ÉDITO. Municipales 2026 : Des résultats encourageants pour la gauche de rupture


Shares

Le 15 mars 2026 à 20h, en France, les premiers résultats tombent. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont assez éloignés du tableau dressé encore quelques jours auparavant dans la quasi-totalité des médias nationaux et dans les désormais nombreuses antennes locales de BFM. Oui, le RN réélit globalement ses sortants et fait quelques conquêtes dans le Sud-Est et l’ex-bassin minier du nord du pays, mais la vague brune annoncée laisse plutôt place à des résultats en demi-teinte et souvent inférieurs aux prévisions.

À Toulon même, Laure Lavalette (RN), présentée comme favorite, arrive bien en tête du scrutin, mais ses rivaux de droite réalisent un score cumulé plus important. Cela laisse un second tour ouvert où la gauche sera absente. Il semble que donner de nouvelles responsabilités dans les exécutifs locaux à l’extrême droite soit plus difficile pour nombre d’électeurs que de simplement voter pour eux dans un scrutin européen.

Le travail avait pourtant été fait sur mesure pour l’extrême droite par les médias de la bourgeoisie, à l’image du 20h de TF1, tribune inouïe pour Sarah Knafo où elle a pu annoncer sa candidature à Paris, ainsi que par les nombreux temps d’antenne consacrés à la diabolisation de la gauche et à la victimisation des fascistes dans le sillon du « traitement » de l’affaire Quentin Deranque.

Et si les fachos ne sont pas si triomphants, c’est bien que l’ensemble des forces de gauche a su faire plus que résister et a souvent déjoué les pronostics. Au sein de la gauche, ce sont les forces de la gauche de rupture qui permettent le plus souvent de concrétiser ces résultats obtenus à contre-courant du narratif rêvé du MEDEF, de Retailleau et du RN.

À Lyon, Marseille et Paris, les défaites de la gauche annoncées comme inéluctables ne sont pas au rendez-vous. Le PCF voit plus de 170 de ses maires réélus dès le premier tour, notamment à Montreuil, ville de plus de 100 000 habitants, et de nombreux autres sortants communistes abordent le second tour en position favorable. L’alliance du PCF et de LFI à Saint-Denis–Pierrefitte permet une victoire dès le premier tour et inscrit le tandem formé par Bally Bagayoko et Sofia Boutrih comme l’une des plus belles images de la gauche de cette soirée électorale.

À Toulouse, la liste de François Piquemal arrive en tête là où les rumeurs évoquaient déjà une fusion technique avec des socialistes devant. Même scénario à Limoges. Dans cette ville historiquement socialiste, c’est Damien Maudet qui embarquera toute la gauche vers une probable victoire. À Roubaix, David Guiraud distance largement la concurrence.

À l’image de Nîmes avec Vincent Bouget, du Havre avec Jean-Paul Lecoq ou de Gennevilliers avec Patrice Leclerc, on voit également que le PCF peut, s’il en fait le choix, incarner la gauche de rupture. Dans ces villes, il rend localement inefficiente la stratégie solitaire de LFI, réduite dans ces endroits à la portion congrue.

Si les motifs de satisfaction existent réellement à gauche, le 15 et les jours qui suivent nous donnent aussi à voir ce dont la gauche est capable de pire. Comment comprendre la banalisation de l’extrême droite et les indignes calculs politiciens incarnés par le refus de l’union la plus large à gauche à Paris, mais plus encore face à l’extrême droite à Nice et Marseille ? Sébastien Delogu permettra à Marseille de sauver l’honneur par son sens des responsabilités face aux manœuvres de Benoît Payan en retirant ses listes, mais dénier à 12 % du corps électoral toute représentation aura forcément un prix. Souhaitons aux habitants de Marseille qu’il ne soit pas trop lourd à payer.

À Nice, qui est en passe de devenir la plus grande ville de France dirigée par l’extrême droite avec Éric Ciotti, la gauche sans ambition autre que personnelle incarnée par Juliette Chesnel (Les Écologistes) refusera, avec ses alliés PCF et PS, du haut de ses quelques points d’avance, de tendre la main à la liste citoyenne soutenue par le Mouvement Viva ! et LFI. Les dégâts sont à prévoir quand, face à l’adversité et à la menace ultra-réactionnaire, l’unité antifasciste n’est même plus considérée comme le minimum partagé.

En parlant de personnes motivées par leurs seuls intérêts personnels, la palme reviendra sans doute à la candidate du PS à Strasbourg, Catherine Trautmann. Ministre de la Culture de Lionel Jospin il y a près de 30 ans, la campagne du second tour la voit s’allier avec la liste de droite de Pierre Jacubowicz pour tenter de faire perdre la mairie à l’écologiste Jeanne Barseghian, au terme d’une campagne particulièrement sordide, menée principalement contre la gauche.

Difficile d’être exhaustif et surtout définitif dans les conclusions à tirer de cette séquence alors que le second tour n’est pas encore passé, mais on se rend déjà compte de plusieurs choses :

  • La plupart des quartiers populaires restent à mobiliser : nombre d’entre eux ont regardé cette séquence de loin.
  •  La gauche n’est pas défaite d’avance dans les prochaines échéances si elle se positionne clairement sur des choix de rupture portés par une démarche unitaire.
  •  L’extrême droite arrive à faire exister un tissu d’élus locaux dans de nombreuses zones du pays.
  •  Le tir de barrage politico-médiatique contre LFI et les antifascistes n’a pas été efficace pour l’instant, mais on sent déjà tous les éléments d’un possible renforcement de celui-ci dans la perspective des présidentielles.

On sait que ce tir de barrage se fera avec la complicité des libéraux de centre-droit comme de centre-gauche.


Image d’illustration : « EU Elections 2024 – Voting in Strasbourg », photographie du 9 juin 2024, CC-BY-4.0: © European Union 2024 – Source : EP

Shares

fr_FRFrançais