Incendies en Gironde : l’heure du réveil


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Cette nuit-là, le feu nous a réveillés.

Il est trois heures du matin quand je me réveille en sursaut. La cause ? Un message d’alerte de la préfecture informant les habitants d’Eysines, situés à l’extérieur de la rocade, qu’ils doivent évacuer immédiatement leur domicile. Les feux de forêt nous y obligent.

Je ne tergiverse pas. Je m’habille, récupère les affaires préparées la veille, prends mon chien, et nous voilà partis en direction du parc des expositions. Je fais d’abord un détour pour aller chercher le chien d’un ami qui travaille de nuit.

L’atmosphère est très étrange. De nombreux habitants sont dehors. Certains discutent. D’autres rangent leurs affaires dans leur voiture. Quelques-uns hésitent encore : est-il vraiment nécessaire d’évacuer ?

La route jusqu’au point de ralliement est courte, mais la sensation est déroutante. L’air porte déjà l’empreinte du feu.

Lorsque j’arrive sur le parking du parc des expositions, il y a déjà beaucoup de monde. Sur place, je suis un peu perdue. Je ne sais pas vraiment où aller. Jusqu’à présent, les consignes étaient claires, mais désormais, le flou m’accompagne. Alors je fais comme beaucoup d’autres : je suis la foule.

J’arrive rapidement au bâtiment prévu pour nous accueillir. Je rentre. Il fait chaud, il y a beaucoup de monde et j’ai l’impression que l’odeur de cendre est encore plus présente. Je décide finalement de faire demi-tour. Avec deux chiens, nous serons mieux dans ma voiture.

De retour sur le parking, je me rends compte que nous sommes nombreux à avoir fait ce choix. Je discute un instant avec une femme. Elle me demande si je sais s’il est possible de retourner dans son logement et s’il est vraiment nécessaire de rester ici. Elle a un enfant avec elle. Je lui réponds que je n’en sais rien, mais que, dans le doute, il vaut mieux suivre les directives pour le moment.

Je passe le reste de la nuit à chercher un sommeil qui ne vient jamais.

Aux alentours de 6h30, mon ami arrive pour récupérer son chien et me tenir compagnie. Je lui en suis reconnaissante. Dans ce genre de situation, être seule rend la lutte contre la panique encore plus difficile.

Un peu plus tard, nous allons chercher de quoi manger au point de ralliement. Je suis étonnée par le nombre de bénévoles présents. Ils sont nombreux et la nourriture ne manque pas. Une chose est sûre : personne ne mourra de faim.

Nous finissons par nous séparer et je quitte le parc des expositions de mon côté. Je suis ensuite accueillie et hébergée, d’abord par des amis, puis par la famille d’une collègue de travail. Plusieurs propositions d’hébergement me sont également faites, notamment par mes camarades du parti communiste.

J’ai beaucoup de chance de ne pas avoir à passer une nouvelle nuit dans ma voiture. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Je pense à celles et ceux qui n’ont ni famille ni amis sur qui s’appuyer. Ce genre de situation peut nous renvoyer durement à notre propre solitude. Face aux catastrophes, nous ne sommes pas tous égaux. Certains peuvent compter sur leurs proches, leurs camarades ou leur entourage. D’autres se retrouvent seuls, sans voiture, sans solution d’hébergement et parfois sans savoir où aller.

Malgré tout, un immense élan de solidarité s’est très vite construit. Des habitants, des bénévoles et des militants ont accueilli, nourri et soutenu celles et ceux qui en avaient besoin. Dans l’urgence, la solidarité populaire a une nouvelle fois démontré sa force.

Mais elle a aussi révélé une réalité plus brutale : lorsque les pouvoirs publics ne sont pas suffisamment préparés, ce sont encore les citoyens qui doivent s’organiser pour combler les manques.

Nous savons pourtant que les incendies seront plus fréquents et plus violents avec le dérèglement climatique. Nous savons que les services de secours, les collectivités et les services publics ont besoin de davantage de moyens. Nous savons également que les politiques actuelles ne sont pas à la hauteur.

Il ne suffit plus de saluer le courage des pompiers, des bénévoles et des habitants une fois la catastrophe arrivée. Il faut prévenir, investir, protéger et rompre avec un système qui détruit les conditions mêmes de notre existence.

Nous avons été réveillés à trois heures du matin par une alerte. Combien de catastrophes faudra-t-il encore avant que nos dirigeants se réveillent à leur tour ?


Image d’illustration : rawpixel.com (CC0 1.0)

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