Sud-Gironde. Protection des forêts, les bonnes volontés locales ne suffisent pas


Shares

Le 12 juillet 2022 un feu se déclarait dans la forêt usagère de La Teste, au sud du Bassin d’Arcachon. Une heure après, un feu était allumé sur la commune de Landiras, touchant par la suite une grande partie du Sud-Gironde.

Le premier était éteint le 23 juillet, le second semblait l’être le 25, mais repartait de plus belle le 9 août du côté de Saint Magne. Après deux mois et demi de lutte, les incendies sont déclarés éteints. Le feu couvera en sous-sol alimenté par le lignite à Hostens jusqu’en mars 2025. Saint-Symphorien, dans le Sud-Gironde, fut évacué pendant la première période, puis organisé en centre d’accueil pendant la seconde.

Fin juillet 2026, Saint-Symphorien est loin des incendies récents de Biscarrosse et du Porge. Le vendredi 24, les fumées portées par le vent depuis Biscarrosse nous font craindre pourtant des départs de feu tout proches. Il n’en est rien.

Notre commune n’a pas été sollicitée comme lieu d’accueil d’évacués. Elle a participé avec le concours de l’Association des Pompiers Solidaires à un grand mouvement de solidarité envers pompiers et évacués. Les communes du Sud-Gironde n’ont pas oublié l’été 2022. Elles se sont immédiatement mobilisées.

En 2024, j’écrivais :

Un peu plus de deux ans sont passés, de nombreuses réunions ont été organisées, quelques décisions ont été prises et le paysage garde des cicatrices douloureuses des incendies de l’été 2022 en Sud-Gironde : de grands vides parfois verdoyants de fougères, des parcelles portant encore de fines chandelles calcinées et surtout la crainte dans tous les esprits à la première odeur de fumée malgré les pluies de cette dernière année.

Bien sûr la solidarité remarquable qui s’était mise en place permet encore que les informations circulent rapidement dans le groupe dédié d’un réseau. («  feu de balles de foin maîtrisé … »)

Bien sûr du matériel a été alloué à la région, des pistes ont été refaites, des pare-feux installés. (ma commune a acheté du terrain pour en former un autour des lotissements proches de la forêt : plus sûr et plus aisé de faire, que de faire faire ?)

Ce que les communes ont réalisé localement pour leur avenir n’est pas suffisant. Faut-il vraiment avoir été fortement impactés par ces catastrophes pour réagir ?

Les élus de notre commune ont partagé, eux aussi, leurs réflexions :

Il devient urgent de créer des zones d’appuis pour les pompiers comme celle que nous avons réalisée au nord de la commune et ce tout autour des villages et des maisons isolées. Pour ce faire, il est primordial que l’État impose cela dès à présent dans tous les documents d’urbanisme (PLUi), en établissant des zones tampons de 40 ou 50 mètres de large qui seraient entretenus par la DFCI. En compensation pour les sylviculteurs, l’exonération trentenaire serait portée à 40 ans.

Il faut également modifier le règlement départemental de gestion de la voirie en autorisant la plantation d’arbres qu’à 20 mètres et non 4 mètres comme actuellement. Les Obligations Légales de Débroussaillement ne peuvent pas être la seule réponse à la protection du massif forestier.

Il est nécessaire d’agir très rapidement. Mieux vaut sacrifier une partie de la forêt pour constituer ces zones d’appuis que de risquer de perdre des milliers d’hectares.

Il est évident que le dérèglement climatique provoque la multiplication de ces situations (plus de 30 degrés de température, plus de 30km/h de vent, moins de 30 degrés d’humidité), où un incendie se déclare et devient ingérable.

Au-delà de la question des incendies, dramatique, il faut protéger la forêt. Elle est aussi fragilisée par les diverses tempêtes (Martin fin décembre 1999, Klaus fin janvier 2009), par la prolifération des scolytes (insectes s’attaquant aussi bien aux pins qu’aux épicéas fragilisés), par l’apparition récente dans les Landes de nématodes des pins, du fait de la monoculture intensive qui est pratiquée.

Je redis, comme en 2024 :

Darwin déjà mettait en garde contre la monoculture ! Les monocultures intensives facilitent la propagation des maladies et ravageurs, fragilisent les sols, les écosystèmes.

Il faut partager la forêt en ménageant des lisières de feuillus, des pare-feux, des pistes, en mêlant des espèces (pas n’importe lesquelles), en pensant l’agroforesterie, en réintégrant plus de vie dans les forêts. Les experts, ingénieurs de l’INRA, personnels de l’ONF, de moins en moins nombreux actuellement, ou sylviculteurs éclairés, ont des propositions, des savoirs-faire.

Comme les mises en œuvre dépendent de la volonté des propriétaires, il faudrait légiférer, planifier, et prévoir un budget pour recruter et faire respecter la loi car la forêt des Landes de Gascogne est essentiellement privée : 10% seulement de sa surface appartient à l’État. Le reste est la propriété de nombreux sylviculteurs. Qui replantent pour beaucoup d’entre eux à l’identique pour préserver des revenus à court terme malgré les promesses de l’été 2022.

Tout le monde sait maintenant que certaines décisions ont été des promesses non tenues, tant au niveau des forestiers que de l’État. Les mesures de protection, les moyens humains et matériels de surveillance, de protection, de lutte, les mesures pour une autre organisation de la forêt doivent être une urgence absolue pour l’État.


Image d’illustration : Photographie par Nos Révolutions

Shares

en_GBEnglish (UK)