EN DÉBAT. Gauches irréconciliables ? Mais de quelles gauches est-il question ?


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Hugo Pompougnac signe un éditorial de Nos Révolutions ainsi titré : « Gauches irréconciliables : de quoi parle-t-on ?« . Selon lui, depuis la Révolution française, « la gauche se répartit en deux composantes, une gauche libérale et une gauche sociale ». Dans la gauche libérale, il n’y aurait que des réformistes, tandis que dans la gauche sociale, des réformistes y seraient présents aux côté des révolutionnaires.

Cette catégorisation est tout à fait contestable. Je préfère de beaucoup la distinction, couramment admise, des deux courants à gauche, celui réformiste et celui de rupture.
Dans le courant réformiste, coexistent une composante qui trouve le capitalisme à son goût, et une autre qui, faute de mieux, s’en accommode. Ce qui les rapproche, c’est qu’elles reconnaissent que le capitalisme peut avoir des effets particulièrement nocifs et qu’il faut y remédier. Le problème est que, pour l’une comme pour l’autre, la nocivité reste une notion relative. Tel effet sera jugé nocif ou sera admis, selon les circonstances.

A côté de cette gauche réformiste, il y a la gauche de rupture, celle qui veut rompre avec le système capitaliste.

Ces deux orientations, la réformiste et la révolutionnaire, existent depuis la Révolution de 1789. Elles ont investi le mouvement ouvrier naissant lorsque, à la fin du 18ème siècle, le capitalisme s’est affirmé. Lorsque le mouvement ouvrier s’est donné un parti, elles se sont structurées tout en coexistant en son sein. Lorsque les deux courants se son séparés au Congrès de Tours de 1920, le réformisme a été incarné par le Parti socialiste, et la rupture, par le Parti communiste.

Mais depuis quelques décennies tout cela a profondément changé. Aujourd’hui, la rupture est incarnée par LFI, un mouvement qui n’est pas communiste (encore que cela reste à examiner de près), mais qui est, en tout cas, anticapitaliste. Le PCF a vu son rôle décliner (c’est une question à discuter spécifiquement, d’autant qu’il tient son congrès début juillet)

Qu’en est-il du courant réformiste ? Si on suit Hugo Pompougnac, Place publique et le PS font partie de la gauche. Mais, quand bien même serait-ce la gauche libérale, n’est-ce pas contestable ? Il est plus facilement admis de ne pas classer à gauche Place Publique, mais en faire de même avec le PS ne passe pas. Pourtant, au cours de la dernière période, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale, piloté par la direction du parti, a tout accepté pour sauver le régime. On pourrait démontrer que ces décisions, soi-disant politiciennes, relèvent d’une révision assumée des fondements du réformisme historique du PS.

Je formule donc deux hypothèses :
1- le PS n’incarne plus la gauche réformiste, n’est plus social-démocrate, et n’est plus carrément de gauche ;
2- le parti des écologistes a pris le relais du PS, en tant qu’incarnation du courant réformiste.

Cela n’est en rien contradictoire avec le fait que beaucoup de Françaises et de Français, attachés aux valeurs réformistes ou social-démocrates, continuent de penser que c’est encore le PS qui les porte. On pourrait trouver maints exemples dans l’histoire pour lesquels le hiatus entre la direction d’un parti et ses adhérent.es, et surtout, le divorce entre un parti et ses électeurs ne s’est pas immédiatement révélé.

Si mes hypothèses se confirment, alors la gauche réformiste et la gauche de rupture sont effectivement conciliables, conformément à la longue histoire de la gauche française.


Image d’illustration : « Congrès de Tours – vue générale de la salle », Décembre 1920, Agence de presse Meurisse – BNF Gallica (Domaine Public)

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