Le parti-pris de Nos Révolutions, discuté le 17 janvier 2026.
Moins d’un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la politique des USA est marquée par la brutalisation, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Le pouvoir entend s’attaquer à toute potentielle remise en cause de la domination de la bourgeoisie sur le peuple américain, et de la domination de la “superpuissance” sur les autres pays.
Des campus de Harvard et Columbia réprimés au droit international piétiné, des droits des femmes bafoués à la prédation renforcée des matières premières, cet ensemble d’actions conduites dans un temps assez réduit indique un changement de la nature du régime politique de ce pays.
Du Panama au Venezuela…
Trente-six ans jours pour jour après l’enlèvement de Noriega au cours de l’invasion de Panama par les forces militaires des USA, les mêmes forces armées ont, sur ordre du Président Trump, enlevé et déporté aux USA le président du Venezuela Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores – par ailleurs ancienne présidente de l’Assemblée nationale de 2006 à 2011, sous la présidence d’Hugo Chávez.
La date et les prétextes évoqués (menace envers les USA, relations avec le narcotrafic) sont identiques mais les deux opérations sont très différentes. Quand à Panama, pays minuscule, les USA envoyaient 30 000 hommes pour une invasion, une prise en main complète du pays et de ses institutions et une occupation prolongée, nous sommes au Venezuela face à une opération commando précédée d’agressions sporadiques meurtrières depuis le mois de septembre, avec une montée en pression continue.
À Panama, Washington se débarrassait d’un de ses hommes de main devenu gênant. A Caracas, il s’agit d’agir contre un pays que toutes les administrations américaines considèrent comme une menace depuis 1999. Et pourtant, l’ensemble du dispositif politique avant l’enlèvement de Maduro reste en place à l’image de Delcy Rodríguez, vice-présidente devenue présidente intérimaire, mais aussi notamment de Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur, secrétaire général du parti chaviste (PSUV) et visé par les mêmes accusations que Nicolás Maduro. Trump a également indiqué que la médiatique opposante María Corina Machado n’avait aucune base partisane au Venezuela. Il sait aussi que, même s’il a pu s’éroder, le soutien populaire au PSUV reste présent dans la population, comme le montrent les manifestations quotidiennes dans le pays.
Personne n’est dupe des prétextes invoqués. Même le ministère de la Justice des USA a dit que le « Cartel de Los Soles », que Maduro était censé diriger, n’avait aucune existence réelle. La DEA elle-même estime à seulement 4% la quantité de cocaïne arrivant aux États-Unis après passage par le Venezuela. De l’autre côté, Donald Trump vient de gracier Juan Orlando Hernández, ancien président du Honduras, pourtant condamné en 2024 à 45 ans de prison. Les relations des USA sont également excellentes avec l’Équateur, qui sert de port pour la cocaïne produite dans l’ensemble de l’Amérique du Sud. Nous réclamons avec la grande majorité du peuple du Venezuela et les autorités de ce pays, la libération immédiate de Nicolás Maduro et Cilia Flores !
Par-dessus tout, notre solidarité va au peuple vénézuélien, à ses luttes et à ses exigences de transformation sociale, y compris quand elles ne sont pas alignées avec la politique du gouvernement.
Le masque tombe pour l’impérialisme US
Depuis la guerre contre l’Espagne en 1898, le point commun de toutes les interventions étrangères armées des USA, comme de celles qui menacent désormais Cuba, la Colombie ou le Groenland, est la défense des intérêts impériaux. Les habillages ont changé, les « doctrines » ont varié mais les buts restent les mêmes : assurer la suprématie US sur les matières premières stratégiques, contrecarrer l’émergence d’une éventuelle puissance concurrente (l’URSS hier, la Chine aujourd’hui) et faire régner la pax americana.
Pourtant, particulièrement depuis les interventions en Afghanistan (2001) et en Irak (2003), on voit bien que la puissance militaire, si elle permet des victoires rapides dans un premier temps, n’empêche pas les défaites stratégiques sur la durée et des coûts humains et financiers colossaux au vu des gains finaux. Ainsi, les talibans sont de retour au pouvoir en Afghanistan, vingt ans après en avoir été chassés. Les autorités irakiennes à qui les USA ont permis d’accéder au pouvoir sont les meilleurs soutiens à la République Islamique d’Iran, hostile aux USA comme à Israël pour la sécurité duquel les États-Unis paient par milliards de dollars.
Sous Trump, fini le messianisme des Bush père et fils, la lutte du monde libre et autres fadaises qui ont servi d’emballage aux interventions des USA par le passé. On prend ce dont on estime avoir besoin, et on impose ses règles. Il faut d’ailleurs noter que Donald Trump, en commentant ses actions au Venezuela a beaucoup parlé de pétrole mais pas une seule fois de démocratie. Rappelons que le Venezuela est membre fondateur de l’OPEP et détient les plus grosses réserves mondiales de pétrole sur son territoire, que Chavez avait pour partie nationalisées.
En cela, Trump traite le monde comme les puissances coloniales ont traité la Chine de la dynastie Quing au XIXe et au début du XXe siècle. La politique des « traités inégaux », signés sous la contrainte militaire ou la menace de la « diplomatie de la canonnière » ont profondément humilié la Chine, sapé sa souveraineté et marqué le début du « siècle d’humiliation » dans la mémoire collective chinoise.
Les pays occidentaux muets dans leur très grande majorité, voire soutiens enthousiastes quand l’extrême droite domine, montrent plusieurs choses. L’Occident se retrouve ainsi pris au piège de son soutien aux USA notamment dans le dossier du Groenland et, pour beaucoup de ces pays, de lui-avoir sous-traité leur sécurité en achetant par milliards de dollars des armes US et permettant l’installation de bases US sur leurs territoires.
L’extrême-droite européenne démontre que son projet comprend bien la lutte contre la recherche universitaire, la répression brutale des mouvements sociaux et des différentes minorités et une soumission plus forte encore de leur pays aux USA illustrée par l’attitude de Meloni et Orbán. Les forces de gauche atlantistes bégaient et mettent en évidence, une fois de plus, l’abandon de leurs valeurs progressistes au profit d’une soumission au marché et à la classe dominante. Dans ce contexte, seule la gauche fidèle aux engagements internationalistes et anticoloniaux apparaît en capacité de défendre la paix, la diplomatie, les intérêts des populations et la souveraineté populaire.
Expansionnisme extérieur, autoritarisme intérieur
Aujourd’hui, la Chine est le seul réel concurrent international des USA dans bien des domaines. L’attitude de Trump marque certainement les preuves d’une domination en perte de vitesse. Mais elle est capable, pour la maintenir, d’utiliser tous les moyens y compris contre sa propre population. Habiter aux USA aujourd’hui signifie aussi être en proie à l’arbitraire, à la violence policière et institutionnelle, aux reculs de l’ensemble des droits. C’est aussi voir un système universitaire mis au pas, une recherche attaquée, des indicateurs sanitaires et environnementaux toujours plus bas. Les crimes de l’ICE ces derniers mois sont les illustrations tragiques de ce qui se passe aux USA.
La population des USA se mobilise d’ailleurs fortement contre cette fascisation, particulièrement après l’assassinat de Renee Good à Minneapolis. L’appui à ces luttes, et la lutte contre tous les dirigeants qui se mettent à genoux devant l’empire à l’image d’Emmanuel Macron, est le seul chemin pour que souveraineté, liberté et pouvoir populaire retrouvent leur sens. Cela suppose la construction d’une alternative crédible qui n’en rabaisse pas sur ses ambitions révolutionnaires. Plus que jamais, besoin de communisme partout !
Signatories
François Auguste
Hadrien Bortot
Antoni Bourdel
Mathis Brière
Jean-Bernard Buy
Arnauld Carpier
Maxime Chazot
Manel Djadoun
Anaïs Fley
Juan Francisco Cohu
Nadine Garcia
Laureen Genthon
Antoine Guerreiro
Marie Jay
Alain Job
Alexis Ka
Ilhame Kharbach
Yann Henzel
Jean-PierreLandais
Colette Mô
Nuria Moraga
Hervé Nédélec
Philippe Pellegrini
Hugo Pompougnac
Mathilde Rata
Lola Sudreau
Jean-Claude Taillandier
Image d’illustration : « Maduro captured », photographie du 6 janvier 2026 par Trong Khiem Nguyen (PDM 1.0). Image recadrée.
