ÉDITO. Face aux féministes, l’Empire contre-attaque


Par Anaïs Fley.

Ce 8 mars 2025 à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, les mouvements féministes ont appelé à manifester, en exprimant cette année une grande défiance face aux victoires de l’extrême-droite dans le monde.

Lors de la dernière décennie, le rapport de force idéologique en Occident a été bouleversé par la vague #MeToo, qui dénonçait les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma, mais pas seulement. Depuis, des millions de personnes, en premier lieu des femmes, ont brisé les chaînes du silence en dévoilant la violence déployée par les hommes pour affirmer ou maintenir leur domination de classe.

Si à l’image de Gérald Darmanin, de nombreux auteurs de violences peuvent encore largement profiter d’un système judiciaire conciliant et de connivences masculines dans les cercles de pouvoir, aux yeux du grand nombre ça ne passe plus.

Les féministes paient le prix fort de cette victoire idéologique, avec une réponse réactionnaire qui vise à les réduire à la sidération et à l’impuissance. Pour mettre en échec la puissance révolutionnaire des femmes et de leurs revendications majoritaires, l’extrême droite frappe fort, partout et par tous les moyens.

Ainsi, la neutralisation et la récupération des discours féministes est devenu un axe majeur de la lutte idéologique des réactionnaires. Le 8 mars 2025 face aux marches féministes, des cortèges et contre-manifestations réactionnaires se sont multipliés à travers le monde : en France, en Italie, en Espagne, en Pologne, aux États-Unis, mais aussi au Mexique, en Corée du Sud ou encore en Inde. Partout, les féministes ont fait ce qu’elles ont pu pour protester, malgré la répression, alors que face à elles les cortèges d’extrême droite étaient souvent protégés par la police.

Si l’extrême droite parvient à s’insinuer jusque dans nos espaces de lutte, n’y a-t-il pas de quoi baisser les bras ?

Les réactionnaires attaquent d’autant plus violemment lorsque l’ordre du monde menace de basculer, en faveur des femmes, des ouvrier·es, des peuples dominés. Aujourd’hui, alors que les fondations patriarcales et impérialistes du capitalisme sont en crise, il n’y a rien d’étonnant à ce que les pires moyens soient employés pour les défendre.

La force d’entraînement des mouvements féministes a déjà montré sa puissance dans l’Histoire, des travailleuses russes de 1917 aux ouvrières du textile bangladaises de 2024. L’heure n’est donc pas à négocier avec l’extrême droite les contours des luttes féministes, qui lui ont toujours été étrangères.

L’heure est au contraire à donner un nouvel élan politique aux luttes féministes, en posant la question des nécessaires changements de pouvoir à la tête de l’économie comme de l’État, pour démanteler partout ce qui maintient les dominations en place. Soyons solidaires de ces luttes, portons leurs revendications : avec elles, un nouveau monde commence !


Image d’illustration : « extrême-droite ennemie des femmes. Manifestation du 8 mars 2024 à Paris », photographie du 8 mars 2024 par Jeanne Menjoulet (CC BY 2.0)


Share via
Copy link
Powered by Social Snap