ÉDITO. Pour vaincre l’extrême droite, que chacun joue sa partition : l’exemple du golfe de Fos


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Pour réussir la reconquête face à l’extrême droite, c’est bien à une quadruple besogne qu’il faut s’employer : la lutte de classe poussée à son paroxysme, le renforcement idéologique, la lutte humaniste et morale, et la lutte politique. Concrètement, comment faire ? Nous présenterons ici quelques pistes de réflexion, tirées des expériences militantes en cours dans le golfe de Fos, dans les Bouches-du-Rhône.

Des défaites électorales, mais des forces sociales disponibles pour gagner

La 13ème circonscription des Bouches-du-Rhône, qui regroupe Martigues et le golfe de Fos, est une terre de contraste. Ancien bastion de gauche, communiste et socialiste, ce territoire très industrialisé a basculé aux dernières législatives et municipales vers la droite et l’extrême droite. Le RN a récupéré le poste de député, historiquement communiste, et la mairie de Fos, historiquement socialiste. Dans le même temps, le candidat LR bat les socialistes à Istres, et Port-Saint-Louis-du-Rhône et Saint-Mitre-les-Remparts sont à droite. Seul Port-de-Bouc et Martigues restent avec des maires communistes.

Face à cette situation électorale contrastée, les syndicats restent très combatifs, face à un patronat qui a choisi l’extrême droite. En effet les syndicats, force majeure du combat de classe, seraient les premières cibles d’un RN au pouvoir. Les UL (unions locales) CGT mènent la lutte des classes pour dénoncer l’intérêt du patronat à mettre en place un régime autoritaire. La FSU et SUD affichent aussi une volonté de combattre la fascisation de la société. Celle-ci, rappelons-le, est le résultat d’une société capitaliste en crise où les conditions de l’accumulation financière se tendent, ou l’accroissement du taux de profit est en difficulté.

Certaines forces financières et industrielles ont d’ores et déjà choisi ce chemin pour accentuer l’exploitation capitaliste et garantir leurs profits. Mais le golfe de Fos, avec le port et les industries lourdes (chimie et sidérurgie), concentre un nombre important d’ouvrier·es et d’ingénieur·es. Les syndiqué·es à la CGT y sont nombreux et les cadres syndicaux sont sur des bases anticapitalistes, de lutte de classe active et d’antifascisme viscéral. Ce sont des atouts sérieux pour battre l’extrême droite et ses idées en 2027.

Des fragilités idéologiques à corriger par l’éducation populaire

Malheureusement dans ce territoire, les errements idéologiques du PCF et de Fabien Roussel ont pu favoriser un affaiblissement de la conscience de classe des militant·es, des électrices et électeurs. C’est certainement la cause principale de l’échec aux législatives de 2024 sur la circonscription. En effet le député communiste Pierre Dharréville, extrêmement actif sur le terrain, est toujours resté sur des positions réellement communistes : par exemple sur la Palestine, sur le vote des crédits de la guerre d’Ukraine, ou sur la solidarité non négociable aux exilés sans-papiers. Mais ses bonnes prises de positions ont été parasitées par les « petites phrases » de Fabien Roussel et son échec dans sa circonscription dès le premier tour en juin 2024.

Localement, les dégâts sont énormes : il nous faut reconstruire un discours communiste sur la mondialisation, l’OTAN, le racisme et le néocolonialisme, un discours positif. Mais bonne nouvelle, le collectif antifasciste du pays de Martigues se donne comme objectif d’organiser des actions d’éducation populaire, et il n’est pas le seul à afficher cette volonté. Si les journées d’études de l’Union Locale CGT, les rencontres avec des auteurs organisées par la librairie progressiste L’Alinea, les initiatives de la MJC ou encore le festival « POP’HISTOIRE » contribuent chacune à leur manière à la lutte antifasciste, elles ne peuvent suffire à regagner le terrain idéologique perdu.

Toutes les organisations antifascistes doivent se mettre au travail et proposer des événements. Car l’extrême droite, qui n’est pas égale au fascisme, y conduit inexorablement. Le processus est bien connu. Les programmes électoraux de Mussolini et Hitler hier, ressemblent aux programmes des extrêmes droites européennes d’aujourd’hui. Ils mélangent des mesures pseudo-sociales, une critique des « élites » avec un racisme décomplexé et de l’autoritarisme. Ces programmes enclenchent une dérive autoritaire, qui conduit au fascisme, à la guerre et à la colonisation.

Les libéraux d’aujourd’hui, eux aussi, tiennent le même comportement que leurs aînés d’hier. Quand Macron décide par la dissolution de 2024 de mettre Bardella à Matignon, c’est bien le même processus que ceux ayant permis l’accession d’Hitler ou Mussolini au pouvoir. Nous devons tous le dénoncer : c’est ce à quoi s’emploie le collectif antifasciste du pays de Martigues, avec une campagne pour démasquer le député RN Fouquart et son idéologie fascisante.

Un tissu associatif et des municipalités mobilisées pour le « vivre ensemble »

La lutte contre le fascisme et l’extrême-droite est aussi morale. La lutte contre les fascistes est anti-capitaliste, mais elle contient aussi la lutte contre toutes les aliénations, toutes les dominations et toutes les souffrances. L’humanisation de nos sociétés a été construite par des décisions politiques pour l’égalité, la démocratie et la justice. À ce titre, il s’agit toujours d’un combat inachevé et c’est cette marche en avant que le RN voudrait stopper.

Au contraire, l’humanisation c’est renvoyer chaque individu à son humanité propre, en tant que mère ou père devant un enfant palestinien, en tant que citoyen·ne face aux conditions de vie difficiles d’un voisin chômeur. C’est le rôle du tissu associatif solidaire, culturel et sportif et des centres sociaux que de se mobiliser pour faire vivre de tels principes, conditions du « vivre ensemble ». Par leur activité, ces acteurs peuvent valoriser les relations personnelles empathiques basées sur le respect, ainsi que l’efficacité des solidarités concrètes et immédiates.

Une dynamique unitaire plombée par l’absence de comité local du Nouveau Front Populaire et par des rivalités LFI/PCF

La bataille électorale et la présence sur les réseaux sociaux, dans les quartiers et devant les entreprises doit être unitaire, puisque nous serons ensemble obligatoirement dans les deuxièmes tours. Pour démonter les faux arguments, démasquer les mensonges et clarifier les votes du RN dans les institutions, il nous faut travailler unis et ne rien lâcher. Il nous faut créer des lieux d’échange et de partage, comme les collectifs antifascistes qui se généralisent dans le pays.

Pour empêcher la prise de pouvoir immédiate du RN et permettre l’élection de Jean-Luc Mélenchon, il nous faut traiter concrètement et précisément les manipulations conduisant au racisme, au sexisme et à toutes les démarches suprémacistes. Contrer le processus de fascisation encouragé par Macron, c’est aller vers l’émancipation de tous car dans ce domaine la société ne peut pas être immobile. Empêcher l’extrême droite de prendre des postes pour développer son projet, c’est convaincre les militants de gauche de reprendre l’offensive pour défendre notre commune humanité.

Les organisations politiques doivent s’unir et converger avec Pierre Dharréville, candidat rassembleur et crédible sur Martigues et le golfe de Fos. L’affaiblissement du PCF et le développement de la FI donne une gauche de rupture sur des positions parfois différentes et en rivalité. Elle peut néanmoins être combative et cohérente sur l’antifascisme. Cependant, il manque l’unité et le respect entre LFI et PCF, il manque la force de frappe d’une organisation structurée et apte à mener un combat politique sur le fond. LFI qui représente aujourd’hui une force électorale en mesure de contrer le RN, doit tendre la main et comme le PCF, abandonner son sectarisme. Dans ces conditions, nous pouvons sur notre territoire battre le RN aux élections de 2027.

Le peuple comme chef d’orchestre

Dans le golfe de Fos comme ailleurs, chaque axe de la lutte est donc indispensable et d’égale importance. Mais si un de ces thèmes est délaissé, ou si une organisation souhaite atteindre l’hégémonie et esquiver les autres, nous risquons la défaite. La lutte antifasciste ne sera victorieuse que si les quatre axes avancent de concert, dans le respect : les associations favorisant le vivre ensemble, les acteurs de l’éducation populaire développant la formation antifasciste, les organisations politiques travaillant à l’unité, et les syndicats affrontant le patronat, ultime bénéficiaire de la fascisation.

Pour gagner, chacun doit jouer sa partition, à son poste de combat et à égalité d’importance. Le chef d’orchestre sera le peuple en mouvement, uni au travers de comités, de collectifs, d’agoras à la base dans chaque territoire.


Image d’illustration : Complexe pétrochimique de Fos-sur-Mer, 2003 – Lesbats Stephane CC BY 4.0

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