiel à jouer pour accompagner le mouvement, pour l’organiser en vue d’un affrontement qui sera indissociablement social, politique et électoral.
3- Les assemblées populaires. Pour autant, le mouvement ne se satisfera plus de quelques mesures budgétaires, pas plus qu’il ne se bornera à attendre tranquillement l’élection présidentielle d’avril prochain dans l’espoir d’un changement de politique. Au-delà de Macron, les institutions elles-mêmes sont devenues insupportables. La question se pose donc de bousculer le calendrier en imposant la convocation d’une Constituante. Nous croyons utile de mettre cette perspective stratégique à l’ordre du jour du mouvement, partout où cela est possible. Des assemblées générales, encore trop peu nombreuses, se réunissent déjà, et le débat démocratique se déploie au travers de milliers de boucles de messagerie instantanée. Sans attendre, mettons en débat la nouvelle République que nous voulons pour la France !
Signataires :
Patricia Alunno, José Arias, Jean-Jacques Barey, Hugo Blossier, Antoni Bourdel, Nathan Bothereau, Marylène Coeur-Joly, Gabriel Darmon, Manel Djadoun, Mateo Crespo Garcia, Anaïs Fley, Nadine Garcia, Laureen Genthon, Alain Grangé, Antoine Guerreiro, Alain Guillou, Marie Jay, Alain Job, Ilhame Kharbach, Noâm Korchi, Jacques Martinez, Léo Michel, Colette Mô, Nuria Moraga, Hervé Nédélec, Philippe Pellegrini, Odile Planson, Hugo Pompougnac, Theau Poulat, Bruno Reis, Nicole Sainz, Bernard Schneider, Annabelle Skowronek, Pascale Soulard, Lola Sudreau, Philippe Sultan, Gilles Tasset
Image d’illustration : Manifestation du 24 octobre 2026 à Paris – par Jean Paul Romani sur phototheque.org
