Les moulinets d’Attal sur une botte de paille ne mettront pas de beurre dans les épinards


Par Patrick Le Hyaric.

Cet article du 27 janvier 2024 est extrait de la lettre hebdomadaire de Patrick Le Hyaric. Cliquez ici pour lire la lettre de la semaine et ici pour vous y abonner.

Le feu qui couvait depuis des mois, dans nos fermes, dans nos villages et nos cantons ruraux vient de se raviver sous le souffle des souffrances, de la mal vie jusqu’à parfois la perdre, des cadences infernales, des tonnes de paperasseries, et des journées sans fin. Le mouvement paysan parti de la base sans consigne, ni mot d’ordre du syndicat officiel qui s’évertue à calmer le jeu et à protéger le pouvoir n’a rien d’une colère passagère qu’il suffirait de calmer à coup de moulinets ministériels sur une botte de paille.

C’est un cri d’alarme d’une extrême profondeur, un révélateur de la nature de l’exploitation capitaliste de travailleurs non-salariés. C’est le grand cri de celles et ceux qui sont enchaînés à une terre qui ne les nourrit plus et la désespérance de travailleurs endettés. Bizarrement, personne ne parle du rôle de la banque qui tient en laisse le paysan depuis le jour de son installation jusqu’à sa maigre retraite. Bizarrement, tous ceux qui ont loi après loi, modifié successivement la politique agricole commune, les partisans du « marché ouvert où la concurrence est libre », se placent du côté des paysans alors qu’ils en sont les fossoyeurs.

En ce moment même, ils tentent de conclure un accord de libre-échange avec un certain nombre de pays d’Amérique latine (Mercosur), après avoir adopté dans le dos du monde paysan l’accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, tout en refusant de donner la possibilité au Sénat de se prononcer sur le traité avec le Canada pourtant en application depuis sept ans. Ces traités de libre-échange conformes aux orientations de l’Organisation Mondiale du Commerce qu’ils ont tous approuvés à l’exception des communistes sont la tombe de nos campagnes.

Il existait un mécanisme de prix de base à la production au sein de l’Union européenne. Il était à parfaire, mais ils l’ont détruit pour permettre au complexe agro-industriel de se faire son beurre. Quant à la loi dite « Egalim » elle ne permet pas la mise en place de prix de base rémunérateur. Elle ne sert qu’à organiser des négociations au sein du capitalisme entre le capitalisme industriel de la transformation et celui de la distribution sous l’attentif œil des fonds financiers. Ni le paysan, ni l’artisan, ni même la PME, ni le consommateur citoyen n’y gagnent quoi que ce soit. Les prix à la production baissent, le prix à la consommation augmente.

Et, il y ceux qui à droite et au pouvoir critiquent la Commission européenne. Mais qui dira que cette commission est justement composée des représentants de ces partis qui démagogiquement font mine de la critiquer ?

Le pouvoir s’est mis du côté des paysans tout en demandant au syndicat officiel de calmer le jeu. Finis les rodomontades du ministre de l’Intérieur sur les violences et les destructions de biens publics. Fini les qualificatifs de terroriste et d’interdiction de manifestation.

Le pouvoir est très content d’entendre la critique sur « les normes », car cela occulte l’enjeu des régulations des productions et des prix de base. Surtout, cela ouvre la voie à la loi « PACTE 2 » qui a précisément pour objectif d’éliminer des « normes « pour les grandes entreprises. Cette loi devrait être discutée d’ici juin. Elle devrait s’appeler « liberté d’exploiter sans entrave », car c’est de cela dont il s’agit.

Le Premier ministre ne peut évidemment aborder les enjeux fondamentaux, tout simplement parce qu’il est un mandataire des intérêts du capital contre ceux du travail paysan et ouvrier. Alors, fidèle à sa stratégie, il brasse des mots, encore des mots pour faire croire que la non-augmentation d’une hausse est une baisse et qu’un crédit supprimé à l’agriculture bio qui réapparaît est un changement majeur. Or, l’agriculture bio va mal à cause de la baisse du pouvoir d’achat de tous les travailleurs.

Sans doute, faut-il toiletter des manières de faire et de réduire cette insupportable paperasserie, alors que les satellites contrôlent désormais tout sur les fermes. Mais, dès lors que des crédits publics européens sont distribués, il est nécessaire de s’en tenir à la conditionnalité des aides au service du bien commun. Précisément, ce service dont celui de la restauration de la nature et de la santé humaine et animale doit être rémunéré à la hauteur des enjeux et inclut dans la fixation d’un prix de base en dessous duquel on ne pourrait descendre pour une quantité négociée de production avec les organisations professionnelles par ferme de telle sorte que le travail soit rémunéré, en considérant le paysan comme un travailleur hautement qualifié.

En ce sens, les aides européennes ne doivent plus être distribuées selon la surface (qui favorisent les plus grosses exploitations) mais selon la nature du travail pour la production et la participation au bien commun. Ce sont ces orientations que j’ai défendues lors des négociations de réforme de la politique agricole commune lorsque j’étais député européen au sein de la commission « agriculture et développement rural ».

Mais là comme ailleurs, il est temps de poser la question du mode de production capitaliste qui ruine le travailleur paysan, conduit à ce que 10 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, que la santé des paysans comme de tous les citoyens se dégrade.
Un projet nouveau doit être mis en débat. Il impose de réfléchir ensemble au « post-capitalisme ». J’y reviendrai la semaine prochaine.


Image d’illustration : Balles de paille, par Enzo Abramo (CCO 1.0)


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