ÉDITO. L’extrême droite, la gauche et les municipales


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En France l’extrême droite n’est plus “aux portes du pouvoir”, selon l’expression consacrée : elle s’y installe et prend ses aises. Avec 136 député·es RN et UDR, une omniprésence de ses thèmes dans le débat public et un parti présidentiel qui reprend ses obsessions sécuritaires et racistes, le fascisme n’est plus une menace lointaine, mais une réalité politique.

Alors que l’urgence aurait dû souder les forces de gauche, le Nouveau Front Populaire (NFP) s’est depuis longtemps effrité, sacrifié sur l’autel d’accords budgétaires avec le gouvernement. À quelques semaines des municipales, le constat est d’autant plus amer que ces élections pourraient bien marquer un point de bascule. Celui d’un ancrage durable du RN dans les territoires, avec des politiques qui impacteront la vie de millions de personnes.

Dans les villes qu’il dirige déjà – Perpignan, Fréjus, Beaucaire, Hénin-Beaumont –, le RN a transformé son programme en politiques concrètes : suppression des tarifs sociaux, fermeture des centres d’accueil, suppression du soutien aux associations… Ces politiques dessinent un projet de société nauséabond, où les services publics sont démantelés au profit d’une gestion autoritaire et sécuritaire. Chaque mairie gagnée serait un nouveau bastion pour son projet de société.

La situation nationale n’a pas permis aux forces de gauche de s’unir partout dès le premier tour, et nous ne pouvons que le regretter. Des exemples d’unité dès le premier tour existent cependant, et ne sont pas des cas isolés. Nous en faisions la démonstration il y a quelques jours, dans la cartographie nationale publiée par Nos Révolutions. Les communistes ne sont pas en reste dans les dynamiques de rassemblement, et pourraient offrir à la gauche des victoires stratégiques à Nîmes ou au Havre.

Dans ce contexte en demi-teinte, la France Insoumise et les militants antifascistes sont violemment pris pour cibles par la droite et l’extrême droite. L’unité et la solidarité à gauche sont d’autant plus nécessaires.

Là où la gauche est partie divisée, tout n’est pas encore perdu. Les fusions au second tour des municipales sont souhaitables partout où elles sont possibles, pour faire passer les listes progressistes devant les forces libérales et fascistes.

Toutes les forces de gauche ont un rôle clé à jouer dès à présent, dans la façon dont elles font campagne et se positionnent. À ce titre, les déclarations visant à promettre “jamais de fusion avec la FI” sont irresponsables. Les électrices et électeurs, elles et eux aussi, peuvent intervenir pour pousser à ce rassemblement. Il ne s’agit pour aucune des forces en présence de renoncer à ses idées, mais de les mettre au service d’un projet commun, pour la justice sociale, la planification écologique, et la défense des services publics.

L’extrême droite ne recule jamais d’elle-même : elle est stoppée par la mobilisation et l’unité de celles et ceux qui refusent son projet. Les municipales seront une étape décisive. Soit nous choisissons de nous rassembler pour défendre une alternative crédible. Soit nous laissons le RN et ses affidés s’installer durablement, avec tout ce que cela implique pour les droits sociaux, les libertés, et la démocratie.

Le choix est clair. L’urgence, aussi.


Image d’illustration : « Carte électorale », photographie du 2 mars 2015 par Ksiamon (CC BY-SA 4.0)

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