L’urgence écologique est devenue, pour les responsables politiques, qu’ils le veuillent ou non, un sujet majeur avec les deux canicules très précoces qui ont frappé et frappent encore la France, après des inondations et des incendies de forêt de grande ampleur ces dernières années. Elles malmènent les écosystèmes quand les déficits hydriques se combinent avec des rayons du soleil qui brûlent tout et font mourir la végétation.
Les humains sont soumis à des conditions qui ne permettent plus une vie normale et mettent de nombreuses vies en danger immédiat. Les couloirs des hôpitaux sont remplis de brancards sur lesquels des victimes de la chaleur attendent des soins urgents. La mortalité a commencé à augmenter et l’on s’attend à trouver des personnes âgées décédées seules chez elles. Ne pas protéger de la chaleur les établissements d’enseignement et ne pas végétaliser les cours de récréation relève désormais de la mise en danger de la vie d’autrui, en l’occurrence de nos enfants.
Traiter l’urgence climatique est donc devenu clairement une priorité politique absolue pour de nombreuses années. Il faut décider et financer des mesures immédiates d’adaptation ainsi qu’un plan à moyen et long termes pour agir sur les causes structurelles du phénomène. En Espagne, le Premier ministre a annoncé lundi 25 mai un vaste plan en faveur de la transition écologique, à hauteur de 9 milliards d’euros. C’est un bon début dont la France doit s’inspirer.
L’ampleur du désastre est maintenant largement constatée et subie par nos concitoyens. Comme le PCF l’a souligné, la canicule est une violence de classe qui frappe particulièrement les plus modestes, les plus faibles et les travailleurs, notamment ceux qui exercent en extérieur. Il faut prendre tout de suite des mesures dans le cadre d’un plan canicule d’adaptation, débattu et adopté par le Parlement réuni dès cet été en session extraordinaire, et qui pourrait comporter notamment les mesures suivantes :
- Programme d’installation de climatiseurs dans les structures recevant des publics fragiles (hôpitaux, crèches, EHPAD, écoles, centres de santé, etc.), mais sans généralisation de cette technologie ;
- Allocation aux collectivités territoriales d’une « dotation d’État climat » pour contribuer au financement des actions qui leur incombent ;
- Soutien financier aux petits agriculteurs subissant des pertes de récolte ou de cheptel du fait de la canicule ;
- Horaires aménagés et réduits pour les travailleurs en extérieur ou dans des locaux surchauffés, sans perte de salaire ;
- Fermetures de certains établissements suivant la température intérieure ;
- Ouverture non-stop des parcs publics et des parcs privés ;
- Recensement, aménagement et signalisation des locaux climatisés publics et privés permettant d’accueillir temporairement du public ;
- Mise à l’abri des personnes sans domicile fixe ou en habitat précaire.
Un projet de loi de finances rectificative et un projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale doivent être présentés dans les mêmes délais par le gouvernement pour le financement de ces mesures.
À moyen et long termes, des efforts massifs doivent être déployés pour intervenir dans les secteurs produisant des gaz à effet de serre ou particulièrement énergivores. L’électrification des usages sera intensifiée grâce à un mix nucléaire-renouvelables, dans l’esprit du plan neutralité carbone, Climat 2050 du PCF. Il faut cesser au plus vite les subventions, aides publiques et avantages fiscaux pour les énergies fossiles.
À cet égard, une loi de programmation climatique devra être présentée au Parlement avant la fin de l’année 2026.
Afin de sécuriser juridiquement la priorité climatique dans les politiques publiques, le principe constitutionnel du « droit à la fraîcheur pour l’ensemble du vivant » (humains, animaux et végétaux) sera ajouté à la Charte de l’environnement.
Chacun comprendra que le temps nous est sérieusement compté et que l’era des discours creux et des mesurettes cosmétiques doit être bel et bien terminée.
Image d’illustration : Etat d’urgence climatique, Jeanne Menjoulet, 29 novembre 2015, France CC BY 2.0
