Le 16 avril prochain, l’Assemblée nationale examinera la proposition de loi de Caroline Yadan. Officiellement, il s’agit de renforcer la lutte contre l’antisémitisme. Dans les faits, ce texte vise à instaurer un délit d’opinion pour protéger les intérêts diplomatiques et militaires de la France. En tentant de criminaliser « l’antisionisme », le pouvoir macroniste ne cherche à protéger personne, au contraire : l’objectif est d’interdire toute contestation de la politique impérialiste française au Proche-Orient.
L’arsenal juridique actuel permet déjà de condamner sans ambiguïté tout acte ou propos antisémite. Mais pour la bourgeoisie au pouvoir, la loi de 1881 a un défaut majeur : elle ne permet pas de faire taire ceux qui dénoncent le régime d’apartheid israélien ou le génocide à Gaza. En introduisant la notion de « contestation de l’existence de l’État d’Israël » dans le code pénal, la loi Yadan crée un précédent dangereux. Elle transforme une analyse politique – la critique d’un projet colonial et de son idéologie – en un crime de haine, punissable de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. C’est une inversion totale des valeurs : on utilise la lutte contre le racisme pour justifier le soutien à une puissance occupante.
Pour comprendre l’urgence du gouvernement à faire passer ce texte, il faut regarder au-delà de nos frontières. Dans le contexte de 2026, marqué par une instabilité chronique et la montée des tensions (notamment après les frappes sur l’Iran en début d’année), la France durcit sa position de satellite de l’OTAN. Le soutien inconditionnel à Israël n’est pas une question de morale, c’est une question de maintien de l’hégémonie occidentale dans une région clé pour l’approvisionnement énergétique. Pour que les livraisons d’armes et la coopération sécuritaire se poursuivent sans entrave, il faut neutraliser l’opposition intérieure.
La loi Yadan est le bras armé de cette nécessité : il s’agit de délégitimer les voix des classes populaires et de la jeunesse, qui voient dans la lutte du peuple palestinien le miroir de leurs propres aspirations à la justice. Au contraire, le camp internationaliste et progressiste doit défendre le droit des travailleur·ses et des citoyen·nes à analyser le monde, à nommer les oppresseurs et à choisir le camp de la paix et de l’autodétermination des peuples.
Le bloc populaire s’est engagé très tôt pour le retrait du texte, notamment avec la pétition « Non à la loi Yadan », lancée mi-février sur le site du Parlement, mais aussi les alertes de la Ligue des droits de l’Homme et du Syndicat des avocats de France. Propulsée par l’actualité du débat et par le soutien appuyé des député·es de la France Insoumise, la pétition a dépassé les 500 000 signatures le 7 avril. Le passage de ce palier a accéléré le regroupement des forces de gauche autour de la mobilisation du bloc radical.
Le même jour, Olivier Faure et Cyrielle Chatelain ont annoncé le vote des groupes socialiste et écologiste contre le texte. Côté PS, cette décision marque une rupture avec le consensus de « l’antisémitiste Mélenchon » qui dominait jusqu’alors. Malgré la persistance de quelques voix fermement liées à la Macronie, comme celles de François Hollande ou Jérôme Guedj, co-signataires de la proposition de loi, ce basculement témoigne d’un décalage du rapport de force vers la gauche. Côté Écologistes, l’opposition de la majorité au texte malgré le vif débat interne démontre encore une fois que quand le mouvement populaire est combatif, l’aile radicale du parti place le curseur à gauche.
Le lendemain, la direction du PCF a également officiellement pris position pour le retrait du texte. Le groupe GDR avait déjà voté contre la proposition de loi lors de son dépôt le 23 janvier 2026. Cette prise de position tardive de la direction nationale est néanmoins très encourageante, après des mois de prises de position médiatiques incompréhensibles de Fabien Roussel et Léon Deffontaines, dénonçant toujours le soi-disant « antisémitisme » de membres de la France insoumise et ne se plaçant jamais en solidarité de ces dernier·es face aux diffamations haineuses de la bourgeoisie. Il n’est jamais trop tard pour que le parti communiste prenne franchement sa place dans les luttes aux côtés de celles et ceux qui se battent.
Depuis plusieurs semaines, des signaux forts indiquent que la situation évolue en ce sens : l’alliance contre la loi Yadan, mais aussi la victoire de Bally Bagayoko à Saint-Denis obtenue lors des élections municipales notamment grâce à une alliance courageuse du PCF avec LFI, la proposition d’alliance de Manuel Bompard pour 2027 au PCF et à EELV, ou encore le débat exemplaire de Stéphane Peu avec Jean-Luc Mélenchon à l’institut La Boétie, démontrant qu’on peut débattre et travailler, entre communistes et insoumis·es, sans renier sa classe. Poursuivons cette dynamique !
Image d’illustration : CC BY-SA 2.0 Montecruz Foto #GazaUnderAttack demo @ Berlin
