ÉDITO. Trois ans plus tard, le mirage du cessez-le-feu et l’enfer quotidien à Gaza


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Trois ans après les massacres du 7 octobre 2023 par le Hamas et le déclenchement du génocide à Gaza par l’armée israélienne, la mascarade diplomatique a atteint son paroxysme. Alors que la communauté internationale se satisfait d’un prétendu « cessez-le-feu » signé en octobre 2025, la réalité crie l’inverse : à Gaza comme en Cisjordanie, l’anéantissement du peuple palestinien se poursuit.

Mirage du cessez-le-feu

Sur le papier, les accords devaient apporter une trêve. Dans les faits, les bombes tombent toujours et l’armée israélienne occupe 70% du territoire, retranchée derrière une « ligne jaune » qui enferme les Palestiniens sur une étroite bande côtière.

L’étranglement est total. Les camions d’aide humanitaire sont au compte-gouttes — à peine 150 à 200 par jour contre les 600 promis —, tandis que les ONG internationales ont été chassées, les flottilles repoussées et les journalistes interdits d’accès. Tout manque : eau potable, nourriture, carburant, médicaments, bâches, et même couches pour bébés, smartphones ou matériel médical. Pendant ce temps, les spéculateurs s’enrichissent sur la détresse humaine sous le regard cynique de ministres d’extrême droite comme Itamar Ben Gvir, qui appelait sans détour à « tuer 30 à 40 Palestiniens par jour ».

Cisjordanie et Jérusalem-Est : l’accélération du nettoyage ethnique

La tragédie à Gaza ne doit pas masquer le second front d’une même politique coloniale. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, la colonisation s’emballe sous la protection de l’armée. Le projet E1 vise à couper le territoire palestinien en deux. Incendies de maisons, vols de bétail, confiscations de terres, détentions administratives de mineurs et terreur exercée par les colons ne sont pas les dérapages d’une minorité d’extrémistes : c’est le programme officiel, assumé et structuré d’un gouvernement visant à effacer toute présence palestinienne.

Cette offensive globale ne date pas d’hier. Elle s’inscrit dans la continuité de plus de 70 ans de dépossession, d’occupation et d’apartheid face auxquels le peuple palestinien continue de lutter pour son autodétermination.

La complicité occidentale et la répression des voix libres

Rien de tout cela ne serait possible sans l’impunité garantie par les puissances occidentales. Israël continue de bénéficier du soutien inconditionnel de Donald Trump, prêt à livrer 40 000 bombes supplémentaires pour 2,8 milliards de dollars, tandis que la France et l’Europe s’enfoncent dans un « deux poids, deux mesures » qui détruit les derniers vestiges du droit international.

Après trois années de massacres, où sont les sanctions économiques ? Où est l’embargo immédiat sur les armes ? Où est la suspension des accords d’association ? Les timides rappels diplomatiques au « respect du droit international » n’ont été qu’un écran de fumée pour couvrir l’impunité totale de l’État d’Israël.

Faute d’action, le pouvoir politique s’en prend à celles et ceux qui la dénoncent. En France, ces trois dernières années ont été marquées par une asphyxie systématique du mouvement de solidarité pro-palestinien. Interdictions de manifestations, poursuites pour « apologie du terrorisme », demande de dissolution d’Urgence Palestine. Le mouvement de solidarité a tenté d’être étouffé, mais il a heureusement résisté et la jeunesse a été aux avants postes, il suffit de voir les drapeaux palestiniens décorant les pancartes des lycéen·nes mobilisé·es ces derniers jours.

Cette répression s’est doublée d’une offensive idéologique et législative féroce. La proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan, visant à pénaliser la contestation de l’existence de l’État d’Israël, illustre la volonté délibérée d’amalgamer antisionisme et antisémitisme, avec un objectif est clair : fabriquer un délit d’opinion pour criminaliser la gauche, les syndicats et les organisations de solidarité avec la Palestine.

Résister pour survivre

Malgré les écoles détruites, les cours suivis sous des tentes ou sur des connexions de fortune, malgré les queues interminables devant les camions-citernes, les Gazaoui·es refusent de céder face à la politique de déportation. Comme l’écrit le journaliste Rami Abou Jamous : « Malgré tout cela, nous gardons notre volonté de rester en vie, de libérer notre Palestine et de conquérir notre indépendance. »

Image : Déplacement forcé de Palestiniens dans la bande de Gaza dévastée par les bombardements israéliens, 29 janvier 2025. Jaber Jehad Badwan, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

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