« Le social se bat pour tout le monde » : le travail social en lutte fait front


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Réunis ce week-end à Ivry-sur-Seine pour leurs 14èmes rencontres nationales, les collectifs du travail social en lutte ont acté leur soutien à la mobilisation du 6 octobre, aux côtés des lycéens. Leur meeting révèle un déplacement de fond : la conflictualité gagne la sphère de la reproduction sociale.

Ils sont plus de 90, venus des quatre coins de la France, à l’invitation de la Commission de mobilisation du travail social Île-de-France. Ni syndicat ni fédération, le travail social en lutte est une coordination de collectifs, syndiqués ou non, qui tente de relier des luttes dispersées dans un secteur éclaté entre public et privé. Après une journée de débats, place au meeting du soir : la parole est à celles et ceux qui luttent. Nos Révolutions y était.

La soirée s’ouvre sur la lutte de l’été, racontée à trois voix.

Les salariés du Samu social de Paris commencent. Début juin, l’État exige la remise à la rue de 800 personnes. La direction s’apprête à obéir. Les équipes, elles, refusent net : leur métier n’est pas d’annoncer aux gens qu’ils dormiront dehors. Dès les premières assemblées générales, la grève s’impose. Trois semaines plus tard, elle rejoint la mobilisation d’Utopia 56. Salariés et familles expulsées plantent leur campement sur le parvis du siège. Ils seront jusqu’à 450 à l’occuper en même temps. L’occupation, racontent-ils, décuple la force du mouvement et braque enfin les projecteurs sur eux. Fin août, l’État fait évacuer. Mais après 57 jours de grève, une partie des familles est relogée, et les salariés arrachent des avancées sur la démocratie interne, les obligations de l’employeur et les salaires.

Une syndicaliste du Samu social raconte ensuite la grève de l’intérieur, en lisant un texte écrit à son dernier jour. Elle y décrit la fierté, les billets qui tombent dans la caisse de grève, le mégaphone dont on s’empare, la finale de la Coupe du monde regardée ensemble sur le parvis, les karaokés, le face-à-face avec le préfet. Puis cette phrase : « Malgré les moments durs, je crois que je n’ai jamais été aussi vivante. » Elle dénonce enfin l’évacuation du campement, menée au nom de la sécurité et du sanitaire : l’État a retourné contre le mouvement ses propres mots d’ordre.

Sur ce même parvis, Utopia 56 était aux côtés des grévistes. Un de ses militants prend le relais pour raconter l’occupation du côté des familles. L’association aide les personnes exilées et à la rue, et refuse toute subvention publique pour rester libre. Il se souvient d’un matin : 7 heures, le sous-préfet débarque avec des bus vides, venus pour expulser. Les familles s’emparent des mégaphones et le suivent pas à pas dans tout le campement. Les mères finissent par le raccompagner à la sortie sous les huées. C’est à ce moment-là, dit-il, que le rapport de force a basculé. Sa leçon : ces luttes ne se mènent pas sans les personnes accompagnées.

Ces trois récits disent quelque chose de l’époque. Ceux qui soignent, hébergent, accompagnent et forment se mettent en mouvement. Leur travail assure la reproduction de la force de travail, mais il ne produit pas directement de profit. Pour l’État austéritaire, ce n’est donc qu’un coût à comprimer, à coups de coupes budgétaires et de mise en concurrence des associations. En refusant d’exécuter les remises à la rue, les salariés du Samu social ne défendent pas seulement leur travail : ils en contestent le contenu même. C’est un conflit sur la finalité du travail, et donc, au sens fort, un conflit de classe. D’où le mot d’ordre de la rencontre : « Le social se bat pour tout le monde, tout le monde se bat pour le social. »

La soirée s’élargit ensuite à d’autres fronts. Vient le tour d’un travailleur d’un salon de coiffure du boulevard de Strasbourg. Son patron ne payait plus, ne déclarait plus. Avec ses collègues, il a tenu 78 jours de grève, jusqu’à la victoire. Les étudiants de Nanterre referment le meeting. Malgré les fermetures de lycées, malgré la répression policière, les lycéens tiennent bon, disent-ils, et redonnent confiance à tous les autres. La veille encore, la fac était fermée. Qu’importe : 300 étudiants se réunissent en AG, puis partent manifester vers les lycées de Courbevoie et de Levallois. Ils sont bientôt un millier dans la rue.

Travailleurs sociaux, lycéens, étudiants : rendez-vous est pris pour le 6 octobre.


Image d’illustration : 14èmes rencontres nationales du travail social par Léo Michel, correspondant de Nos Révolutions.

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