Nos Révolutions vous propose une traduction de l’article de People Dispatch sur la « Conférence de la Gauche » en Afrique du Sud.
Les forces progressistes sud-africaines convergent. Le 29 mai 2026, un large éventail d’organisations socialistes, communistes et panafricanistes s’est réuni pour la « Conférence de la Gauche », tenue sous le mandat explicite de « Construire un mouvement de gauche pour le pouvoir de la classe ouvrière et populaire ». Dans un contexte marqué par une crise économique croissante, le chômage, l’austérité et la fragmentation au sein de la politique progressiste, ce rassemblement donne à voir une tentative de repenser l’avenir de la gauche dans le pays.
La conférence, organisée par le Parti communiste sud-africain (SACP), a réuni un large spectre d’organisations, dont les Economic Freedom Fighters, le Congrès panafricain d’Azanie, l’Organisation du peuple azanien, le Parti Mkhonto we Sizwe, le Parti socialiste d’Azanie, le Parti socialiste des travailleurs, le Parti travailliste indépendant, les principales fédérations syndicales du pays, ainsi que des formations marxistes et panafricanistes. Des délégués de solidarité venus de divers pays ont également participé, soutenant les perspectives d’unité de la gauche en Afrique du Sud.
L’importance politique de cette conférence n’est pas seulement du fait de la présence de ces organisations — dont beaucoup ont historiquement opéré de manière isolée ou en compétition — mais la reconnaissance que les conditions sociales et économiques auxquelles fait face la classe ouvrière ne peuvent plus être abordées par des luttes fragmentées.
Dans une déclaration précédent la conférence, les organisateurs ont soutenu que la crise à laquelle font face les travailleurs et les pauvres n’est pas temporaire, mais structurelle. L’Afrique du Sud continue de faire face à un chômage de masse, à une hausse du coût de la vie, à une dégradation des services publics et à une inégalité croissante, malgré la transition démocratique de 1994. Selon la déclaration, les libertés publiques ne se sont pas traduite par des transformations matérielles pour la majorité de la population, alors que l’économie reste dominée par l’accumulation privée et le pouvoir des entreprises.
Les organisateurs ont également noté que le capitalisme mondial s’est réorganisé de manière à affaiblir le mouvement ouvrier. L’informalisation, le travail précaire et les attaques contre les syndicats ont sapé le pouvoir de la classe ouvrière, tandis que les mouvements progressistes restent divisés entre partis, syndicats et organisations communautaires. La conférence se perçoit donc comme une tentative de reconstruire un forum commun permettant aux organisations de gauche de se coordonner autour d’objectifs partagés de la classe ouvrière.
Un appel à l’unité de la classe ouvrière
En ouverture de la conférence, Solly Mapaila a souligné que ce rassemblement était une plateforme d’action collective :
« Nous sommes des organisations politiques différentes, nous n’allons pas dissoudre nos organisations politiques indépendantes, nous créons une initiative de coordination commune des revendications de la classe ouvrière. »
Mapaila a soutenu que les conditions matérielles auxquelles font face les Sud-Africains ordinaires devraient constituer le fondement de l’unité de la gauche, plutôt que les ambitions personnelles ou les rivalités organisationnelles :
« Nous cherchons à approfondir l’unité de la classe ouvrière, à revitaliser l’activisme de la classe ouvrière et à articuler un programme à moyen terme fondé sur les exigences objectives de la classe ouvrière dans notre pays. »
Il a également appelé à l’humilité et au respect mutuel entre les forces progressistes, reconnaissant qu’aucune organisation ne détient toutes les réponses :
« Nous, forces de gauche, devons rester humbles et reconnaître qu’aucun de nous n’a le monopole des réponses aux luttes de la classe ouvrière. Nous devons donc nous traiter mutuellement avec respect, humilité et compréhension. »
Ensuite, Julius Malema, le leader des Economic Freedom Fighters, a situé le rassemblement dans ce qu’il a décrit comme une crise mondiale du capitalisme :
« Cette conférence se réunit à un moment historique décisif, caractérisé par l’instabilité économique, l’incertitude politique et la confusion visible de l’ordre capitaliste mondial lui-même. »
Malema a mis en lumière les contradictions absurdes de la société moderne :
« L’humanité n’a jamais eu de connaissances scientifiques aussi poussées, un plus grand potentiel productif ou une plus grande sophistication technologique qu’aujourd’hui, et pourtant des milliards de personnes continuent d’exister dans des conditions d’insécurité, de privation, de violence et de désespoir, parce que la société reste contrôlée par l’accumulation privée de profits plutôt que par la satisfaction des besoins humains fondamentaux. »
La solidarité panafricaine dans la lutte contre l’impérialisme et l’exploitation était l’un des thèmes majeurs de son discours :
« Une gauche qui ne peut défendre la solidarité panafricaine a abandonné sa propre mission historique, car la fragmentation des peuples africains selon des lignes nationalistes et xénophobes ne fait que renforcer l’impérialisme et affaiblir l’unité de la classe ouvrière. »
Il a souligné que l’avenir de l’Afrique dépend d’efforts coordonnés pour rompre avec les schémas de dépendance :
« L’avenir de la libération africaine dépend fondamentalement de la solidarité continentale, de l’industrialisation régionale et d’une résistance coordonnée contre les systèmes mondiaux d’extraction et de dépendance. »
Malema a également identifié le sectarisme comme l’une des plus grandes faiblesses de la politique progressiste actuelle :
« Le capital international se coordonne à travers les frontières avec une efficacité extraordinaire, et pourtant des organisations se réclamant du socialisme restent souvent paralysées par le sectarisme, l’ego, les rancœurs historiques et la confusion idéologique. »
Pour lui, reconstruire l’espoir et la confiance parmi les peuples opprimés est un défi central de l’époque actuelle :
« La plus grande tâche de la gauche est donc aussi psychologique et morale : restaurer l’imagination parmi les opprimés et démontrer, une fois de plus, que les sociétés peuvent être organisées différemment. »
Au nom du Parti uMkhonto we Sizwe, le vice-président Tony Yengeni place la conférence dans un contexte historique de volonté d’unité parmi les forces progressistes :
« Le moment est venu pour la majorité noire de se rassembler, de s’unir et de prendre le pouvoir politique. »
Yengeni a insisté sur le fait que le pouvoir politique doit servir à promouvoir une véritable libération des masses :
« La raison pour laquelle nous sommes ici, c’est que nous répondons à cet appel : forger l’unité entre toutes les forces progressistes du pays, afin de pouvoir utiliser ce pouvoir politique pour libérer notre peuple. »
Regardant au-delà de la conférence elle-même, il a appelé à la création d’une structure de coordination permanente :
« Cette conférence doit émerger comme une plateforme de gauche unie, solide et puissante. »
Il propose au rassemblement la création d’un conseil révolutionnaire capable de guider ce processus :
« Cette conférence doit se conclure avec un conseil révolutionnaire pour gérer l’activité de cette intiative. Et elle doit être guidée par un ensemble de principes qui l’ancrent dans l’avenir. »
Au-delà des discours d’ouverture, des représentants des diverses organisations participantes ont partagé leurs perspectives sur la crise politique, économique et sociale que connait l’Afrique du Sud, ainsi que sur la nécessité d’une unité de la gauche.
Que ce processus aboutisse finalement à un front uni permanent, un conseil révolutionnaire, des campagnes coordonnées ou un mouvement plus large pour la transformation socialiste reste à voir. Cependant, la conférence a déjà accompli quelque chose d’important : elle a créé un espace dans lequel des organisations de gauche, aux traditions diverses, peuvent travailler directement les unes avec les autres et explorer les contours d’une action collective dans une période de d’approfondissement de la crise.
Image d’illustration : La gauche sud africaine organise une conférence commune (SACP)
