Chimie, acier, emploi : quand l’effet domino menace le tissu industriel


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Le 22 mai 2026, Nos révolutions réunissait différent·es militant·es d’entreprise et syndicalistes du golfe de Fos pour parler du communisme. Cet entretien est le premier des articles réalisés à cette occasion. Nous y interrogeons Éric Chopinaud, syndicaliste dans la chimie.

Nos Révolutions: Pour commencer, tu peux te présenter ?

Eric Chopinaud: Je suis syndicaliste dans la chimie et opérateur sur une chaîne de montage.

NRs: Quelles batailles vous menez dans ton secteur en ce moment ?

EC: Le premier combat, c’est de se battre contre les destructions d’emploi. Dans la chimie, on parle de 200 000 emplois en Europe, dont 20 000 en France. Des entreprises comme Exxon ou Vencorex sont directement concernées.

Pour Exxon, le groupe a annoncé le 11 avril 2024 l’arrêt de ses activités chimiques sur le site de Gravenchon, entraînant la suppression de 677 postes en 2025. Toutes les installations chimiques du site seront démantelées : vapocraqueur, unités de polyéthylène, polypropylène, adhésifs et facilités logistiques associées.

Pour Vencorex, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire le 10 septembre 2024, menaçant plus de 400 emplois directs. Après plus de deux mois de mobilisation, les salariés ont signé un protocole de fin de conflit le 24 décembre 2024, qui garantit une prime de licenciement supra-légale quel que soit l’ancienneté et une prime de mise en sécurité des installations. Par contre, la question industrielle n’est pas résolue, puisque le plan de reprise émis par le groupe chinois Wanhua prévoit la suppression de plus de 400 emplois sur les 460 que compte le site.

Au-delà des emplois et des aspects sociaux, il y a ce qu’on appelle l’effet domino : quand une entreprise licencie, ça entraîne la mise en péril d’une autre. Par exemple, si l’activité de vapocraquage de LyondellBasell disparaît, on n’a plus le sous-produit hydrogène, et toute la filière est affectée. Fermer une unité, c’est couper le tuyau. C’est pareil dans l’autre sens : si Arcelor Mittal travaille moins, ceux qui produisent de l’oxygène, comme Air Liquide, se retrouvent en difficulté. On peut aussi penser à Vencorex : si tu coupes l’éthylène, le vapocraquage côté LyondellBasell n’a plus d’intrant, donc tu mets en difficulté tout le tissu industriel.

NRs: C’est quoi l’action de la CGT dans ces batailles ?

EC: À Vencorex par exemple, on a commencé à alerter dès juillet 2024, bien avant le dépôt de bilan. On voyait venir la catastrophe : le groupe thaïlandais PTT Global Chemical étranglait la filiale, elle cumulait plus de 200 millions de dettes auprès de son propre actionnaire. C’est lui qui a précipité le redressement judiciaire, le 10 septembre. Un actionnaire qui met délibérément sa filiale en faillite pour se désengager à moindre coût, c’est ça la réalité.

La grève a commencé le 23 octobre. Elle a duré deux mois, durant lesquels on a négocié de meilleures conditions de départ, mais le rapport de force a aussi permis de monter un projet de reprise en s’appuyant sur la CIRCEI (Coopérative Industrielle de Relance Chimie Électrochimie Isocyanate), porté par les syndicalistes, des collectivités locales, des entrepreneurs du territoire et des fournisseurs/clients de Vencorex. Le tribunal de commerce de Lyon a jugé le projet « irrecevable » le 10 avril 2025, estimant que les financements n’étaient « pas réunis »… La vérité, c’est qu’ils ne voulaient pas d’un projet CGT, et qu’ils sont prêts à casser le tissu industriel pour ça.

NRs: La CGT est en congrès en ce moment. Comment ça marche ?

EC:Oui, en premier lieu on a à se positionner sur un document d’orientation. Il est lu dans les syndicats, et chaque syndicat envoie ses amendements, portés par des mandatés qui vont les porter au niveau confédéral. Moi par exemple, comme représentant de la fédération de la Chimie dans les Bouches-du-Rhône, je porte 1000 mandats, répartis dans 40 sociétés.

NRs: Nous, comme journal, on ne défend pas une “ligne” particulière dans l’organisation syndicale, mais je sais que tu portes des idées très fortes. Qu’est-ce que tu prévois de défendre lors du congrès ?

EC: Avant toute chose : revenir aux fondamentaux, au programme du CNR, à la sécu d’Ambroise Croizat. Aujourd’hui, le rapport d’orientation parle de “sécurité sociale professionnelle”. Mais quand on analyse, ça peut ramener à des assurances négociées avec le patronat, à régresser par rapport à la sécu. Il faut revendiquer le 100% sécu, en d’autres termes la sécu intégrale !

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