De Gaza à Cuba, vive les flottilles de la liberté !


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Le 21 mars, le convoi international Nuestra América convergera vers La Havane, à Cuba. Cette initiative de solidarité, qui s’appuie sur les nombreuses résolutions des Nations Unies condamnant le blocus US sur l’île, honore celles et ceux qui y prennent part.

Il y a quelques jours le Parti communiste français a annoncé la présence dans cette flottille de responsables de son secteur international, Charlotte Balavoine et Vincent Boulet. Dans un contexte marqué par le renforcement de l’embargo états-unien contre Cuba, cette participation politique s’inscrit dans une continuité communiste historique. Celle de la défense du droit du peuple cubain à la paix, au développement et à l’autodétermination.

Cette initiative mérite d’être saluée. Elle rappelle que la solidarité concrète, incarnée physiquement, assumée publiquement, demeure un levier essentiel pour faire vivre l’internationalisme au-delà des déclarations de principe. Elle montre que les communistes sont en mesure de s’engager dans des actions visibles, médiatiques et politiquement marquantes, y compris sous la forme de flottilles.

De La Havane à Gaza

Comment dès lors ne pas relever le décalage, pour ne pas dire la contradiction, entre cet engagement actuel dans la flottille pour Cuba et certaines récentes prises de position concernant les flottilles solidaires de la Palestine ? Le 29 juin 2025, s’exprimant à propos de l’initiative avec Greta Thunberg et Rima Hassan, Fabien Roussel déclarait : « Nous ne sommes pas là pour faire le buzz, notre action fait moins de bruit qu’une flottille qui part pour Gaza avec quelques kilos de pâtes et de farine. ». De tels propos, qui visent à disqualifier la portée politique de ces flottilles, à les réduire à des opérations médiatiques superficielles, voire contre-productives, sont des tirs contre notre camp.

Ce deux poids, deux mesures interroge la cohérence de la ligne internationale communiste. Les flottilles, qu’on le veuille ou non, ne sont pas seulement des opérations humanitaires. Ce sont des actes politiques visant à briser des blocus, à alerter l’opinion, à internationaliser des luttes. Les discréditer dans un contexte, puis les valoriser dans un autre, revient en réalité à affaiblir l’ensemble des flottilles de solidarité.

D’autre part, et c’est sans doute le point le plus préoccupant, cette contradiction révèle une inflexion plus profonde de la ligne de la direction nationale du PCF sur la Palestine, tant sur l’analyse du conflit que sur l’organisation de la solidarité elle-même.

Le révélateur d’un problème plus vaste

En effet, la direction du parti a fait le choix à de nombreuses reprises de ne pas appeler à participer aux manifestations de solidarité avec Gaza, notamment dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre 2023… Au moment même où ces mobilisations structuraient le mouvement de solidarité en France. Ce retrait a marqué une rupture avec la tradition d’engagement direct dans les mobilisations de rue, pourtant constitutive de l’identité communiste.

Des responsables nationaux du parti ont aussi insisté sur la nécessité de se démarquer de mobilisations jugées « ambiguës » ou « instrumentalisées », participant de fait à la délégitimation d’une partie du mouvement de solidarité. Comme l’a montré l’enquête d’Orient XXI, il y a maintenant de ça deux ans, cette orientation a été portée et assumée au sein de la direction par notamment Christian Picquet et Vincent Boulet.

À cet égard, l’absence – à ce jour – de soutien du PCF à la Global Sumud Flottilla constitue un révélateur supplémentaire. Cette initiative est pourtant largement appuyée par de nombreuses organisations progressistes, dont l’Association France Palestine Solidarité et la Fédération syndicale unitaire. Les militant·es communistes ne comprennent pas cette posture d’isolement, et ont été nombreux à l’exprimer dans un appel publié par Nos Révolutions alors que la prochaine flottille partira le 29 mars.

Pour une nouvelle offensive internationaliste

Comment justifier qu’une initiative soutenue par une large partie du mouvement de solidarité internationale ne bénéficie d’aucun accompagnement du PCF, alors même qu’il dispose des moyens politiques et organisationnels pour le faire, comme le prouve sa participation à la flottille pour Cuba ?

Il ne s’agit bien évidemment pas d’opposer Cuba à la Palestine, ni de hiérarchiser les luttes. Il s’agit, au contraire, de rappeler que l’internationalisme ne peut être à géométrie variable. Il ne peut dépendre de considérations de communication, ni même d’arbitrages implicites sur ce qui serait « utile » ou « respectable » en fonction de l’idéologie dominante et de la classe politico-médiatique à son service.

L’internationalisme exige cohérence, constance et courage politique. Il ne peut subir de traitement à deux vitesses. La flottille pour Cuba est une cause juste. Elle doit amener les communistes à demander davantage : une ligne claire, assumée et cohérente sur l’ensemble des luttes internationales.


Image d’illustration : « Boats in Havana Harbor, Cuba », photographie du 6 novembre 2015 par Kate Perez (CC BY-SA 4.0)

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