ÉDITO. La guerre d’Iran, le pétrole et le capitalisme


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Les montées de tensions internationales de plus en plus fréquentes ont des conséquences économiques qui remettent en cause la capacité du capitalisme contemporain à se faire accepter grâce à la société de consommation. Les promesses d’une consommation de masse accessible à une large part des populations des pays riches semblent de plus en plus difficiles à tenir face à l’augmentation des prix de nombreuses matières premières.

Les profiteurs de guerre

Les bombardements de l’Iran par les États-Unis et Israël qui ont commencé le 28 février 2026 ont entraîné une explosion du prix du pétrole et des difficultés d’approvisionnement dans de nombreux pays. La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran à partir du 1er mars, par lequel transite une part importante du pétrole échangé dans le monde, a largement freiné la chaîne d’approvisionnement. Un scénario assez similaire à la situation faisant suite à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, presque à la même période de l’année, en 2022.

En France, comme dans d’autres pays, il en résulte une augmentation importante des prix de l’essence et la crainte que les stocks ne s’épuisent. Comme souvent face aux hausses de prix résultant de tensions internationales, il n’est jamais simple de faire la part des choses entre celles se justifiant par les difficultés d’approvisionnement et celles découlant de comportements opportunistes dans la chaîne de valeurs.

Le contexte peut en effet permettre à certains fournisseurs ou distributeurs d’augmenter leurs prix, et au passage leurs profits, sans que cela ne paraisse injustifié. Mais les consommateurs ne sont pas dupes. Comme en 2022, nombreux sont ceux qui dénoncent des hausses injustifiées des prix à la pompe, au point que le gouvernement aille jusqu’à annoncer des contrôles de la part de la répression des fraudes. La guerre peut apparaître comme une opportunité commerciale pour tous les capitalistes, et pas seulement les marchands d’armes.

Mais au-delà de cette hausse conjoncturelle et de l’incertitude de la situation géopolitique et économique actuelle, que nous dit cette crise des mutations du capitalisme contemporain ? Comment celui-ci peut-il continuer de se faire accepter quand l’instabilité et l’incertitude économiques accompagnent une accélération et une multiplication des tensions internationales ?

La fin du compromis consumériste ?

Les années d’après la Seconde Guerre mondiale ont vu, dans beaucoup de pays occidentaux développés, un compromis émerger. Le capitalisme y était considéré comme le meilleur système économique possible, notamment face au contre-modèle soviétique. L’exploitation des travailleurs par la bourgeoisie – la classe des capitalistes – se faisait alors acceptée par quelques hausses de salaires et des améliorations des conditions de travail et vie. Si ces dernières ne sont pas apparues grâce à la bonté des capitalistes mais parce que les travailleurs se sont organisés pour construire le rapport de force, la bourgeoisie s’en est finalement accommodée car cela rendait le système dont elle bénéficie plus « acceptable ».

Depuis, les chaînes de production se sont largement internationalisées et l’émergence de nouvelles technologies a créé de nouveaux besoins chez les consommateurs. Au point qu’aujourd’hui la plupart d’entre nous se verrait mal se passer de son ordinateur, de son téléphone, de son accès à Internet ainsi qu’à des loisirs ou encore à des denrées alimentaires très diverses. Le mode de vie et de consommation dominant dans l’occident capitaliste, qui s’est largement exporté dans des pays émergents non-occidentaux, qui est très jeune à l’échelle de l’histoire humaine, nous apparaît comme un horizon indépassable et on imagine mal revenir en arrière ou faire autrement.

Mais est-ce seulement viable ? Si les actions restent modestes compte-tenu de l’ampleur du problème, les questions environnementales ont entraîné une prise de conscience importante de l’impossibilité de maintenir ce mode de vie, et ce même à court terme. On en est même plus à s’inquiéter de ce qu’il adviendra des générations futures, on s’inquiète de ce qu’il va nous arriver de notre vivant.

Un monde en guerre

S’ajoutent à cela des tensions internationales dont les conséquences semblent nous concerner bien plus directement. Il faut en effet relativiser la paix que l’on dit souvent vivre depuis 1945. Certes, beaucoup de pays développés, comme la France, ne vivent pas en guerre. Dans de très nombreuses régions du monde en revanche, les tensions sont demeurées vives.

Mais le discours est en train de changer et la petite musique de la guerre se fait de plus en plus présente. Si l’idée du « troisième guerre mondiale » émerge souvent sur les réseaux sociaux comme une blague plus qu’autre chose, on entend beaucoup plus de responsables politiques ou militaires nous « préparer » à l’éventualité d’une guerre qui nous toucherait bien plus directement que les guerres « lointaines » auxquelles nous sommes régulièrement confrontées dans l’actualité.

Si la guerre n’est pas encore « à nos portes », on a l’impression que ses conséquences se font de plus en plus tangibles. La guerre en Ukraine puis maintenant en Iran ont des conséquences économiques importantes. Elles montrent que l’interdépendance vendue comme un avantage du capitalisme couplé au libre-échange ne fonctionne que dans le cadre d’un « capitalisme de la paix », qui semble en déclin. Beaucoup de ressources énergétiques ou minières dont dépend énormément le mode de vie associé à la société de consommation semblent voir leur accès se restreindre, ou tout du moins se compliquer.

Pendant ce temps, les capitalistes de la « tech » états-unienne ne semblent pas particulièrement inquiets et foncent tête la première vers le développement financier des « intelligences » artificielles, au mépris des conséquences écologiques, économiques ou encore cognitives. Jusqu’au moment où la « bulle » éclatera et où le mur de la réalité les stoppera. Et nous tous avec. Il apparaîtra alors clairement que, si rien ne change et que la direction empruntée persiste, nos modes de vie ne seront plus compatibles avec le « nouveau monde » dans lequel nous vivrons.

Refuser la fatalité

La montée de moins en moins en rampante et de plus en plus frontale du fascisme est un symptôme grave de ces mutations. Chacun s’accroche à son petit confort et cherche à mettre ses problèmes sur le dos du voisin (l’immigré, le pauvre, etc.). Mais à la fin, il n’en restera plus que pour les capitalistes, qui n’accepteront jamais de partager les richesses qu’ils se garderont pour eux. Et à nous, les travailleurs, les miettes, la guerre et le monde en ruine.

Tout cela n’est pas une fatalité, même si le flot continue de l’information que l’on « scrolle » le laisse parfois à penser. Nos modes de production comme les relations internationales sont bien humaines. Ce n’est pas « comme ça », ce sont des décisions, ce sont des choix. Seul un changement radical des structures de nos économies et de nos sociétés permettra de nous remettre sur un chemin viable. Le « capitalisme de la paix » semble avoir fait son temps dans les pays développés occidentaux et on cherche déjà à nous conditionner à accepter celui de la guerre. Mais les guerres sont humaines, elles sont décidées par des dirigeants qui y ont intérêt. Aucun peuple du monde n’a intérêt à faire la guerre à son voisin. Aucun peuple du monde n’a intérêt à ce que l’on poursuive une trajectoire économique qui nous conduit vers l’abîme écologique.

Nous devons nous convaincre de notre capacité d’action collective et travailler à notre propre prise de conscience ainsi qu’à celle de nos voisins, nos amis, nos camarades, nos concitoyens. Nous devons travailler à renverser les institutions et les modes de production qui nous font jouer contre nos propres intérêts. Nous devons convaincre que faire le communisme partout est la meilleure voie possible pour l’immense majorité du genre humain.


Image d’illustration : « Iran Khuzestan _DSC19407 », photographie du 28 avril 2008 par youngrobv (CC BY-NC 2.0)

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