EN DÉBAT. Pillages du 17 octobre : l’arbre qui cache la forêt


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Alors que le mouvement social issu des mobilisations lycéennes vient de connaître un tournant, Nos Révolutions met en débat la situation politique et stratégique, au travers d’une série de contributions et prises de position contradictoires. Christel Pfister, infirmière retraitée, ancienne conseillère municipale communiste de Saint Etienne, y contribue dans cet article.

Les médias nationaux, régionaux et locaux diffusent en continu, depuis une semaine, des images des pillages et des casses de magasins qui ont suivi la journée du 17 octobre. Voir son outil de travail abîmé voire détruit doit effectivement être un choc.

Des annonces sont faites par des élus locaux pour leur venir en aide. Par exemple, à Saint Étienne, dans la Loire, le maire propose une aide psychologique pour les commerçants face aux dégâts qu’ils ont subi. Cela part d’une bonne intention. Ceci dit, de nombreuses assurances professionnelles proposent déjà cette aide psychologique : l’APESA (Aide Psychologique pour les Entrepreneurs en Souffrance Aigüe), est un dispositif qui concerne les assurances obligatoires pour ouvrir et gérer un magasin (la Mudetaf, AG2R, La Mondiale, la Mamut, Mutuelle Ociane, Harmonie Mutuelle). Alors, quel est l’intérêt d’un dispositif supplémentaire, en particulier à Saint Étienne, où les magasins du centre-ville ont fermé les uns après les autres avant le 17 octobre, sans que des scènes de pillage n’aient été constatées ?

Ce déferlement d’informations sur le commerce et les commerçants, en plein élargissement de la mobilisation sociale, ressemble plutôt à une stratégie pour lui nuire. En effet, les lycéen·nes, étudiant·es, salarié·es, retraité·es et Gilets jaunes cherchent à converger massivement autour de revendications pour mieux vivre, mieux étudier, pour un meilleur avenir. Elles et ils aspirent à travailler mieux, pouvoir vivre dignement de leur travail, puis de leur retraite. Vivre dans de bonnes conditions matérielles, climatiques… quelles revendications outrancières !

Si le Pouvoir, la Justice et les médias étaient si préoccupés par l’angoisse des commerçants, pourquoi n’ont-ils rien pas agi quand, en 2025, les greffiers des tribunaux de commerce ont radié 454 673 entreprises du Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) ? Je pense qu’être obligé de fermer sa boutique contre son gré est toujours un déchirement, pillage ou pas ! Et les chiffres sont incomparables.

L’année dernière, je n’ai pas entendu tous ces ministres – les mêmes ! – venir dans les médias pour se lamenter sur le sort de ces centaines de milliers de commerçants qui ont perdu leur outil de travail.

Pour ce qui est du choix des médias de traiter en long, en large et en travers la douleur – réelle et incontestable – des commerçants face à la perte de leur boutique, pourquoi n’y a-t-il pas le même traitement de l’information, par exemple, pour les salariés de la fonderie de Bretagne ? Ces 250 personnes ont perdu leur travail et devront survivre au chômage pendant une vingtaine de mois, puis sans plus aucun revenu. Quelle angoisse, quelle tristesse peuvent-ils bien ressentir dans cette situation, arrachés à leur usine ? Quelles conséquences pour leur vie, leur famille, leurs enfants ? Je peux confirmer que, pour ces ouvriers et techniciens qui travaillent le métal en fusion, quelque chose d’irremplaçable les lie à leur métier et leur usine. J’ai pu le constater en étant, quelque mois, soignante dans une fonderie. Or, pour eux, il n’y aura pas un seul mot dans les médias.

Ne nous trompons pas sur l’instrumentalisation des pillages et de la casse du 17 octobre. Il s’agit d’une mise au pas du peuple, que le pouvoir veut garder silencieux. Les médias privés, tenus par des « vrais pilleurs » d’argent public, et même les médias publics à présent, participent activement à cette manœuvre.

Le gouvernement, les forces de l’ordre à son service service et les médias sont complètement désinhibés. Les exactions de policiers le démontrent : le pouvoir soutient et incite à de graves violences contre les manifestant·es, pour décourager les masses : violences sexistes, sexuelles, racistes, tentatives de noyade, d’assassinat avec arme par destination, tant d’autres atteintes aux droits humains à l’encontre d’adultes comme de mineurs… Les médias en parlent à peine, mais déversent des torrents d’images et de commentaires sur les 3 000 magasins pillés sur le territoire français, chiffre du ministre du commerce. Et pour couronner le tout, ils reprennent à leur compte les élucubrations des ministres selon lesquels la France insoumise est derrière tous ces pillages, ce pourquoi il faudrait interdire ce mouvement. On en est là !

Il nous faut être vigilant·es, critiques et solidaires pour que nos luttes mettent enfin un terme à ces violences contre le peuple et au récit mensonger et insupportable du pouvoir.

Image d’illustration : Wikipedia Commons

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