Nos Révolutions, média communiste, œuvre à documenter les initiatives de la gauche radicale et du mouvement social. Il y a quelques jours, notre correspondant Mateo Crespo Garcia a pu couvrir l’université d’été 2026 de la France insoumise.
Du 20 au 23 août, l’université d’été de La France insoumise a constitué une impressionnante démonstration de force pour le mouvement de gauche qui apparaît aujourd’hui le mieux placé pour accéder au second tour de la présidentielle. Près de 8 000 personnes étaient inscrites dès l’ouverture des « AMFIS », à Châteauneuf-sur-Isère, près de Valence, soit plus du double de l’année précédente. Une affluence record qui témoigne de la dynamique croissante autour du programme des Insoumis en vue de 2027.
Il suffisait d’ailleurs de parcourir les allées de l’évènement pour le comprendre. Les salles débordaient de militant·es, jeunes et moins jeunes, souvent contraint·es, faute de place, de s’asseoir à même le sol pour assister aux conférences. Entre deux débats résonnaient des « Mélenchon ballon d’or », des « Siamo tutti antifascisti », mais surtout des « On va gagner », véritable refrain du week-end, tandis que nombre de participant·es arboraient fièrement leur maillot « Mélenchon 27 ». C’est sans doute aussi ce que racontaient, à leur manière, ces milliers de personnes entassées dans ces salles de conférence. La force actuelle de La France insoumise ne réside pas seulement dans les sondages sur Jean-Luc Mélenchon ou dans la faiblesse de ses concurrents, mais dans la capacité à convaincre que la politique peut encore transformer radicalement nos existences.
Dès lors, difficile lorsqu’on est militant de gauche – a fortiori marxiste – de ne pas être frappé par l’évidence : le dynamisme politique, militant et intellectuel de la gauche française se trouve aujourd’hui largement du côté de la France Insoumise. Le programme était, à cet égard, impressionnant : 23 formations, 79 conférences, sept temps forts, huit grands entretiens, auxquels s’ajoutaient projections, spectacles et concerts.
On peut avoir des désaccords avec ce mouvement, sa stratégie ou certaines de ses orientations, par exemple sur le nucléaire. Mais on aurait tort de ne pas regarder la réalité en face. Ni Raphaël Glucksmann, ni François Ruffin ni encore Marine Tondelier ne semblent aujourd’hui capables de produire une mobilisation comparable, de rassembler plusieurs milliers de personnes autour de dizaines de conférences politiques, de formations et d’événements culturels et, surtout, de laisser penser qu’une victoire est possible.
Et au fond, tant mieux que la dynamique soit de ce côté-là, du côté d’une force qui continue de défendre le droit international pour tous les peuples, et un programme de rupture avec le libéralisme : redistribution des richesses, hausse des salaires, planification écologique, développement des services publics, remise en cause du paiement de la dette et extension des droits sociaux…
La culture comme champ de bataille
Ce qui frappe également, c’est de constater à quel point LFI est devenue non seulement un mouvement de masse, mais aussi une organisation qui cherche à investir le domaine culturel. À l’inverse de plusieurs autres formations de gauche, la culture n’est pas apparue lors de ces AMFIS comme un supplément d’âme ou un sujet périphérique, mais comme un véritable champ de bataille politique.
De nombreuses conférences étaient consacrées à la concentration capitalistique des maisons d’édition, à celle, croissante, du monde du cinéma, au soutien à la tribune « Zapper Bolloré », à la concentration des médias ou encore à la proposition de création d’un Centre national du jeu vidéo. À l’issue de ces échanges revenait une même ambition : soustraire la culture à la logique du profit et donner aux classes populaires les moyens d’y accéder et d’en devenir elles-mêmes productrices.
Il faut dire que le mouvement insoumis dispose désormais de soutiens de poids dans ce domaine. La comédienne Anna Mouglalis, le prix Goncourt Éric Vuillard ou encore Pierre Lemaitre figuraient notamment parmi les invités, aux côtés de nombreux artistes venus se produire durant les soirées.
Gagner les élections ne suffira pas
Mais l’un des aspects les plus intéressants de ces AMFIS se trouvait peut-être ailleurs. Au fil de plusieurs conférences consacrées à l’exercice du pouvoir, une idée revenait avec insistance : une victoire électorale ne suffira pas.
La question peut sembler paradoxale dans une université d’été fortement tournée vers la présidentielle. Celle-ci est pourtant fondamentale car accéder au gouvernement avec un programme de rupture signifie immédiatement affronter des intérêts économiques considérables, les marchés financiers, une partie du patronat, les institutions européennes, les grands groupes médiatiques, et tous ceux qui disposent de moyens autrement plus importants qu’un bulletin de vote ou qu’une grève pour défendre leurs intérêts.
Dès lors, plusieurs élu·es, chercheur·ses et artistes insoumis·es ont insisté sur la nécessité pour les militants de continuer à s’organiser, à agréger de nouvelles forces afin de renforcer le mouvement social, y compris une fois la victoire électorale obtenue. Présentée comme la condition sine qua non à la construction d’un rapport de force indispensable à l’application et à l’approfondissement d’un programme de rupture, un tel rappel est salutaire, courageux et lucide.
Alors certes, la victoire est évidemment loin d’être acquise. Oui, la confiance affichée durant ces AMFIS ne doit pas conduire à sous-estimer les obstacles immenses qui se dresseront devant toute tentative de rupture.
Mais dans une gauche souvent habituée à organiser ses défaites, à commenter son propre recul ou à rechercher désespérément la respectabilité auprès de ceux qu’elle prétend combattre, voir plusieurs milliers de camarades répéter pendant quatre jours « on va gagner » est pour le jeune militant communiste qui écrit ces lignes aussi inédit que profondément mobilisateur.
À nous, communistes, de regarder cette dynamique telle qu’elle est, et d’en tirer toutes les conséquences. Contribuons au rassemblement autour de la candidature de gauche de rupture la mieux placée pour gagner, mettons toutes nos forces au service de la construction du mouvement populaire capable de porter cette victoire et, demain, de lui donner toute sa portée dans les rues, dans nos lieux de travail et dans nos lieux d’études !
Image d’illustration : Photographie par Nos Révolutions
