Congrès du PCF, contribution. Pourquoi voter Communistes à l’offensive ?


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Nous proposons ce livret pour alimenter la bataille des idées du 40e congrès du Parti communiste.  Il prolonge les positions prises dans le texte alternatif Communistes à l’offensive.

I. « Le RN va gagner de toute façon » répondre au fatalisme

Le RN n’est pas aux portes du pouvoir par fatalité historique. Il y est parce que la classe dirigeante, dans sa séquence macroniste, a méthodiquement détruit tout ce qui protégeait les classes populaires.

Pendant dix ans, Macron a détruit les services publics (18 milliards d’économies imposés à l’hôpital, fermeture de maternités, démantèlement de Fret SNCF), cassé le droit du travail (ordonnances 2017 : barémisation des prud’hommes, suppression des CHSCT, inversion de la hiérarchie des normes), matraqué le mouvement social (24 éborgnés, 6 mains arrachées, 1 mort chez les Gilets jaunes), exercé un autoritarisme d’État (casseroles confisquées par arrêtés préfectoraux, interdictions de manifester pour la Palestine, dissolution d’associations), développé une islamophobie dans l’État (loi séparatisme 2021, interdiction des abayas 2023) et criminalisé les quartiers populaires.

La loi immigration de décembre 2023 est l’aveu de faillite le plus clair : 13 dispositions alignées sur le programme Le Pen 2022, Marine Le Pen a crié victoire idéologique. Elle avait raison. 

C’est le résultat d’une politique. Et ce qui a été produit politiquement peut être défait politiquement.

La preuve que les jeux ne sont pas faits : juin 2024. Au soir des élections européennes, personne ne pariait sur la constitution du NFP. C’est le sursaut populaire qui, en quelques jours, a empêché Bardella d’accéder à Matignon et à la coalition de gauche d’arriver en tête. L’intervention populaire peut débloquer la situation. Les lignes peuvent encore beaucoup bouger.

II. La question électorale : candidature et stratégie en 2027

La vraie question n’est pas : « le PCF a-t-il le droit de présenter un candidat ? » Bien sûr que oui. La vraie question est : dans la situation actuelle, une candidature communiste autonome favorise-t-elle ou nuit-elle à l’objectif de barrer la route au RN et d’ouvrir une perspective transformatrice ?

Présenter d’emblée une candidature non articulée à une dynamique unitaire reviendrait à rejouer le scénario du témoignage : affirmer notre existence au détriment de notre utilité.

La position du texte alternatif : désigner au congrès un porte-parole communiste pour l’élection présidentielle. Dans un premier temps, ce porte-parole porte les propositions communistes dans le débat public et travaille à l’émergence d’un pacte républicain commun. À l’automne, une conférence nationale tranche sur le choix définitif en fonction de l’état du rapport de forces et de l’intervention populaire.

Sur le chemin du rassemblement à gauche

Le tableau est objectivement difficile. Les divisions entre LFI et le PS sont réelles, profondes, et nourries d’ambitions présidentielles contradictoires, portées par des bases sociales différentes. Le PS cherche à se repositionner comme force de gouvernement crédible pour les électeurs du centre ; LFI défend une ligne de rupture. Ces deux logiques sont pour l’instant difficilement conciliables dans une candidature commune négociée entre appareils. 

Des initiatives existent (comme la proposition d’alliance populaire) qui pourraient constituer un point de départ concret. Une candidature de gauche radicale ancrée dans les classes populaires, portant une rupture programmatique claire avec le néolibéralisme, peut tout à fait atteindre le second tour et l’emporter. Les conditions objectives existent : rejet massif du bilan Macron, aspiration à une politique de rupture sociale, abstention massive dans les milieux populaires qui peut se transformer en mobilisation si l’offre politique est crédible et combative.

Sur le sectarisme anti-LFI

Dans une partie du PCF, l’hostilité à LFI et à Mélenchon est devenue une ligne politique en soi : au point de faire oublier que notre adversaire principal est le grand capital et l’extrême droite. Ce sectarisme est humainement compréhensible : il y a eu des pratiques qui ont abîmé nos rapports. Mais il est politiquement suicidaire. Il nous coupe d’une partie de la jeunesse et des classes populaires qui nous demandent d’avancer ensemble.

Cette logique nous isole d’une partie de la jeunesse et des classes populaires, qui ne nous demandent pas d’être identiques, mais de frapper ensemble face au danger social et démocratique. L’histoire récente montre d’ailleurs que les moments de rassemblement ont aussi été des moments de renforcement pour le PCF : la dernière grande vague d’adhésions remonte à la dynamique du Front de gauche.

Selon toute vraisemblance, une démarche de rassemblement nous permettrait aujourd’hui de sortir renforcés, crédibles et utiles : renforcés au niveau militant, crédibles par la prise de responsabilité historique du PCF face à la menace de l’extrême droite, et en capacité d’aboutir à un accord solide pour les élections législatives.

III. « Le PCF doit faire de l’emploi et de l’industrie sa priorité » : la question de la base sociale

Sur la centralité du parti et son rapport aux luttes

Le communisme n’est la propriété de personne. La conscience de classe ne se décrète pas. Elle se produit dans les luttes, dans les contradictions concrètes, dans les corps et les territoires où s’exerce l’exploitation.

Les phénomènes de luttes de classes qui traversent ce pays (et ils sont réels, ils sont puissants) ne partent pas tous des organisations politiques. Ils partent des Gilets jaunes, des Soulèvements de la Terre, des flottilles pour Gaza, du mouvement Adama, des grèves dans la logistique et le soin. Le rôle du parti n’est pas d’en revendiquer la propriété. C’est d’entrer en connivence avec elles, d’en articuler la cohérence politique, d’en donner le débouché.

La centralité du parti, elle se gagne dans ce travail-là. Elle ne se postule pas.

Sur la composition du prolétariat aujourd’hui

L’erreur de la direction Roussel n’est pas d’avoir voulu porter la question de classe. Elle est d’avoir utilisé la classe comme argument polémique pour disqualifier des luttes, plutôt que comme outil d’analyse du réel.

Le prolétariat est multiple, stratifié, dispersé. Il travaille dans les services, la logistique, le soin, la livraison, le nettoyage autant que dans l’industrie. Il est féminisé, sujet au racisme, précaire. Il habite les banlieues, les zones rurales, les villes moyennes. Lui parler en découpant sa vie en tranches séparées : le « vrai social » d’un côté, le racisme et l’écologie de l’autre, c’est ne pas lui parler du tout.

Sur le racisme comme rouage matériel de l’exploitation

Le racisme n’est pas un supplément moral à la domination de classe : il en est un rouage matériel. Il permet de naturaliser l’affectation des travailleurs issus de l’immigration aux tâches les plus dures, les moins payées, les moins visibles. Quand s’ajoute la peur du titre de séjour et le chantage à l’expulsion, on n’est plus seulement un salarié exploité : on est un travailleur placé sous contrainte permanente, donc moins capable de se défendre collectivement.

Ces travailleurs ne sont pas des victimes passives. Ils sont souvent les acteurs les plus déterminés de la résistance : grèves dans la restauration, la logistique, le BTP, mobilisations contre les violences policières, engagements antiracistes et écologistes de la jeunesse des quartiers. Tout cela est de la lutte de classes.

Sur les identités et le repli identitaire

L’identité est une catégorie complexe : aussi complexe que sont les classes populaires aujourd’hui. Elle peut être de classe, nationale, de genre, territoriale, générationnelle. Le repli identitaire tel que le monétise l’extrême droite repose sur des bases xénophobes et racistes. Mais la gauche ne manie pas ces catégories de la même manière pour produire les mêmes résultats. Ce n’est pas la même chose.

Or on perçoit parfois dans le discours de la direction sortante du PCF un signe égal implicite entre des politisations progressistes des questions d’identité et des politisations réactionnaires. C’est une erreur d’analyse, et elle a des conséquences politiques. Elle nous isole des segments du prolétariat qui mènent ces combats (contre le racisme, contre le sexisme) et qui n’ont aucune raison de s’y retrouver si nous les traitons avec suspicion.

Racisme, sexisme, capitalisme : ce ne sont pas trois sujets séparés. Ce sont trois dimensions de rapports de domination qui conduisent à l’exploitation et la surexploitation.

Sur le néolibéralisme et le pouvoir sur la production

Nous ne pouvons pas nous contenter d’un meilleur partage des richesses. C’est une revendication juste, et nous la portons. Elle n’est pas suffisante. Les travailleurs doivent reprendre le pouvoir sur la production. Décider de quoi produire, comment produire, et pour qui.

Et pour rendre confiance et conscience, il faut avoir le courage de déjouer le piège de la respectabilité bourgeoise. Il n’y a pas de communisme pro-business.

À lire : https://nosrevolutions.fr/2026/05/01/la-gauche-le-travail-et-lantiracisme-un-immense-besoin-de-marxisme/

IV. L’internationalisme en actes : Palestine, Ukraine, OTAN

Le PCF a une histoire internationaliste réelle, des liens construits de longue date avec les mouvements de libération nationale, une présence institutionnelle sur la question palestinienne. Ces acquis existent. Ils ne sont pas rien.

Mais ils ne suffisent pas à masquer ce qu’a fait la direction du parti depuis octobre 2023.

Sur la Palestine et les mobilisations populaires

Pendant que des dizaines de milliers de personnes — dont des milliers de militants communistes agissant à titre personnel — descendaient dans les rues pour Gaza, la ligne portée par la direction nationale apparaissait prudente, tardive, confuse. Des réunions de section se sont organisées sans cadre national clair. Des camarades se sont retrouvés à manifester sans consigne nationale, parfois en porte-à-faux avec des prises de position officielles jugées insuffisantes par le mouvement populaire.

C’est le reflet d’une hésitation politique de fond : la direction a semblé craindre davantage d’être associée aux mobilisations larges que d’être absente d’un mouvement historique. Cette crainte a un nom : elle s’appelle privilégier la respectabilité sur la solidarité internationale.

Sur les flottilles pour Gaza

La séquence autour des flottilles est particulièrement éclairante — et douloureuse. Lorsque des initiatives de solidarité concrètes ont été lancées, la direction nationale ne les a pas soutenues. Certaines réactions ont frôlé la moquerie, traitant ces démarches comme des gestes de communication plutôt que comme des actes politiques de solidarité internationaliste conséquents.

Cette posture est d’autant plus grave qu’elle s’est retournée contre le parti lui-même. Lorsque Raphaëlle Primet s’est jointe à la troisième initiative de la Global Sumud Flotilla, des pressions internes ont suivi. Des camarades ont été sommés de choisir entre leur solidarité avec Gaza et leur loyauté envers la ligne nationale. Cette mise en demeure dit tout sur l’état de notre internationalisme en actes.

Notre position doit être sans ambiguïté : soutien au peuple palestinien, cessation immédiate des livraisons d’armes à Israël, suspension de l’accord commercial UE-Israël, soutien aux poursuites devant la CPI, présence aux côtés des mobilisations populaires de solidarité : y compris les flottilles, y compris les actions directes, y compris quand elles bousculent le confort médiatique.

Sur l’OTAN, l’Ukraine, le surarmement

Lors de la campagne présidentielle de 2022, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par Poutine, Fabien Roussel a déclaré sur BFMTV : « l’heure n’est pas à dire qu’il faut sortir de l’OTAN maintenant. » C’est précisément dans les moments de tension internationale que la clarté est la plus nécessaire et la plus difficile à tenir. C’est là qu’elle se prouve ou qu’elle s’efface.

Nous portons l’exigence de sortie de l’OTAN : instrument de projection de la puissance impérialiste américaine et de vassalisation des États européens.

L’européanisation de la force de dissuasion nucléaire française proposée par Macron est une aberration stratégique et démocratique que nous devons combattre sans ambiguïté.

Sur l’Ukraine : solidarité avec le peuple ukrainien victime de l’agression de Poutine, solidarité avec le peuple russe qui en subit les conséquences, refus de l’instrumentalisation de la guerre pour justifier le surarmement généralisé et la banalisation de l’arme nucléaire.

Il convient en outre d’opérer des ruptures avec l’alignement sur l’impérialisme états-unien et l’Union européenne néolibérale, sans renoncer à dénoncer les politiques impériales françaises. La Kanaky en est aujourd’hui l’illustration parmi les plus brûlantes. Par ailleurs, n’oublions pas que la France soutient financièrement et militairement des régimes brutaux et illégitime. Elle appuie notamment les Présidents de Djibouti, de la Côte d’Ivoire ou du Cameroun qui malgré des décennies au pouvoir n’ont rien apporté de positif à leurs populations respectives.

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