Albanie : la face immergée de l’iceberg


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Le texte ci-dessous, signé David Adler, est traduit de l’anglais. Il s’inscrit dans le cadre du dossier d’enquête « Edi Rama Files », publié par Progressive International. La traduction a été réalisée par Philippe Pellegrini et est reproduite ici pour permettre sa diffusion auprès d’un public francophone.


Aujourd’hui, Progressive International publie les « Edi Rama Files » : un dossier explosif composé de documents judiciaires, de communications interceptées et de lois annotées qui placent le Premier ministre albanais, Edi Rama, à la tête d’un empire immobilier illicite s’étendant de la côte ionienne du pays jusqu’aux gratte-ciels de la capitale.

Ces dossiers s’articulent autour d’un document fracassant et inédit. Le 10 juin 2026, le Parquet spécialisé contre la corruption d’Albanie a émis une ordonnance judiciaire de 180 pages gelant plus de 100 millions d’euros d’actifs appartenant à un réseau d’individus accusés de trafic international de cocaïne, de crime organisé et de blanchiment d’argent.

Parmi ces actifs gelés figurent des propriétés situées au sein d’un complexe balnéaire de luxe qu’Edi Rama a personnellement autorisé en mars 2014, lorsqu’il a signé le permis de construire en tant que président du Conseil National Territorial d’Albanie — le seul organisme du pays habilité à délivrer des permis pour des projets d’envergure, et que la loi place sous sa présidence personnelle.

La « Révolution des flamants roses » qui secoue l’Albanie depuis mai 2026 a débuté lorsque des excavatrices ont pénétré dans une zone humide protégée de l’Adriatique pour lancer les travaux d’un complexe hôtelier lié à Jared Kushner. Nos dossiers révèlent que ce projet n’est que la face émergée de l’iceberg. Les mêmes documents judiciaires retracent l’existence d’un réseau criminel qui aurait acheminé les revenus de la cocaïne d’Amérique latine, via de faux titres de propriété ottomans, vers des programmes immobiliers sur la côte albanaise via des projets qui, à chaque étape, nécessitaient la signature du Premier ministre pour avancer.

Ce système repose sur trois instruments, chacun conçu par le gouvernement de Rama et adopté par sa majorité parlementaire. Un organisme de planification présidé par le Premier ministre délivre les permis. Un statut d’Investisseur stratégique, inventé par son gouvernement, prive les anciens propriétaires fonciers de leur droit de contester ces permis devant les tribunaux. Enfin, une loi de 2024, introduite sans aucune évaluation environnementale, a ouvert les zones humides protégées d’Albanie aux constructions de luxe quelques mois seulement avant que le promoteur de Kushner ne reçoive son premier permis.

Ces documents constituent une fenêtre médico-légale sur l’économie politique de la kleptocratie aux portes de l’Europe, la mécanique par laquelle une signature unique, détenue par un seul homme qui se présente au monde comme progressiste et réformateur, a transféré le territoire souverain albanais à des oligarques, des alliés politiques et, selon les procureurs, au crime organisé.

Le peuple albanais vit à l’intérieur de ce système depuis douze ans. Ils sont dans la rue chaque jour pour le dire au monde. Lisez ces dossiers. Partagez-les. Soutenez l’Albanie.

Image d’illustration : Rruga Tregtare, à Durrës, Albanie, 21 mai 2007, David Dufresne, (CC BY 2.0)

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