17 octobre à Poitiers : récit de mobilisation


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À Poitiers, il y avait deux lieux de rassemblement : à la Porte de Paris, où environ 1 000 personnes se sont réunies, et à Auchan Sud, où il y avait environ 2 500 personnes.

Comme il y avait beaucoup de monde, il a été décidé de converger vers le centre-ville. Donc les deux cortèges se sont probablement réunis au niveau de la préfecture de la Vienne.

Lorsque nous sommes arrivés au niveau de la préfecture de la Vienne, quelques minutes après, il paraît qu’il y a eu des sommations, que je n’ai pas entendues, et il y a eu des lancers de grenades lacrymogènes.

Comme j’ai été gazée et que je n’avais pas de sérum physiologique, j’en ai pris plein la gueule. Quelqu’un m’a alors prêté du sérum physiologique.

Il y avait beaucoup de monde. Moi, j’ai décidé de partir (besoin de me doucher et de me changer car mes cheveux et mes vêtements ont été imprégnés de l’odeur du gaz), mais ma fille est restée. Elle a raconté que, lorsqu’elle a été gazée, elle ne l’a pas été autant que moi et qu’elle a réussi à s’enfuir.

Une bonne partie de la foule qui était devant la préfecture est allée devant l’hôtel de ville de Poitiers et continuait à chanter et à scander des slogans.

La police a aussi beaucoup poussé tous les manifestants qui restaient devant la préfecture en direction de l’hôtel de ville.

Il faut savoir que la préfecture et l’hôtel de ville sont l’un en face de l’autre, séparés par la rue Victor-Hugo, qui part de la préfecture et arrive jusqu’à l’hôtel de ville. Cette rue fait, allez, à tout casser, 300 à 350 mètres.

Les policiers ont donc obligé les manifestants à aller vers l’hôtel de ville. Toutes les rues qui débouchaient sur la rue Victor-Hugo étaient bloquées par les forces de l’ordre. Les gens ne pouvaient pas s’enfuir à gauche ou à droite et étaient obligés d’aller en direction de l’hôtel de ville.

Ensuite, il y a eu beaucoup de tirs de bombes lacrymogènes, peut-être de grenades assourdissantes.

Moi, j’étais rentrée. J’étais dans mon jardin et j’entendais beaucoup, beaucoup de détonations depuis mon jardin.

À un moment, j’ai entendu des clameurs de la foule. Je pense que ces personnes chantaient « ACAB », parce que ça ressemblait beaucoup à ça.

À ce moment-là, j’ai entendu trois ou quatre détonations, l’une à la suite de l’autre. Puis ça s’est calmé. Ensuite, j’ai entendu une énorme détonation, suivie de petites détonations. Ça bombardait quand même pas mal.

Quand ma fille est rentrée, elle a confirmé qu’effectivement, il y avait eu beaucoup de bombardements.

Au moment où j’avais entendu les clameurs de « ACAB », elle nous avait envoyé une vidéo quasiment en direct pour nous expliquer que ces clameurs, c’était parce que les manifestants étaient trop contents : ils avaient réussi à repousser les forces de l’ordre.

Puis, à un moment, ma fille est rentrée et elle a dit qu’elle était quand même outrée.

Il y a eu des incidents à Poitiers : des trottinettes ont été brûlées dans la rue Victor-Hugo. La vitrine d’un magasin Foot Locker a été brisée, ainsi que celle d’un magasin Sephora.

Voilà, c’est tout ce que je sais.

Mais ce qu’il y a, c’est que, lorsque j’étais dans la manifestation, il y avait une très, très bonne ambiance, une ambiance bon enfant.

Très peu de présence policière à part les RT assez discrets. A la gare, un policier seul en tenue. C’est surtout devant la préfecture qu’on a vu une forte présence policière en tenue de robocop.

Il y avait beaucoup de monde. Moi qui suis militante, je commence à connaître pratiquement tous les militants de Poitiers. À chaque fois qu’on va à des manifestations syndicales ou de solidarité, je vois toujours les mêmes têtes.

Mais là, c’était beaucoup plus divers. Il y avait plein de gens que je n’avais jamais vus et qui étaient là.

Il y avait une belle mobilisation de la jeunesse aussi, et il y avait des personnes de tous les âges.

Il n’y avait quand même pas trop d’enfants. J’ai l’impression que les familles ont eu peur et n’ont pas emmené les petits enfants. Il y en avait quelques-uns.

J’ai reçu des photos d’un militant qui est resté après mon départ. C’était une autre ambiance par rapport au début de l’après-midi.

Ma fille m’a dit qu’il y a eu des manifestants qui lançaient des restes de grenades vers les forces de l’ordre. La presse a dit des pavés.

Je ne sais pas s’il y a eu des blessés. Ma fille a dit qu’elle a reçu un éclat de grenade sur la fesse. Et une amie à elle sur la tête. 

Florence Harris, correspondante locale de Nos Révolutions à Poitiers, conseillère départementale de la Vienne.

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