Union de la gauche : pour quoi faire ?


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Dans le débat autour de l’union de la gauche, la seule question qui occupe les médias dominants, mais aussi beaucoup de partis, est : « la gauche peut-elle arriver à faire l’union ? ». Que ce soit pour espérer ou pour craindre cette perspective, l’essentiel de l’attention publique se concentre sur la faisabilité d’un tel rassemblement. D’autres questions, elles, ne sont quasiment jamais posées ou sérieusement discutées.

D’abord, pourquoi l’union de la gauche ? La réponse devrait pourtant, chronologiquement, arriver avant l’interrogation sur la faisabilité, car il est de bonne logique de se demander pourquoi on doit faire quelque chose avant d’être résolu à l’accomplir. Ensuite : le pire serait-il vraiment de partir aux urnes en 2027 sans union des partis de gauche ? L’impensé que l’on observe sur la question nous expose aux pires déconvenues à moyen et long terme.

Deux clarifications préliminaires. La première est de savoir ce que nous devons mettre ou pas dans « la gauche ». L’enjeu de cette contribution à la discussion politique n’est pas de distribuer des brevets de pureté, mais on peut tout de même se mettre d’accord sur quelques pré-requis minimums. Programmatiques, d’abord : on attendra d’un programme électoral présenté par une formation de gauche qu’il soit écosocialiste, féministe, antiraciste et repense les institutions. Que non seulement il ne remette pas en cause les droits existants de la population dans ces différentes thématiques, mais qu’il les étende, au contraire.

Ensuite, il y a la question de l’incarnation de ce programme. On déplorera que la Ve République soit un régime qui favorise à l’extrême la personnalisation de la vie politique et charrie l’imaginaire d’une figure providentielle, mais faute de révolution dans l’immédiat, il faut bien tenir compte de ses règles et présenter des candidats. Or certains de ces candidats donnent bien peu confiance en leur capacité à résister aux offensives qui suivraient une victoire de la gauche. Ainsi, Marine Tondelier, qui ne sait pas répondre à la question de savoir si elle est, dans l’absolu, anticapitaliste ou pas, François Ruffin et ses bandes dessinées douteuses, Fabien Roussel et ses innombrables déclarations problématiques1, sont des gens inquiétants pour la cause populaire.

Pas de faux suspens, on pensera ici que Jean-Luc Mélenchon est la meilleure incarnation possible pour 2027. On ne reviendra pas sur les immenses qualités intellectuelles, politiques et morales qui l’ont amené là où il se trouve. Est-il parfait ? Non : il s’est déjà présenté trois fois, il est âgé, il a un tempérament qui peut susciter des craintes, et les médias de l’oligarchie en ont fait l’ennemi public.

Et puis, la question de la gestion de la démocratie interne à la France insoumise, dont on dira qu’elle passe après l’efficacité, qui préfigurerait la gestion future du pays n’est pas posée que par des journalistes stipendiés. Mais faut-il attendre un candidat parfait pour porter un programme politique répondant aux critères rapidement énoncés précédemment ? Assurément pas, sinon autant laisser le monopole de la participation aux élections à un bloc bourgeois aussi poli et doucereux sur les plateaux qu’inflexible face aux travailleurs.

L’exigence d’un programme de combat porté par une incarnation nécessairement imparfaite amène immédiatement une tension redoutable dans tout projet d’union, donc. Comment s’accorder sur un projet commun ? Ceux qui refusent de se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon, ou une alternative hypothétique d’égale qualité, tout en étant de gauche, parfois à l’extrême gauche, ont-ils à s’infliger ce ralliement ? Dans les désaccords programmatiques et stratégiques, où placer le curseur entre l’union et soumission ? Quels sont les risques d’une acceptation trop automatique, dictée par la peur du RN ?

Voir plus loin que 2027, une nécessité

Si la perspective est court-termiste et qu’il s’agit juste de repousser le Rassemblement national le soir du second tour en se fichant de ce qui se passe ensuite tant que Bardella ne devient pas président, on peut s’épargner beaucoup de maux de tête. Il suffit alors, si on y arrive, de refaire une NUPES, ou un NFP : LFI profite de sa centralité pour pousser un programme de rupture, ou en tout cas porteur de propositions radicalement réformistes, les autres suivent. Mais puisque la majorité du Parti socialiste et une bonne partie d’EELV vomissent de tels changements, nombreux sont ceux qui s’empresseraient de renier leur signature. Le cas s’est vu tout au long de ce second mandat d’Emmanuel Macron, et il n’y a guère de raison de penser qu’une fois les sièges sauvés, les professionnels du retournement de veste agiraient autrement.

Mais, dira-t-on, ni NUPES ni NFP n’avaient permis de conquérir le pouvoir, ce qui doit être le but de cette union-ci, et là, si on y arrivait, tout changerait, et les difficultés fondamentales qui se posent aux composantes d’une gauche rassemblée disparaîtraient. Erreur ! Au contraire, il y a fort à parier que la conquête institutionnelle du pouvoir poserait des défis encore plus redoutables, puisqu’il s’agirait de la convertir en une conquête politique et économique réelle, et c’est là qu’une union bâtie à la va-vite, dans une perspective exclusivement défensive face au RN, éclaterait.

En effet, admettons qu’une union de la gauche rassemblée autour d’un programme type NFP, si modéré soit-il aux yeux de beaucoup de militants, arrivait au pouvoir. Ce serait un séisme : la première puissance politique européenne arriverait avec un agenda impliquant de désobéir au moins un peu aux injonctions de l’Union européenne, de refondre la fiscalité, de lutter réellement contre les violences policières, d’initier une bifurcation écologique, et de changer les institutions.

Le point commun de toutes ces transformations, c’est qu’elles s’attaqueraient à des structures de pouvoir économiques et politiques, à de puissantes institutions sécuritaires comme les syndicats de police, à des intérêts impérialistes étrangers, aussi. Or, dans ces cas-là, les structures exercent des représailles, différemment selon les pays. Il y a, d’abord, les pays du Sud global. Ici, les représailles sont souvent brutales, sanglantes, et assez peu sophistiquées dans la forme. Rien qu’en Amérique du Sud, les exemples sont innombrables depuis les années 1950, on peut en prendre facilement un par décennie. Arbenz en 1954, putsché par les mercenaires de la United Fruit avec le soutien de la CIA, le coup d’État brésilien contre Goulart en 1964, le sabotage, les assassinats et le renversement du démocratiquement élu Allende au Chili en 1973 avec l’installation du dictateur sanguinaire Pinochet. Jusqu’au XXIe siècle avec le putsch de 2002 échoué contre Chavez, le coup d’État criminel de 2019 contre Evo Morales orchestré par les États-Unis et soutenu par l’Union européenne qui a remis le prix Sakharov à la meurtrière factieuse Jeanine Áñez…

La logique est toujours la même : un défi aux intérêts capitalistes occidentaux qui engendre une réponse mêlant usage de la force, agression économique et médiatique, et installation d’un pouvoir ami, y compris un pouvoir dictatorial et sanguinaire.

Bien entendu cette recette ne pourrait pas être appliquée à la France, qui n’est ni le Chili ni le Guatemala. Mais elle donne une indication du niveau de représailles que nos adversaires sont capables d’exercer pour imposer l’obéissance et punir. Or, quand les mercenaires armés ou les juntes militaires feraient mauvais genre, il y a d’autres moyens de mater un peuple qui vote mal, quand ce ne sont pas ceux que l’on élit pour résister qui trahissent sans avoir besoin d’être contraints. Deux exemples : la Grèce de 2015, et la France de Mitterrand en 82–83.

La victoire électorale, un défi au capital qui ne restera pas sans réponse

La Grèce, d’abord. Rappelons qu’à partir de 2010, la Grèce devient le laboratoire d’une austérité d’une brutalité inouïe imposée par l’Union européenne, le FMI et la BCE. Cela, selon le récit général, car la dette grecque publique, hors de contrôle, menacerait la stabilité de la zone euro et que les gouvernements grecs négligents auraient caché la réalité, tant et si bien qu’une « aide » au pays serait impossible sans prendre d’abord des mesures drastiques. Les mémorandums successifs exigent coupes massives dans les salaires et pensions, hausses de TVA, destruction du droit du travail, baisse du salaire minimum de 22 % — 32 % pour les jeunes — et privatisations à grande échelle, jusqu’aux infrastructures stratégiques comme l’eau ou l’énergie.

En 2015, la Troïka impose un nouveau programme humiliant : transfert d’actifs publics vers un fonds dédié aux créanciers, objectif délirant de surplus budgétaire et obligation pour Athènes de faire valider ses décisions par les institutions européennes avant même leur adoption, et imposition du droit anglais entre la Grèce et les marchés. Une mise sous tutelle coloniale assumée, dont le président français d’alors, François Hollande, qui organise en ce moment même son retour aux affaires, fut l’un des décideurs.

Le résultat fut catastrophique et constitue, en vérité, un crime de masse : chômage à 27%, chômage des jeunes au-delà de 57%, explosion de la pauvreté, de la dépression, des suicides et des difficultés d’accès aux soins et à l’alimentation. Le VIH progresse brutalement parmi les usagers de drogues injectables, la mortalité infantile augmente fortement, et l’insécurité alimentaire double durant la crise. En février 2026, le journal grec Efsyn publiait un rapport accablant démontrant que les travailleurs grecs demeurent les plus mal payés d’Europe.

Cette misère monstrueuse a évidemment profité à ses créateurs. La Troïka, mais surtout les multinationales du conseil et de la finance ayant fondu sur la Grèce comme autant de rapaces. La méga-banque Goldman Sachs est un exemple phare, car elle a contribué à créer la crise grecque, à mentir au peuple sur la réalité économique en lien avec les élites au pouvoir, avant de contribuer à imposer des politiques d’austérité dont elle tirait profit directement. En effet, en 2001, afin d’aider l’État grec à respecter officiellement les critères du traité de Maastricht, la banque a mis en place un montage financier complexe prenant la forme d’un swap de devises dissimulant environ 2 % de la dette publique grecque hors des comptes officiels. L’opération portait sur environ 2,8 milliards d’euros et aurait rapporté près de 600 millions d’euros de commissions à Goldman Sachs.

Quelques années plus tard, en septembre 2009, Goldman Sachs participa également à la création d’un indice spécifique de credit default swaps (CDS) lié au risque de défaut grec, permettant aux investisseurs de spéculer ou de se couvrir contre une éventuelle faillite de la Grèce. Dans le contexte de montée des inquiétudes sur les finances publiques grecques, les taux d’intérêt exigés par les marchés sur la dette hellénique explosèrent, poussant le pays au bord de la faillite en 2010 et 2011. Par la suite, Goldman Sachs et ses équivalents surent placer des hommes clés pour superviser les mesures infligées au peuple hellène.

Un exemple parmi des dizaines : Carlos Moedas, ex-employé de Goldman Sachs placé à la tête de l’ESAME, le gendarme européen chargé de surveiller la docilité de la Grèce pendant la crise, et la bonne application de mesures qui enrichirent prodigieusement les clients de la banque. En effet, les privatisations forcées l’ont été avec le conseil et la participation d’immenses acteurs privés comme Goldman mais aussi BlackRock, par exemple, qui conseillaient à la fois sur les secteurs à privatiser… et les acheteurs de ces futurs biens privés. Ce sur quoi des politiciens comme Michail Tremopoulos ou l’Américain Chuck Grassley alertèrent dès 2011, sans être écoutés.

Oui au « cap clair » : celui de la confrontation indispensable avec le capital

Or, quelle fut, face à tout ceci, la réaction des Grecs ? Ils firent ce que n’importe qui aurait fait en élisant le premier parti visible qui proposait de s’opposer aux mémorandums de la honte, c’est-à-dire Syriza, à la tête duquel il y eut Alexis Tsipras. Le professeur de sciences politiques Giorgos Katsambekis a pu définir le parti comme une force de « gauche populiste ». Et en effet, grâce à un appareil médiatique puissant, à une alliance avec la droite de l’ANEL, le parti est arrivé à se hisser au pouvoir sur la base d’un programme fondamentalement tiède, à peine réformiste, prétendant cependant pouvoir éviter le conflit avec l’Union européenne tout en mettant fin à la politique d’austérité. Pire encore, comme l’observait avec acuité Georgios Samaras dans un article « From protest to paradox: a decade of SYRIZA’s ascent, governance and decline » publié en 2025, une grande partie de Syriza avait dès le début acté que la priorité était plutôt de ne pas entrer en conflit avec l’Union européenne que de mettre fin à l’austérité ! En réalité, la proposition était celle d’une « union » du flou, une union de forces composites et variées prétendant par ce rassemblement pouvoir changer les choses dans le cadre existant, mais qui, par sa composition même, avait déjà des boulets aux pieds.

D’où la trahison suprême du référendum du 5 juillet 2015 : on demandait aux Grecs de voter oui ou non au dernier mémorandum imposé par la Commission européenne qui contenait le paquet de mesures le plus violent jamais utilisé contre la Grèce. Ce fut une pièce de théâtre écrite dans les salles de marché où Alexis Tsipras tint le premier rôle. Tout au long du processus référendaire, il envoya des messages contradictoires et appela à voter non, bien obligé par les circonstances de son élection, tout en avertissant par avance que cela aurait des conséquences sur les relations avec l’Union européenne avec laquelle il faudrait forcément trouver un accord. Le samedi 27 juin, il réussit l’exploit, dans son adresse au Parlement, d’appeler à la fois à dire « un grand non à l’ultimatum » des créanciers « mais en même temps un grand oui à l’Europe de la solidarité » ! Et quand les Grecs dirent non à 62 % au mémorandum scélérat, Tsipras s’empressa de s’envoler pour Bruxelles, de ne tenir aucun compte du résultat, et de signer des accords encore pires que ceux soumis au vote. Avec les résultats que l’on sait.

Or ce n’est pas qu’il n’existait pas d’alternative. On donnera deux exemples : la Grèce aurait pu utiliser la stratégie d’un défaut conflictuel dans l’euro, combiné à des contrôles de capitaux durables, une mise sous contrôle public plus serrée des banques et un système parallèle de paiements/IOU. Plusieurs analyses de 2015 défendaient cette option comme un moindre mal. Le think tank Bruegel, pas franchement marxiste, considérait que c’était une possibilité sérieuse et notait que cela coûterait toutefois moins cher aux créanciers qu’un Grexit.

Ce dernier était en effet l’autre option majeure : une sortie ordonnée de l’Union européenne avec une répudiation – dénonciation de tout ou partie de la dette, un retour à la monnaie nationale, des nationalisations confiscatoires et une politique de confrontation franche. Évidemment il aurait fallu pouvoir affronter les conséquences de cette confrontation, c’était un défi, mais compte tenu de ce qui avait déjà été infligé à la Grèce il était évident qu’il fallait considérer très sérieusement cette possibilité. Possibilité qui inquiétait au premier chef les créanciers pilleurs qui auraient, ici, perdu leurs mises.

Pourtant dès le départ l’union portée au pouvoir par les Grecs, branlante idéologiquement, sans vision économique, et totalement compromise politiquement, avait abdiqué des intérêts du peuple à défendre face aux marchés, peuple qui n’en finit pas aujourd’hui de payer l’addition.

Puis, évidemment, il y a Mitterrand, en France, en 82–83. Il est frappant de regarder les similitudes et les différences avec le cas grec. Ces dernières sont évidentes : lors de l’élection de Mitterrand le 10 mai 1981 sous la bannière du Programme commun, l’union de la gauche est large, les espoirs immenses et, dans un premier temps, il est vrai que de solides conquêtes sociales sont opérées, notamment sur les nationalisations et le droit du travail. Mais vient juin 1982.

À cette époque, le Système monétaire européen (SME), ancêtre de la monnaie unique et de la zone euro, est en crise pour des raisons difficiles à résumer succinctement mais qui tiennent essentiellement aux conséquences du second choc pétrolier. Partout en Europe, les forces réactionnaires en profitent pour imposer un agenda antisocial de rigueur, le capitalisme se nourrissant des crises qu’il génère lui-même. Helmut Kohl en Allemagne inventera l’expression abominable de « rigueur avec le sourire » à cette époque, aux côtés de son amie anglaise Margaret Thatcher. En tout cas, la France est alors face à un choix : continuer sa politique de conquêtes sociales et d’extension des droits des travailleurs dans une relance keynésienne, ou aller vers l’austérité. Le premier choix, cependant, implique de s’écarter massivement de l’orthodoxie budgétaire européenne et, en fait, de sortir du SME.

Comme on peut le lire dans toutes les sources d’époque, notamment les verbatim de Jacques Attali, Mitterrand choisit la deuxième option, plaçant au-dessus de tout l’impératif de construction européenne, préfigurant cette Europe « opium des élites » dénoncée avec justesse par Aquilino Morelle en 2021. Pour ce faire, il œuvre à la nomination du libéral Jacques Delors à la tête de la Commission européenne avec l’approbation de Kohl et Thatcher, revient totalement sur sa politique sociale, lance deux plans de rigueur, soutient le plan de licenciement chez Peugeot-Talbot, vire Jean-Pierre Chevènement et Michel Jobert qui militaient pour le respect de la cause socialiste contre les pressions européennes et les spéculateurs. En somme, dans ce cas de figure, avant même d’être confronté à l’ombre d’une lutte ou d’un conflit avec les adversaires de sa cause revendiquée, Mitterrand baisse pavillon, jette le socialisme par-dessus bord, et rentre dans le rang, suivant les membres de la faction pro-capital qui l’entourait depuis le début, les Delors, Fabius, et autres Attali. Trahissant, évidemment, totalement la parole donnée aux Français, dans un retournement de veste spectaculaire, quoique ce ne soit pas inédit pour le récipiendaire de la Francisque et grand ami de René Bousquet.

Or donc, que tirer de tout ceci dans des perspectives d’union contemporaine de la gauche en France en 2026 ? Des leçons. En Grèce comme en France, les unions électorales prétendant se révolter contre l’oppression capitaliste étaient dès le départ noyautées et compromises, prêtes à vaciller au moindre souffle. Les conséquences ne tinrent pas seulement aux mesures et aux reniements immédiats, mais furent incalculables par la suite. En France, par exemple, le tournant de la rigueur entérina dans les esprits l’idée qu’une politique socialiste réelle était impossible et que le marché prévalait toujours, que le socialisme électoral devait être « raisonnable ». Et ce, alors même que la politique keynésienne suivie jusque-là par Mitterrand fonctionnait socialement et économiquement. C’était l’assassinat de la gauche réelle dans les esprits, l’alignement vers un parti libéral unique sous différents avatars, et l’abandon d’un prolétariat capable de dire « on a tout essayé sauf le RN » de nos jours. Qu’aurait pu être différent l’avenir si Mitterrand avait tenu bon !

Échouer en France, c’est faire reculer la cause partout

De la même façon en Grèce, non seulement Tsipras a avalisé la destruction sociale de son pays et l’enfer pour des millions de ses concitoyens, mais il a aussi donné un exemple : on ne peut pas défier la technocratie capitaliste européenne sans en payer le prix, toute résistance est inutile, ce fut la démonstration du « there is no alternative », de Thatcher. Saccagé, défait, dans l’extrême pauvreté, en proie à la montée des néo-nazis d’Aube dorée, le pays constitue depuis dix ans un sévère avertissement.

Ainsi chaque tentative d’émancipation populaire sabotée n’est pas seulement une défaite électorale ou conjoncturelle, ce sont de nouvelles chaînes mises sur les peuples du monde entier qui voient l’espoir d’un futur différent, hors du capitalisme, s’éloigner. Et c’est pour cela que la question de l’union de la gauche française pour 2027 doit absolument dépasser le simple prisme électoral.

Aujourd’hui la France insoumise et les autres forces de gauche sont dans une situation qui mélange les caractéristiques grecques et de la France mitterrandienne. Un poids électoral non négligeable, une résurrection des idées sociales, une très forte adversité mais qui demeure institutionnelle, des campagnes de déstabilisation y compris étrangères, sans atteindre le plus haut sommet de la violence capitaliste. L’espoir est permis. Mais si une coalition de gauche avec même un simple programme type NFP arrive, tout sera tenté pour l’abattre. Guerre économique, déstabilisations extérieures, attaques sur les marchés, offensive sans merci de l’UE, voire violences téléguidées limitées, on doit s’attendre à tout. Et dans cette « union de la gauche », bien des dirigeants seront tentés d’être des Tsipras ou des Mitterrand, avec les funestes conséquences que l’on sait.

C’est la raison pour laquelle l’exigence du « pourquoi » prime sur le « comment » au sujet de l’union. C’est pour cela que si on est électeur de gauche, a fortiori militant, il ne suffira pas de voter ou d’œuvrer pour un parti, y compris même la France insoumise, et de s’en tenir là. Avant, pendant, après, une éventuelle prise de pouvoir, les pressions doivent être maximales de la part de la base populaire, et la plus haute des exigences critiques doit habiter tous les cœurs. Les partis et mouvements doivent être scrutés par leurs propres membres, qui ne peuvent rien laisser passer.

Les exigences à poser sont multiples : d’abord un programme réellement émancipateur qui se donne les moyens de sa réalisation et assume, pour ce faire, une confrontation face à toute opposition, y compris patronale ou européenne. Ensuite que ceux qui sont évidemment les ennemis de notre cause, les Hollande, Glucksmann et autres Delga, soient écartés de toute responsabilité politique importante dans toute force d’union. Il ne s’agit pas là de sectarisme mais de l’indispensable solidité d’une entreprise de salut populaire qui ne peut pas réussir si la moitié de ceux qui disent la porter travaillent dès le début à la faire échouer.

La question institutionnelle doit également être au cœur de nos aspirations : que ce soit Tsipras ou Mitterrand, et d’autres encore, toute l’histoire prouve qu’on ne peut pas changer un système si on accepte de s’y soumettre. En ce sens, le passage à une VIe République ne doit pas être une question théorique, mais, au contraire, une question pratique, dont les modalités devront être d’une absolue clarté programmatique, et dont le calendrier devra être proposé clairement par tout candidat d’union de la gauche en 2027.

Si quelque ambiguïté demeurait sur ces questions, il serait de la responsabilité de tous les militants et électeurs, qu’ils soient à LFI, au PCF, à EELV, voire au PS, de s’imposer par tous moyens auprès de leurs directions. Grèves, manifs, occupations, rien ne serait de trop pour veiller à la bonne tenue de ceux qui doivent nous représenter. Parce que le pire, ce ne serait pas que quelques caciques échouent à s’entendre sur l’union de la gauche, ce serait qu’une nouvelle capitulation de ceux qui porteront demain les espoirs de millions d’exploités nous condamne à observer encore pendant des décennies la progression de la prédation capitaliste, à se débattre dans les chaînes que nous nous serons nous-mêmes mises aux pieds.


Image d’illustration : « 20150703 Greek Referendum Demonstration for NO syntagma square Athens Greece », photographie du 3 juillet 2015 par Ggia (CC BY-SA 4.0)

  1. www.nosrevolutions.fr/2024/06/01/le-pcf-et-les-europeennes-une-occasion-manquee-pour-la-gauche-et-pour-le-peuple/#5f5efd48-99d1-41d6-9d4f-c25f2f7b6fcb ↩︎

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