Budget 2027 : quand une Macronie finissante redouble de violence sociale


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Le jeudi 1er octobre, le gouvernement présentait le budget pour 2027, composé du projet de loi de finances (PLF), pour l’État, et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Ce budget est remarquable non pas en cela qu’il constituerait une rupture, mais parce qu’il témoigne de l’obstination du gouvernement à poursuivre inlassablement la même politique mortifère, même dans les ultimes moments du second quinquennat Macron. Comme d’habitude, la dette est mise en avant comme la menace à laquelle le législateur doit répondre, et comme d’habitude, il faudrait le faire via une baisse des dépenses publiques, des solidarités amoindries, et un surcroît de travail. Le gouvernement vise un déficit public de 5,0 % du PIB en 2027, contre 5,4 % en 2026, avec une croissance de 1,0 % et une inflation de 1,8 %. Lecornu entend réaliser des coupes à 54 milliards dont 43 provenant de mesures nouvelles : 25 sur les dépenses et 18 sur les recettes. Les déclarations que font les macronistes pour vendre cet effort à la population sont alarmées : Édouard Philippe craint que nous soyons « étranglés » par la dette, Gabriel Attal découvre que l’argent consacré à la dette ne va pas aux services publics, quant au Premier ministre Lecornu il estime que « le réel nous attrape ».

Cela fait pourtant dix ans qu’ils sont au pouvoir, tous ceux-là, et qu’ils tiennent les cordons de la bourse. Et il y a dix ans, lors du premier quinquennat Macron, ils disposaient d’une Assemblée bien plus facile à manier pour tous leurs projets et d’une conjoncture où les taux d’intérêt étaient bas et où la croissance était forte, contexte favorable. L’appréciation de leur gestion de la dette dix ans plus tard ne peut en être que plus sévère. En juin 2017, quand Macron arrive à l’Élysée, la dette s’élève à 2 281 milliards d’euros. En mars 2025, elle s’établit à 3 345 milliards. Cela représente une hausse de 47 %, ou 1 064 milliards. Ce sont les fameux 1000 milliards de dette souvent évoqués par les opposants à la Macronie. Même en ne retenant pas certaines de ses composantes, même en excluant les dépenses liées au Covid, même en rapportant la dette à la richesse produite pendant l’année, on reste à plusieurs centaines de milliards de dette supplémentaire.

Pourquoi ? Parce qu’il y a les choix irresponsables du gouvernement depuis 10 ans. Les recettes fiscales perçues par l’État représentent désormais environ 2,2 points de PIB de moins qu’en 2017, soit 65 milliards d’euros en moins chaque année. C’est, notamment, la conséquence de la suppression de l’ISF, de l’énorme baisse de l’impôt sur les sociétés de 33% à 25% ou de la pérennisation du CICE avec sa transformation en un ensemble de niches fiscales extrêmement coûteuses. Ce sont, encore, ces 211 milliards d’aides sans contrepartie aux entreprises visées par le Sénat en 2025.

Or donc, cela fait dix ans que le pouvoir aurait pu corriger le tir, dix ans qu’il est possible de changer d’orientation budgétaire, mais non. Comme des conducteurs fous, Macron et ses ministres veulent absolument nous jeter dans le ravin. Que contient ce budget 2027 donc et, surtout, quelles seraient les alternatives ?

Sur l’impôt, les taxes, la contribution du capital et la fiscalité, d’abord, on trouve des mesures d’une rare violence sociale, même pour la Macronie. La première est la fiscalisation des indemnités reçues par les victimes d’affections de longue durée, d’accidents du travail ou de maladie professionnelle. Fiscalisation étendue sur la totalité des indemnités, pour les AT/MP. Le cynisme est absolument extraordinaire. Plutôt que de tenter de réduire le nombre d’accidents du travail, d’essayer de réduire le nombre de travailleurs qui meurent de leur labeur chaque année, on va les taxer. Sur les affections de longue durée, et l’actuel état du droit qui exonère d’impôts les indemnités perçues par les personnes touchées, c’est au LR Jean-François Husson que l’on doit décerner un prix spécial d’inhumanité. « Les personnes qui souffrent d’une ALD sont effectivement des personnes fragiles qui peuvent être sujettes à des arrêts maladie, parfois plus nombreux », reconnait-il, mais seulement pour préciser ensuite que malgré tout il trouve excessif « le coût croissant de cette exonération, qui est passée de plus de 400 millions d’euros en 2020 à plus de 600 millions en 2025, avec une hausse de 38 % en 5 ans. Avec l’allongement de la durée de la vie et le nombre d’ALD qui va croissant, c’est une tendance qui va se poursuivre en s’accroissant ».

En somme, de plus en plus de gens sont en mauvaise santé, de plus en plus de gens souffrent, la somme totale du coût des exonérations est dérisoire au regard des sommes que l’État doit réellement recouvrer, mais il faut quand même les frapper au portefeuille.

Austérités contre les masses, cadeaux pour quelques-uns

À côté de cela, les cadeaux continuent. Les donations, par exemple. Incroyable mais vrai, le gouvernement semble estimer que la transmission du patrimoine dans la petite bourgeoisie est en crise. Actuellement sont exonérés d’impôts les dons à hauteur de 31 000 euros par tranche de 15 ans. Le budget prévoit de monter à 50 000. Un beau cadeau !

Mais même au-delà de cet abattement, les prélèvements sur les donations seraient abaissés à 6%. Or le taux minimum applicable est actuellement de 5% (pour des sommes inférieures à 8 000 euros) et va progressivement jusqu’à 45% (pour des sommes supérieures à 1,8 million d’euros). À 100 000 euros, qui représenterait le plafond jusqu’auquel ce taux unique de 6% serait appliqué, on est actuellement à 20%, c’est-à-dire qu’on est sur une baisse de 14 points. Tout cela, selon le gouvernement, parce qu’il faudrait faciliter la transmission du patrimoine au profit des plus jeunes. Mais quels jeunes ? Ceux qui peuvent être dotés en patrimoine par leurs parents, filles et fils des ministres concernés, peut-être, certainement pas les milliers de lycéens en colère qui bloquent leurs lycées pour réclamer de l’eau potable et des professeurs dans les classes.

Le gouvernement a aussi estimé judicieux de baisser la contribution sur les bénéfices des grandes entreprises (CEB) en la réduisant de 30%. Parce que, sans doute, comme les jeunes donataires, les grandes entreprises françaises devaient être prises à la gorge ? 

Et donc dans tout ceci pas besoin de préciser que les impôts des plus riches n’augmentent pas, que les taxes sur les bénéfices, les dividendes, les moyens attribués à la lutte contre la fraude fiscale, n’augmentent pas, qu’il n’y a ni taxe Zucman ni équivalent. Encore et toujours cette même obstination dans l’injustice fiscale et la violence infligée aux plus modestes.

Pourtant, il y aurait des lois aisées à prendre qui, sans coûter quoi que ce soit, au contraire, permettraient de redistribuer réellement la charge des prélèvements fiscaux. Par exemple, la proposition centrale du NFP sur l’impôt tient toujours : ne plus avoir un impôt en 5 tranches mais en 14, pour une réelle progressivité fiscale selon le revenu, avec un effort considérablement plus haut demandé aux tranches les plus élevées mais toujours à proportion réelle des moyens. Le gain estimé par cette mesure était d’entre 5,7 et 8 milliards d’euros selon les évaluateurs et les estimations à l’époque, et demeurerait substantiel aujourd’hui.

Sur les bénéfices des grandes entreprises, dans un contexte où celles-ci ont versé 61 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires au 2e trimestre, soit le record en Europe. Face à l’inaction du gouvernement, beaucoup de partis de gauche ne proposent ni de « confisquer » les dividendes ni de mener à bien quelque fantasme bolchévique, mais des mesures d’une modération qui devrait emporter l’adhésion de toute personne soucieuse de justice sociale. La France Insoumise, par exemple, entend créer une taxe de solidarité de 10% sur les dividendes qui rapporterait 6 milliards d’euros environ. Ainsi les actionnaires pourraient continuer d’empocher de généreux profits, il leur serait simplement demandé de lâcher un petit peu de la survaleur qu’ils accaparent du fait du travail des autres.

Le budget d’injustice sociale l’est évidemment, aussi, du point de vue des retraites. Toujours pas d’abandon de la contre-réforme des retraites opérée par Macron, cela va de soi, mais au contraire un gel des pensions et une non-indexation des pensions sur l’inflation au-delà de 1260 euros mensuels selon des modalités à définir par décret, pour une économie estimée à 4,1 milliards d’euros. Il s’agit donc d’une pénalisation violente de retraités modestes alors même que la Réduction Générale Dégressive Unique (RGDU), un ensemble d’allègements de cotisations patronales portant notamment sur l’assurance vieillesse et la retraite complémentaire, demeure en vigueur.

APL, retraites et santé, les solidarités publiques rabotées partout

Naturellement, LFI et le Parti communiste continuent de demander l’abrogation de la précédente contre-réforme des retraites qui a volé deux ans de vie aux Français sous prétexte qu’il faudrait trouver 20 milliards d’euros, alors même que ces 20 milliards représentent une somme inférieure au total du manque à gagner causé par, par exemple, les seules niches fiscales issues du CICE. Et alors même que, comme à chaque contre-réforme des retraites présentée comme « la dernière », celle qui va « sauver le système par répartition », les successeurs de Macron dans son bloc politique n’aspirent qu’à poursuivre la destruction de notre régime de retraite solidaire à coups de départ à 67 ans ou d’ajout de capitalisation.

De même, les allocations familiales et les APL vont être gelées par le budget 2027 et, comme les retraités, les bénéficiaires se retrouveront pénalisés par l’inflation. Pour les étudiants des familles aisées, une initiation à l’optimisation fiscale est cependant prévue puisque le projet de budget prévoit sérieusement de leur proposer de choisir entre les APL et « le gain en impôt pour leurs parents » lié à leur rattachement au foyer fiscal ou à la déduction des pensions alimentaires qui leur sont versées.

Sur la santé proprement dite maintenant, le gouvernement reconduit la taxe de 2,05% sur les complémentaires santé ainsi que le transfert de charges vers les complémentaires à hauteur de 1,6 milliard d’euros. Ce n’est cependant pas satisfaisant puisque c’est simplement déplacer le problème, rien n’empêche les organismes de droit privé parasitant le système de soins d’augmenter leurs tarifs pour faire face. À l’inverse, un retour aux fondamentaux de la Sécurité sociale serait possible en absorbant les complémentaires dans le public, en remboursant intégralement les soins prescrits, et en substituant la cotisation des assurés sociaux aux primes à payer au secteur privé.

De la même manière, dans cette dynamique d’organiser un problème plutôt que d’y faire face, le gouvernement persiste à vouloir gérer les déserts médicaux au lieu d’y faire face. Pour assurer les soins de proximité à ceux qui en manquent, le gouvernement compte sur Réseau France Santé, le volontariat de missions territoriales, des forfaits en tout genre, bref de nombreux mécanismes d’incitation coûteux pour les finances publiques. L’estimation budgétaire complète n’est pas encore disponible au moment où ces lignes sont écrites, mais on parle d’au moins maintenir les 200 euros par jour distribués aux médecins volontaires en zones sous-dotées dans le cadre de l’expérimentation de 2025.

Pourtant, là encore, comme en bien d’autres domaines, il suffirait de sortir de la politique de l’incitation. En particulier, des forces politiques comme LFI défendent l’obligation pour les jeunes médecins de s’installer sur des territoires donnés, tout en assurant le développement de centres municipaux de santé, fondés sur le salariat des médecins, sans dépassements d’honoraires et à tiers payant intégral, afin de garantir un accès aux soins de proximité sur l’ensemble du territoire. Ce n’est que par une organisation réellement repensée des soins et des études de médecine que l’on arrivera à avoir raison des déserts médicaux qui ne sont plus depuis longtemps un bug du système mais revêtent par eux-mêmes un caractère systémique dans de très nombreux territoires de notre pays.

Sur le logement pas de changements non plus dans le choix de gérer les inégalités au lieu de les résorber. Tout ce que propose budgétairement cette nouvelle copie du gouvernement c’est de rendre le prêt à taux zéro pour les parents plus attractif et de raboter la niche fiscale du meublé. Sur ce dernier point on peut évidemment trouver que c’est du bon sens considérant l’énorme effet d’aubaine que cela a constitué depuis des années pour des propriétaires filous, mais enfin ce n’est pas avec ça que les étudiants et jeunes travailleurs précaires pourront se loger dans les grandes métropoles.

Un budget de gestion des inégalités

Or sur les logements sociaux, sur le rôle de l’État comme puissance responsable de ce que chacun ait un toit sur la tête, c’est silence radio. Il y a pourtant une mesure à prendre qui pulvériserait le pouvoir de chantage des multipropriétaires et les exigences délirantes auxquelles sont soumis tant de millions de Français, c’est d’étendre le périmètre du logement public. Le plan de LFI pour 2027 vise 400 000 logements abordables annuels, dont 200 000 publics, en mobilisant aussi le parc existant, et une rénovation accessible aux ménages modestes. Les communistes, quant à eux, entendent faire construire 200 000 logements sociaux par an avec inscription au budget par des subventions directes, et estiment que la question n’est cependant pas tant de fixer un objectif chiffré que de s’assurer que les projets de logements publics soient financés directement par le budget de l’État via les projets de loi de finances.

À juste titre, les deux forces politiques demandent évidemment l’arrêt immédiat de la RLS (Réduction de Loyer de Solidarité), cette ponction de l’État d’environ 1,3 milliard d’euros par an dans les caisses des bailleurs sociaux, qui détruit directement leur capacité d’autofinancement.

On peut cependant déplorer la modestie de ces ambitions et mesurer à quel point l’œuvre de la Sécurité sociale et de l’extension du bien public a reculé depuis les années 50, alors que le principe même de financement public du logement en vient à devoir être reconquis et que l’idée de nationaliser entièrement le secteur du logement pour en faire un service public globalisé n’effleure pas les programmes les plus médiatiques. Elle se heurterait évidemment à des décennies d’endoctrinement ayant contribué à faire de la propriété privée immobilière un droit sacré dans les esprits, mais qu’on ne s’interdise pas de penser que, après une éventuelle victoire de la gauche en 2027, ce puisse être un horizon auquel croire, afin de sortir le logement du marché et de permettre que tout Français ait réellement un droit opposable au foyer.

Sur le plan du service public d’ailleurs, certainement pas d’incitation à embrasser la carrière de fonctionnaire dans ce budget 2027, bien au contraire, puisque le point d’indice des fonctionnaires demeure gelé. En outre, certains secteurs vont subir une petite saignée, comme le ministère du Travail qui va perdre 689 postes, ou France Travail, pourtant déjà surchargé à l’extrême et totalement incapable d’appliquer la pluie ininterrompue de réformes et décrets qui s’abattent sur les demandeurs d’emploi, qui va perdre environ 400 emplois.

Alors que peut-on conclure ? Que c’est la répétition exacte des budgets d’austérité que l’on nous a infligés pendant dix ans et qu’il n’y a strictement aucune raison de penser que celui-ci fera mieux que les autres. Au contraire, en restreignant la consommation, en réduisant sans cesse le pouvoir d’achat des Français et les droits des plus modestes, on ne fait que comprimer l’économie et créer les conditions d’une dégradation de la situation que l’on imputera l’année suivante à la trop grande générosité de l’État-providence, dans un cycle sans fin. Le seul succès de cette politique est de contribuer à enrichir des riches qui ne l’ont jamais été autant : en 2025, la fortune des milliardaires a progressé 3 fois plus vite qu’au cours des 5 années précédentes et a atteint un sommet historique. Comme l’établissait Oxfam en 2025, les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que plus de 32 millions de personnes réunies, soit près de la moitié de la population, tandis qu’en seulement 24 minutes en moyenne, un milliardaire gagne l’équivalent du revenu annuel moyen d’un Français, soit 42 438 euros !

Au surplus, depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé. Ce gain de plus de 220 milliards d’euros, concentré sur à peine 32 personnes, équivaut au financement de plus de 10 000 postes d’enseignants pendant près de 400 ans, et ce déséquilibre grotesque et indécent est consacré une fois de plus par un budget qui refuse toute progressivité supplémentaire de l’impôt, toute taxe sur les ultra-riches, toute redistribution réelle des fortunes de plus en plus indécentes concentrées chez une poignée d’individus.

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