Depuis le 28 décembre 2025, le peuple iranien se soulève contre la misère et la dictature. En France comme ailleurs en Occident une part de l’attention médiatique s’est centrée sur le récit de manifestants appelant au retour de la monarchie au pouvoir, à travers le descendant du dernier shah d’Iran, Reza Pahlavi.
Aux États-Unis le gouvernement Trump menace d’intervenir une nouvelle fois en Iran, en motivant cette possible action par la cruauté de la répression du gouvernement iranien et ses conséquences en morts et blessés parmi les civils. Les frappes américaines et israéliennes en 2025 en Iran auraient fait 657 morts et 2037 blessés, d’après l’ONG Human Rights Activists in Iran.
Dans ce contexte, Nos Révolutions propose une traduction en français du point de vue des communistes iraniens du parti Tudeh, sur le mouvement en Iran, ses causes, ses défis et la désinformation en cours.
« Vive le soulèvement énergique, global et héroïque du peuple iranien contre la dictature d’Ali Khamenei ! »
« Aux militants et au peuple engagé, à tous les travailleurs, aux femmes héroïques, aux courageux jeunes et étudiants d’Iran !
Le soulèvement populaire, qui a débuté par des manifestations et des grèves dans le bazar de Téhéran, s’est rapidement étendu au cours des 13 derniers jours à des dizaines de villes et villages à travers le pays et représente désormais un défi majeur pour la dictature.
Contrairement à ce qu’affirme le dictateur au pouvoir, ce mouvement de protestation populaire n’est pas le fruit de l’impérialisme américain ou du régime génocidaire israélien, mais plutôt le résultat direct des politiques économiques désastreuses du système capitaliste dominant, ainsi que de la corruption généralisée, de l’insécurité et de l’oppression écrasante imposées à la nation par les dirigeants du régime et leurs collaborateurs.
Tout au long de l’histoire contemporaine de l’Iran – y compris pendant plus d’un demi-siècle de règne de la monarchie Pahlavi (1925-1979) – nous avons été témoins d’innombrables autres exemples d’une telle oppression, de la corruption, de pillage, mais aussi du destin des régimes responsables.
La lutte héroïque menée par des centaines de milliers de personnes dans des dizaines de villes à travers le pays, malgré les efforts du régime pour la réprimer violemment, est la preuve évidente que l’écrasante majorité du peuple iranien ne souhaite pas le maintien au pouvoir du gouvernement actuel, corrompu et hostile au peuple.
En mettant en œuvre des politiques néolibérales et une soi-disant « chirurgie économique » (thérapie de choc néolibérale), ce régime a poussé des dizaines de millions d’Iraniens sous le seuil de pauvreté et a réduit les revenus des travailleurs à un niveau si bas qu’ils ne couvrent même plus les besoins essentiels. Ce gouvernement a détruit l’économie productive du pays et, par sa politique étrangère aventureuse visant à « exporter la révolution islamique », a exposé l’Iran à un risque croissant d’intervention étrangère et à ses conséquences catastrophiques.
Tout comme les auteurs de la récente déclaration des « 17 militants politiques et civiques », nous pensons que « la seule issue viable [à cette situation difficile, T.N.] passe par l’affirmation de l’action du peuple et de son droit à déterminer son propre avenir… Cette voie ne s’aligne pas sur les despotes internes et ne passe pas par la guerre et la dépendance vis-à-vis des puissances étrangères ». Ce n’est que grâce à une coopération et une solidarité active et efficace entre toutes les forces sociales patriotiques, éprises de liberté et progressistes que cet avenir pourra être atteint et que cette aspiration, souhaitée par la grande majorité du peuple iranien, pourra se réaliser.
Le grave défi auquel est confronté le soulèvement populaire actuel est, d’une part, l’absence d’une direction nationale cohérente et progressiste et, d’autre part, les efforts considérables déployés par les médias impérialistes, tels que la BBC, et les agents réactionnaires de l’impérialisme sur des plateformes médiatiques comme Iran International, Manoto et d’autres, pour fabriquer artificiellement une direction et un faux récit concernant ces développements.
Ces derniers jours, nous avons été témoins des efforts déployés par certains de ces médias pour conférer une légitimité creuse aux monarchistes en manipulant des vidéos de manifestations, notamment en ajoutant des superpositions audio et en assemblant des séquences vidéo afin de présenter de manière trompeuse le rétablissement de la monarchie comme la revendication principale de ce soulèvement populaire, puis de promouvoir et d’amplifier ce récit.
Le Parti Tudeh d’Iran estime que le remplacement du système politique actuel, c’est-à-dire la dictature théocratique-capitaliste, par un système monarchique-capitaliste – qui impliquerait le rétablissement de l’ancien régime répressif (d’avant 1979), transformant ainsi une fois de plus l’Iran en une base militaire pour l’impérialisme dans la région, ainsi que le pillage du pétrole et des autres ressources naturelles de l’Iran – ne peut être considéré comme l’obtention d’un avenir libre, libéré du despotisme, ou comme un pas vers une véritable justice sociale.
Les courants et les forces qui placent leurs espoirs dans l’administration quasi-fasciste de Trump et le gouvernement génocidaire israélien pour « libérer l’Iran » ne peuvent être considérés de manière réaliste comme les précurseurs d’un Iran libre, indépendant et prospère. Les expériences douloureuses de l’Irak et de la Libye à la suite d’interventions impérialistes directes dans leurs affaires intérieures doivent servir d’avertissement sérieux et de sonnette d’alarme pour toutes les forces progressistes et éprises de liberté dans le pays.
Aujourd’hui, nous devons tous concentrer tous nos efforts et toutes nos capacités sur la poursuite et l’expansion de ce soulèvement populaire jusqu’à la victoire. La présence directe et la large participation des travailleurs, des retraités, des fonctionnaires, des intellectuels et des segments patriotiques des couches moyennes de la société au mouvement populaire en cours sont essentielles pour renforcer ses capacités. En construisant la solidarité et l’unité dans l’action entre toutes les forces sociales progressistes engagées dans cette lutte, nous devons nous efforcer de faire face simultanément à la dictature au pouvoir et aux menaces de l’impérialisme américain.
Parmi les stratégies clés à mettre en œuvre figurent l’organisation d’une grève générale nationale visant à restreindre et, à terme, à démanteler complètement la capacité de la République islamique à continuer de gouverner, ainsi que la mise en place d’un gouvernement national populaire de transition, avec la tenue d’un référendum libre et démocratique pour déterminer l’avenir du pays.
Pouvoir au peuple en lutte contre le régime de la République islamique, contre la pauvreté, le chômage, la discrimination et la répression !
Membres des forces armées et de sécurité, vous faites partie de cette nation ; rejoignez la lutte du peuple contre le régime autoritaire ! Mettez fin à la répression sanglante et violente des manifestants ! Les attaques contre les centres médicaux et les hôpitaux sont des crimes contre l’humanité – mettez fin à ces attaques !
Tous les détenus du mouvement actuel, tous les prisonniers politiques et tous les prisonniers d’opinion doivent être libérés immédiatement et sans condition !
Avançons vers les bases d’une grève générale nationale !
Parti Tudeh d’Iran, 9 janvier 2026. »
Image d’illustration : Montage réalisé à partir du logo du parti Tudeh d’Iran (Wikipedia) et de la photographie « Khorramabad, Lorestan Province, Iran, in early January 2026, showing wall graffiti reading « فقر و فساد گرونی میریم تا سرنگونی » (Poverty, corruption, high prices – we march until overthrow) during the 2025–2026 Iranian protests. » par Bruisefarshid (CC0 1.0)
