L’humanité l’exige : détruire les armes nucléaires


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Cet article du 13 avril 2026 est tiré du compte facebook de Patrick le Hyaric. Cliquez here pour y accéder.

C’est dans le grand fracas d’un monde où pleuvent des bombes sur des populations innocentes, où la mitraille tue sans sommation, où menacent de nouvelles famines, que va s’ouvrir dans quelques jours la conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP).

Cette conférence s’ouvrira le 27 avril, jusqu’au 22 mai. Elle précédera la conférence d’examen du traité d’interdiction des armes nucléaires qui se tiendra à l’automne prochain (TIAN).

C’est l’occasion pour les citoyens du monde de faire entendre leur refus du suicide collectif que promet la combinaison des modifications climatiques et des mortels périls que porte l’accumulation des bombes atomiques.

La réussite de ces conférences est conditionnée à une prise de conscience populaire poussant un mouvement citoyen large dans le but d’obtenir de substantiels pas vers le désarmement, au moment où l’on ne peut que frémir à l’écoute de militaires de haut rang ou de chefs d’État évoquer « un troisième âge du nucléaire » ou des guerres en « ambiance nucléaire ».

Au moment où la militarisation et les guerres servent de bouffée d’air aux impérialismes et aux capitalismes, avec, notamment, la relance d’un complexe militaro-numérique-industriel qui, selon le journal britannique The Morning Star, « surperforment en bourse » ces dernières semaines, un puissant mouvement unitaire des peuples pour la paix est indispensable pour obtenir que ces conférences d’examen soient utiles et positives. Les enjeux sont de considérables porté : la fin du risque d’apocalypse nucléaire et le transfert durable vers des œuvres de vie des immenses sommes d’argent consacrées aujourd’hui aux œuvres de destruction et de mort, le respect du droit international humanitaire, de conséquents pas vers la paix universelle.

Ce mouvement doit d’autant plus s’organiser, que le Parlement est convoqué dans les jours à venir pour actualiser la loi de programmation militaire qui prévoit déjà d’y consacrer chaque année d’ici 2030, 76,3 milliards d’euros contre 57,1 milliards d’euros cette année. La France aura consacré au moins 413 milliards d’euros entre les années 2024 et 2030 à l’armée et aux armements, soit bien plus que le budget de l’Éducation nationale, dont le ministre annonce des tombereaux de réductions de classes et de postes d’enseignants.

Cette mobilisation doit comprendre des campagnes d’informations, d’actions, d’interpellations des parlementaires comme le fait le Mouvement de la paix, l’Initiative pour le désarmement nucléaire (IDN) ou la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN) et d’autres. Elle est plus indispensable que jamais tant les dirigeants des grandes puissances et les industries d’armement veulent légitimer la guerre et l’existence des armes nucléaires au nom d’une prétendue sécurité.

Cette banalisation est un danger mortel. Aucune initiative institutionnelle n’a été prise pour obtenir le renouvellement du traité New-Start entre la Russie et les États-Unis. Trump a annoncé sa volonté de reprendre les essais nucléaires, interrompus pourtant depuis une trentaine d’années. Poutine, avec quelques faucons du Kremlin a, régulièrement évoqué la possibilité d’utiliser des armes nucléaires tactiques en Ukraine. La Chine double le nombre de ses têtes nucléaires. On fait grand bruit de l’enrichissement de l’uranium en Iran sans jamais rien dire de la détention de l’arme nucléaire à la main du pouvoir d’extrême droite Israélien dont on se demande ou va s’arrêter sa frénésie guerrière.

Ici, dans un étrange silence médiatique et politique, le président de la République a prononcé, le 2 mars dernier à l’Île Longue, au large de Brest, un discours aussi important qu’inquiétant, dans lequel il a déroulé une doctrine nucléaire française modifiée, bafouant la signature par la France du TNP.

Alors que ce traité affirme que « Chacune des parties au traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée », le président Macron annonce « un concept de rehaussement de notre arsenal ». Alors que lors de la 8e conférence de révision du traité, les cinq puissances nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité avaient adopté un texte dans lequel ils « s’engagent à appliquer les principes d’irréversibilité, de vérifiabilité et de transparence », M. Macron a annoncé sans frémir : « pour couper court à toute spéculation, nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire ». À cette occasion, il a confirmé le concept de « dissuasion nucléaire avancée ». Il s’agit ici d’un élargissement du cercle des États qui seront impliqués dans la stratégie de « dissuasion » française. Ceci revient à intégrer les armes nucléaires françaises dans la stratégie de sécurité européenne dans le cadre de la fameuse « défense européenne » qui, rappelons-le, n’est qu’un pilier de l’OTAN.

Notre pays ne pourra convaincre personne de sa volonté de respecter le traité de non-prolifération visant à réduire le rôle des armes atomiques dans les doctrines militaires en étendant la notion de « dissuasion » à de nouveaux pays « hôtes ». C’est la porte ouverte à toutes les escalades avec des puissances dotées de la bombe atomique ainsi autorisées à la partager avec d’autres pays. Il s’agit bien d’une prolifération nucléaire. D’ailleurs lorsqu’elle a été interrogé à ce sujet lors des réunions préparatoires à la conférence, l’ambassadrice française1, représentante de la France au TNP, a dû avouer publiquement que « la dimension européenne de la dissuasion française vient s’ajouter à la dissuasion nucléaire de l’OTAN, y compris, la dissuasion élargie américaine ». Comment avec une telle stratégie prétendre respecter le droit international et continuer à discourir sur « l’autonomie stratégique de l’Union européenne » ?

L’argument de la sécurité est souvent invoqué pour justifier le surarmement. En vérité, les bombes atomiques ne construisent aucune sécurité et n’empêchent aucun conflit. Au contraire, elles créent un prétendu « équilibre de la terreur », doublée des restrictions imposées aux populations qui sauraient utiliser bien plus efficacement pour la vie et les biens commun, les énormes sommes aujourd’hui englouties dans le surarmement, si enfin leurs avis étaient pris en compte.

Progresser vers plus de sécurité, pour chacune et chacun des habitants de notre terre, appelle l’application et l’élargissement des traités de désarmement existants, la préparation active de nouveaux accords de désarmement sur les armes létales autonomes, l’intelligence artificielle militaire, le désarmement de l’espace, l’impulsion d’accords de sécurité par continents, notamment en Europe et au Moyen-Orient, en visant la dénucléarisation rapide de cet ensemble.

Il n’y a pas de respect du droit international humanitaire sans respect de l’article 6 du TNP signé par les cinq grandes puissances nucléaires qui a inscrit dans le droit du désarmement l’élimination des armes nucléaires. Le traité TIAN est encore plus explicite puisqu’il interdit aussi la menace de l’emploi de l’arme nucléaire, donc la théorie de la dissuasion.

On ne peut accepter un monde vivant sur une poudrière, un système dilapidant annuellement 2700 milliards de dollars alors qu’il réduit les moyens destinés à la mise en œuvre des projets de développement durable décidés à l’Organisation des Nations Unies.

Ville par ville, école par école, université par université, centre de recherche par centre de recherche, hôpital par hôpital, un immense travail d’explication doit être développé pour montrer ce qui serait possible pour l’éducation, la formation, la recherche et la santé en transférant, vers ces œuvres de vie, les sommes dépensées dans les engins de destruction massive. Songeons qu’un avion Rafale porte 24 missiles bourrés d’ogives nucléaires dont chacune a une puissance dix fois supérieures à celle qui a détruit Hiroshima. Chacun de ces missiles permettrait d’embaucher 7 500 infirmières ou d’acheter 150 scanners ou encore de construire des milliers de lycées.

Tel est le niveau du danger et celui du gâchis.

Le surarmement est opposé à la possibilité de la sécurité humaine. Les risques pour la paix, la sécurité, le développement humain sont d’abord à rechercher dans le mépris des peuples, dans l’aggravation de la pauvreté, de la misère et de la mal vie, dans les risques liés aux modifications climatiques, dans l’asséchement de la biodiversité et de l’eau potable qui poussent à des exodes et des migrations, notamment en Afrique et en Asie du Sud-est.

Respecter le droit international humanitaire, gagner la sécurité humaine, se donner des moyens pour la vie et le développement humain appellent à supprimer la lourde et terrifiante épée de Damoclès qui malignement trône au-dessus de nos têtes avec le perfectionnement et l’augmentation des armes nucléaires.

Personne, aucun pays, aucun groupe ne peuvent gagner une guerre nucléaire, tout simplement parce que s’y engager revient à déclencher l’apocalypse. Il faut donc que les puissances nucléaires, à commencer par les dirigeants français, cessent de la penser et de la concevoir et tournent leurs efforts, dépensent leurs énergies à l’amélioration du traité de non-prolifération et devenir, au minimum, observateurs du traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

Que l’on entende l’appel solennel de Pâques du pape Léon XIV pour la paix « que ceux qui ont des armes en main les déposent ! »

L’action unitaire et multiforme des peuples doit stopper ces folies devant les exigences de notre humanité commune.

  1. déclaration datant du 10 mars à Genève de Madame Anne Lazar-Sury ambassadrice qui conduit la délégation française à la conférence d’actualisation du traité de non-prolifération nucléaire qui se tiendra à New-York à partir du 27 avril. New-York. ↩︎

Image d’illustration : « NO NUKES », manifestation londonienne, 6 mars 2022, par Alisdare Hickson.
Licence CC BY-SA 2.0.

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