Le 2 octobre dernier, le préfet des Hauts-de-Seine, Alexandre Brugère, a adressé aux parents d’élèves une lettre leur rappelant brutalement leurs responsabilités civile et pénale. Trois jours plus tard, il convoquait les parents de trois adolescents en présence du procureur de la République et du directeur académique, avant d’étaler sur les réseaux une photo de ces familles, assises de dos face aux autorités. D’autres convocations sont annoncées cette semaine.
En tant que Conseillère départementale des Hauts-de-Seine, je refuse de me taire face à cette mise en scène intolérable. Des familles populaires, qui élèvent leurs enfants au quotidien avec courage et dignité, se retrouvent jetées en pâture sur les réseaux sociaux comme des criminelles. L’État leur doit du respect, du soutien et des moyens, pas du mépris ni du théâtre politique.
Le collectif des parents et enseignant·es de Nanterre a répondu avec la justesse et la hauteur qui s’imposent : « Vous nous avez écrit pour nous rappeler nos responsabilités. Merci, nous les connaissons. La première est de défendre l’avenir de nos enfants. »
Les seuls comptables de cette situation sont les dirigeants politiques qui se succèdent au pouvoir. Depuis 2017, huit ministres de l’Éducation nationale ont défilé, accumulant les volte-face pour un résultat tragique : des lycées abandonnés, dénués de moyens, où près de 15 millions d’heures de cours sont perdues chaque année faute de remplaçants. L’hémorragie continue : après la suppression de plus de 11 000 postes d’enseignants depuis 2023, dont 4 000 en 2025 et plus de 3 000 en 2026, le projet de budget 2027 en annonce encore 1 588 de moins. Après avoir sciemment cassé le service public de l’éducation, le gouvernement ose faire porter le chapeau aux parents. C’est inacceptable !
En se mobilisant, les lycéen·nes exercent un droit fondamental. Le Code de l’éducation leur garantit la liberté d’expression collective, tout comme la Convention internationale des droits de l’enfant leur reconnaît la liberté de réunion pacifique. Ils et elles ne demandent rien d’autre que des professeurs devant leurs classes, des effectifs raisonnables et des établissements dignes. À ces exigences légitimes, le préfet ne répond que par la menace.
Cette méthode pose d’ailleurs de graves questions de droit. Alors que la préfecture accuse hâtivement ces mineurs de « violences », la loi rappelle que chacun bénéficie de la présomption d’innocence. Comme le soulignent des juristes et responsables politiques, le préfet n’a pas à substituer son autorité à celle de la justice, ni à violer le secret de l’enquête et de l’instruction (article 11 du Code de procédure pénale) pour orchestrer des opérations d’affichage.
Je condamne fermement toutes les violences, d’où qu’elles viennent, et j’adresse mon entière solidarité à l’ensemble des blessés : agents, personnels éducatifs et élèves. Alors que le ministère recense déjà 190 lycéen·nes blessé·es depuis le début du mouvement, nos jeunes ont besoin d’être entendu·es, soigné·es et protégé·es. Le préfet multiplie les apparitions médiatiques aux côtés des forces de l’ordre devant nos lycées ; les familles, elles, attendent qu’on protège leurs enfants avec la même énergie. Je me tiens et me tiendrai toujours, sans réserve, aux côtés des familles populaires et des lycéen·nes de Nanterre et des Hauts-de-Seine qui se battent pour leur droit à l’avenir.
Laureen Genthon est Conseillère départementale des Hauts-de-Seine, élue à Nanterre.
Image d’illustration : « Panneau de la gare de Nanterre-Préfecture, Nanterre. », photographie du 19 février 2023 par Chabe01 (CC BY-SA 4.0)
