Mouvement social, communistes, insoumis : pourquoi les planètes s’alignent


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En règle générale, les militant·es de gauche ont le pessimisme facile. Qui s’enthousiasme un peu trop fort pour une mobilisation sociale, qui se prend à croire à une percée électorale, se verra bien souvent reprendre, à coups de références aux années 30 et de citations de Gramsci : « les gens n’en sont pas là », « on peut toujours rêver », etc…

Depuis quelques semaines, pourtant, même les observateurs les plus défaitistes s’étonnent de l’incroyable bouillonnement social et politique engendré par le mouvement lycéen.

Magie du mouvement social

Le mouvement est inédit, en effet, par son ampleur, avec des centaines d’établissements scolaires bloqués ou perturbés. Dès le 6 octobre, plusieurs secteurs professionnels ont basculé dans la grève en soutien aux lycéen·nes. Hasard du calendrier, des appels au retour des Gilets Jaunes le 17 octobre fleurissaient depuis l’été. En cette rentrée explosive, ils ont pris une toute autre dimension.

La mobilisation se distingue aussi par sa solidité politique. Chacun·e a bien vu et compris que les lycéen·nes ne se limitent pas à contester les conséquences de l’austérité, la violence de la sélection sociale et la désorganisation des enseignements. Ils expriment aussi avec force leur désir d’une autre société, d’un autre ordre politique. D’interviews presse en vidéos TikTok, de débats télévisés en conversations familiales, le pays assiste, médusé, à l’avènement de la génération la plus informée et conscientisée de son histoire récente.

Surpris par une révolte à laquelle il ne s’attendait pas, le pouvoir a tenté de l’étouffer dans l’œuf par la seule méthode qu’il pratique désormais : la force brute. Sébastien Lecornu et Laurent Nunez ont ordonné le déchaînement d’une véritable sauvagerie policière contre les lycéen·nes. Les premiers jours, le mouvement a accusé le coup. Le « maintien de l’ordre » a ses aficionados, et on trouve dans le pays des franges suffisamment déshumanisées pour applaudir au moindre coup de matraque, à la moindre tâche de sang sur un trottoir.

Mais le peuple français, dans sa masse, n’apprécie pas qu’on maltraite ses enfants. Les classes populaires, des Gilets Jaunes aux banlieues des grandes villes, ont pris l’habitude de subir ce genre de traitement. Elles se sont donc solidarisées immédiatement avec les lycéen·nes, et leur colère s’est rapidement propagée à d’importants segments du pays, parfois plus modérés.

Cerné de preuves vidéos des violences policières qu’il a commanditées, condamné par l’ONU et les défenseurs des droits humains, le gouvernement a dû rapidement modérer son ardeur guerrière. D’autant qu’a débuté le 13 octobre, à l’Assemblée nationale, l’examen de son budget d’austérité pour 2027. Un débat à hauts risques pour le macronisme finissant, à quelques mois de l’élection présidentielle.

Nouvelles percées sur le front électoral

Le mouvement lycéen exerce d’ores et déjà une forte pression sur les discussions parlementaires. Au-delà, il galvanise l’ensemble des forces de gauche, redonne du courage et des couleurs aux dirigeants politiques dont la détermination avait pu flancher dans la dernière période. Ainsi Fabien Roussel, qui n’avait pas de mots assez durs ces dernières années pour se distancer de la France insoumise, semble désormais soucieux d’affirmer sa solidarité à l’égard des mouvements sociaux et de la gauche radicale – au grand dam des éditorialistes de BTM TV. Ces évolutions positives sont à saluer, tant le retour de pratiques de solidarité inconditionnelle à gauche est nécessaire pour espérer vaincre l’extrême droite et ses idées.

Le mouvement lycéen décuple aussi l’énergie dégagée par la campagne populaire autour de Jean-Luc Mélenchon. La dynamique de la gauche radicale, en effet, a de quoi impressionner, à l’instar du grand meeting du 11 octobre à Clermont-Ferrand. Loin de se parasiter comme cela avait pu être le cas lors du mouvement des retraites en 2023, l’effervescence du mouvement social et la dynamique politique avancent de concert. Comme l’observe le sociologue Manuel Cervera-Marzal, pour la première fois depuis dix ans le « total gauche » atteint 38 à 42% dans les intentions de vote.

Pendant ce temps, du côté de la droite et du centre, on accumule les candidatures et les coups de com’ sans parvenir à produire quoi que ce soit qui ait du souffle, de l’ampleur. Philippe, Attal, Bertrand, Lisnard, Cazeneuve, désormais Glucksmann… Le quotidien, de ce côté-là de l’échiquier, n’est qu’un long râle d’agonie – celui, en fait, des classes moyennes supérieures qui portent ces candidatures et s’étaient confortablement habituées, depuis les années 90, à jouir d’un magistère exclusif sur le débat politique national.

Le RN, quant à lui, est plombé non seulement par les preuves de l’antisémitisme viscéral de Jordan Bardella, mais aussi par la mise en mouvement de la jeunesse, dans les lycées des villes comme dans ceux des campagnes. Comme à chaque fois que la lutte des classes revient au premier plan, les obsessions racistes sont reléguées à leur juste place : dans les poubelles de l’histoire. Voilà la confirmation, sous nos yeux, de cette vérité fondamentale : la meilleure manière de lutter contre l’extrême-droite est de passer à l’offensive.

Résumons, donc : la bourgeoisie française affronte une mobilisation inédite de la jeunesse, qui pourrait bien servir de point de ralliement à toutes les colères sociales, tout cela sans légitimité parlementaire ni dynamique politique, et à six mois d’une élection présidentielle à haut risque. Mais qu’attendent les révolutionnaires ?

Gauche radicale : l’union se réalise

Il y a encore un an, l’union des forces de transformation sociale relevait de tout sauf de l’évidence. Conscient·es de l’imminence du danger de l’extrême droite, les différentes composantes de la gauche radicale agissaient encore séparément et parfois en opposition, chacune étant prise dans ses propres contradictions. D’autant que les élections municipales, avec leur lot d’ambitions concurrentes et d’inimitiés locales, bouchaient encore l’horizon.

Quelques mois plus tard, pourtant, ce que nous décrivions en mai comme « la seule voie crédible et souhaitable pour vaincre l’extrême droite : une union de la gauche la plus large possible autour des anticapitalistes » est bel et bien en train de se réaliser. Par sa légitimité populaire acquise en 2012, 2017 et 2022, comme par la confiance gagnée dans les luttes (notamment en solidarité avec le peuple palestinien), la candidature de Jean-Luc Mélenchon a ouvert la voie au rassemblement. Des décisions courageuses ont suivi, avec l’engagement du NPA – L’Anticapitaliste et des Verts Populaires dans la campagne. Génération·s devrait faire de même, ainsi que de nombreuses voix écologistes, à l’instar de la députée Sandrine Rousseau.

Quant aux communistes, s’il reste encore du chemin à parcourir, on peut raisonnablement supposer que la grande majorité finira, par cohérence politique, par choisir l’union avec la gauche radicale. Malgré la décision du congrès du PCF de présenter une nouvelle fois la candidature de Fabien Roussel, on sent bien que le vote de juillet n’apparaît plus, l’automne venu, que comme une erreur embarrassante, en décalage complet avec la situation politique réelle.

Des milliers de communistes, membres ou non du PCF, ont d’ores et déjà rejoint la démarche de l’union avec la gauche radicale. De ce point de vue, l’appel lancé par 2 000 militant·es autour Alternative Communiste est une initiative précieuse. Nous nous reconnaissons pleinement dans cette démarche, exposée par le Maire de Gennevilliers Patrice Leclerc dans cette interview.

Son objectif prolonge l’une des principales propositions que Nos Révolutions lançait en mars dernier avec le texte Communisme Partout : saisir l’occasion historique d’en finir avec la Vème République et ouvrir une nouvelle page de l’histoire révolutionnaire du pays.

Ce texte, qui revendique « l’union de la gauche sous leadership radical », est devenu le manifeste de Nos Révolutions. Nous ne l’avons pas présenté tel quel au dernier congrès du PCF, car nous avons fait le pari d’une motion rassemblant l’ensemble des courants unitaires du parti. Dans notre esprit, ce « bloc unitaire » relativement hétérogène deviendrait ensuite un point d’appui pour défendre une alliance entre le mouvement communiste et le mouvement insoumis. Cette démarche a fonctionné ! Preuve que, pour avancer, clarté des idées et souplesse tactique doivent toujours aller de pair.

D’autres courants communistes et marxistes se retrouvent d’ores et déjà aux côtés ou dans la campagne insoumise, suivant leurs sensibilités respectives : c’est notamment le cas des communistes insoumis, d’acteurs culturels et du monde des médias, de groupes de tradition trotskiste comme le NPA ou le PCR, etc. Nous sommes heureux de mener cette bataille ensemble, car nous pensons que tout grand mouvement de masse a vitalement besoin de l’apport des idées communistes dans leur diversité.

La responsabilité des communistes dans cette période est d’aider à structurer ce vaste mouvement populaire, qui est à la fois social et électoral et qui, s’éveillant à la politique révolutionnaire, peut remporter de grandes victoires. Cela passe par des mots d’ordre de rupture avec l’ordre capitaliste (sécurité sociale intégrale, nationalisations, nouvelles institutions de démocratie ouvrière…). Cela passe aussi par la construction de nouveaux moyens de coordination, d’information et de dialogue entre celles et ceux qui luttent.

C’est le sens de l’activité de nos correspondants locaux, qui accompagnent l’activité sociale et politique des territoires pour leur donner le maximum d’écho. C’est aussi la raison pour laquelle nous nous efforçons de multiplier les productions, entre l’écrit, la vidéo, l’image : pour les communistes, il est urgent de prendre la parole et de s’adresser aux millions de gens qui entrent en mouvement pour changer le monde.

Au diable le pessimisme, donc : l’avenir est à nous !


Image d’illustration : Manifestations du 6 octobre 2026 – Photographie par Nos Révolutions

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