Résistance et Solidarité, « une brèche dans le blocus » de Cuba


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Après l’agression états-unienne contre le Venezuela et dans le contexte de menaces états-uniennes accrues contre Cuba, Nos Révolutions donne la parole à l’association Résistance et Solidarité, engagée depuis 8 ans dans la solidarité avec les peuples cubain et palestinien. Entretien conduit par Hugo Pompougnac avec Aurélien David, trésorier de l’association.

Nos Révolutions (NRs) : Avant toute chose, pouvez-vous présenter votre association pour celles et ceux qui ne la connaîtraient pas ?

Aurélien David (AD) : Résistance et Solidarité est une association de solidarité internationale concrète dont les activités ont lancées en 2018. Elle développe des projets de solidarité internationale auprès des populations qui subissent violemment les logiques capitalistes et impérialistes. Ainsi depuis 2018, nous avons mené des campagnes de solidarité avec l’île de Cuba, sous blocus états-unien, puis avec le peuple palestinien depuis 2021, qui subit aujourd’hui l’horreur du génocide.

Nos projets de solidarité se sont focalisés sur le secteur de la santé. Pendant la pandémie de Covid, nous avons participé à une grande campagne d’un réseau d’organisations européennes visant à faire parvenir du matériel médical à Cuba. Au total, nous y avons participé à hauteur de 30 000 euros. En Palestine, nous travaillons avec une structure partenaire palestinienne dans la bande de Gaza. Nous y avons financé pour un peu plus de 50 000 euros de matériel médical, essentiellement à travers l’appui d’un hôpital de campagne à Nuseirat depuis 2024.

Notre association vise au développement de la solidarité auprès de ceux qui font le choix de résister aux logiques d’une mondialisation capitaliste marquée par la promotion des valeurs individualistes et de la concurrence. Depuis le 4 août 2023, notre association est reconnue organisme d’intérêt général à caractère humanitaire par l’administration fiscale (ce qui permet à nos donateurs et donatrices de défiscaliser à 66% le montant versé). Face au business de certaines ONG, nous proposons un contre-modèle solidaire, concret et progressiste.

NRs : Le blocus contre Cuba dure depuis des décennies. Aujourd’hui, comment se traduit-il concrètement dans la vie du pays, et notamment dans les services publics comme la santé ?

AD : Les conséquences du blocus sont très concrètes dans la vie quotidienne du peuple cubain. Depuis le premier mandat présidentiel de Donald Trump, celui-ci a été considérablement renforcé : restriction des voyages états-uniens à Cuba, limitation drastique des transferts d’argent des États-Unis vers Cuba alors que nombre de Cubains émigrés aux États-Unis envoient encore de l’argent à leurs familles restées sur place, inscription fallacieuse de Cuba sur la liste du département d’État états-unien des pays soutenant le terrorisme… L’administration Biden n’a en rien assoupli ces mesures et les États-Unis accentuent aujourd’hui leur intimidations juridiques contre les entreprises qui commercent avec Cuba. Il en résulte un isolement sans cesse grandissant de l’île qui connaît une crise économique particulièrement sévère, marquée par une vague d’émigration importante.

Ce blocus affecte donc tous les secteurs de la vie sur l’île : par exemple dans le secteur de l’énergie, principalement lié aux hydrocarbures à Cuba, il entraîne des coupures récurrentes du système électrique malgré l’implication des travailleuses et travailleurs de ce secteur. Le secteur de la santé est aussi considérablement impacté, lui qui doit toujours vivre dans l’incertitude concernant l’approvisionnement en médicaments de base comme les antibiotiques, les traitements pour le diabète ou encore le cancer. L’île dispose d’une industrie bio-pharmaceutique d’excellence mais peine à s’approvisionner en matières premières pour les produire. C’est pour cela que l’une des campagnes que nous avions menée s’est articulée autour de l’approvisionnement en médicaments pour les patients de l’île.

Très concrètement, aujourd’hui des patients atteints de leucémie ne peuvent pas effectuer correctement les cycles de chimiothérapie car des médicaments sont manquants, d’autres ne peuvent pas recevoir de pacemakers car les principaux fabricants mondiaux utilisent des brevets états-uniens pour les produire et n’exportent donc pas vers Cuba. Des cas comme cela, il en existe des milliers dans le secteur médical. Le blocus ce ne sont pas seulement des mesures et des chiffres, mais en bout de chaîne ce sont des patients dont la vie même est menacée. Mais le principal obstacle réside évidemment dans l’achat et l’acheminement de matériel, sachant que tout produit contenant 10% ou plus de composants états-uniens est sujet aux mesures criminelles de blocus. Ainsi, notre campagne nouvellement lancée se propose de faire « une brèche dans le blocus » en faisant parvenir à l’Hôpital Dr Juan de la Cruz Martínez Maceira de Santiago de Cuba un conteneur rempli de matériel médical acheté grâce à la solidarité en France. 

En dépit de tous ces obstacles, Cuba reste une référence mondiale dans le secteur de la santé, on a pu le voir notamment pendant la pandémie de COVID-19 avec le développement du vaccin Soberana, pour lequel notre association avait également mené une campagne, des brigades médicales de solidarité avaient d’ailleurs été envoyées dans certains DOM comme la Martinique. Mais malheureusement du fait de la crise sévère que traverse l’île actuellement, on a vu un recul ces dernières années de certains indicateurs de santé comme par exemple le taux de mortalité infantile. Il y a donc un enjeu fort à soutenir un système de santé gratuit et universel, qui a maintes fois fait ses preuves et a été salué par l’OMS, au moment où celui-ci est fortement menacé par le renforcement du blocus

NRs : Dans les hôpitaux pédiatriques de Santiago de Cuba, quelles sont aujourd’hui les principales difficultés rencontrées par les équipes médicales et les familles ?

AD : Comme nous l’avons souligné plus haut, le blocus illégal et criminel imposé par les États-Unis pose de sérieux obstacles au développement normal des opérations du secteur médical à Cuba. Celui-ci affecte fortement les hôpitaux et ce quelles que soient les spécialités ou les départements. De manière générale, il est de plus en plus difficile pour Cuba de se procurer matériel médical et médicaments. Alors que des entreprises de matériel médical ont accepté de vendre des appareils médicaux à Cuba, certaines se refusent aujourd’hui à vendre les pièces de rechange pour les faire  fonctionner de peur des mesures de rétorsions états-uniennes. Le matériel endommagé a tendance à s’accumuler et les cubains doivent faire preuve d’ingéniosité pour les réparer lorsque c’est possible.

Plus concrètement, le service de pneumologie pédiatrique de l’Hôpital a subi récemment un processus de rénovation qui touche à son terme. Mais l’approvisionnement en matériel médical est une difficulté majeure. Ainsi, tout le service doit être rééquipé entièrement. Il y a donc ici un triple enjeu : permettre aux équipes médicales de travailler avec l’ensemble des outils dont elles doivent disposer ; permettre aux patients d’être accueilli avec la dignité et la qualité auxquelles ils et elles ont droit ; et finalement permettre aux familles d’accompagner au mieux leurs enfants dans cette période stressante que constitue une hospitalisation en les accueillant eux aussi dans des conditions décentes.

NRs : Pourquoi les maladies respiratoires chez les enfants représentent-elles un enjeu aussi important, au point de justifier la réouverture d’un service de pneumologie spécifique ?

AD : Les infections respiratoires sont la première cause de consultations chez les enfants. Cela va du simple rhume à l’infection grippale, aux pneumonies ou encore aux bronchiolites qui peuvent être dangereuses chez les nourrissons. Ainsi, les infections respiratoires aiguës (IRA) sont la première cause d’hospitalisation chez les enfants de moins de 5 ans. L’hôpital prend en charge une population de plus de 320 000 enfants, donc une grande partie du sud-est de l’île. De plus, 50 % des admissions en service pédiatrique dans cet hôpital se font en service de pneumologie. Il est donc indispensable pour la population de disposer d’un service dédié performant pour garantir l’accès aux soins rapide et de qualité pour tous, pilier fondamental du système de santé universel et gratuit de Cuba. Il y a également un enjeu d’accueil des familles sur place pour qu’elles puissent être aux plus près de leurs enfants pendant leur parcours de soins.

NRs : Pouvez-vous expliquer simplement en quoi consiste votre projet et ce que l’envoi de ce matériel va changer concrètement pour les enfants soignés ?

AD : Le projet consiste en l’envoi d’un conteneur maritime rempli de matériel médical à destination de l’Hôpital Pédiatrique Juan de la Cruz Martínez Maceira de Santiago de Cuba. Ce matériel est multiple : les besoins vont de l’équipement basique comme des stéthoscopes, des oxymètres ou des tensiomètres, jusqu’aux lits médicalisés adaptés aux enfants et aux fauteuils roulants. Cette diversité permet aussi de rendre concrets les dons : ainsi, en donnant 15€, on contribue à l’achat d’un thermomètre, 65€ pour un tensiomètre …

Ce conteneur solidaire va contribuer au rééquipement du service de pneumologie pédiatrique, dont nous avons vu plus haut l’importance stratégique dans l’accès aux soins. Cela contribuera à améliorer la qualité des soins prodigués aux patients mais aussi à soulager les personnels médicaux qui doivent soigner dans des conditions parfois difficiles.

NRs : Votre association travaille depuis longtemps avec Cuba. Comment construisez-vous cette solidarité avec les partenaires cubains, sur la durée et dans le respect de leurs besoins ?

AD : Sur nos premiers projets de solidarité avec Cuba, nous avons travaillé au sein du réseau MediCuba-Europe qui travaille en lien avec le Ministère de la Santé Publique de Cuba (MINSAP). Le maître mot est de partir des besoins concrets du peuple cubain et d’essayer d’y répondre au mieux à la mesure de nos capacités.

Pour cette nouvelle campagne qui est portée par notre association, avec l’appui de plusieurs organisations en France, nous avons noué des liens avec la Direction de la santé dans la province de Santiago de Cuba. Nous avons effectué un travail préparatoire par des échanges réguliers avec la Direction de la Santé dans la province de Santiago de Cuba afin d’identifier notre structure partenaire, de comprendre leurs attentes, d’élaborer la liste du matériel nécessaire, prioriser les achats les plus urgents en fonctions de nos capacités, pour finalement élaborer une convention de coopération répondant au mieux aux besoins de l’Hôpital.

Il est très important pour nous de toujours être à l’écoute des besoins. De plus, nous faisons le pari d’aider des structures précises (ici un hôpital) afin de rendre plus palpable et concrète la solidarité et de voir réellement l’impact de nos actions. Nous avons eu à cœur pour cette campagne de nous focaliser sur une province plus excentrée qui n’est pas toujours mise au premier plan dans les projets solidaires. C’est aussi cela garantir l’accès aux soins pour tous. 

Enfin nous concevons notre action solidaire, à l’opposé des logiques charitables voire impérialistes de certaines ONG et gouvernements. Notre solidarité est un modeste appui qui se veut aussi une solidarité politique. Nous partageons le combat des Cubains contre le blocus et pour le droit à leur souveraineté. Par ailleurs, nous pensons qu’il est juste d’appuyer un système de santé gratuit et universel.

NRs : On entend parfois que la solidarité avec Cuba est “idéologique”. Comment répondez-vous à ces critiques quand on parle de soins, d’enfants et de santé ?

AD : Est-il normal que des patients soient privés de traitements adéquats contre le cancer parce que les États-Unis étranglent l’île ? Est-il normal que des entreprises allemandes refusent de vendre du matériel médical à Cuba parce qu’elles ont peur des représailles états-uniennes ? Est-il normal que les entreprises commercialisant les capteurs permettant de réaliser le processus de lyophilisation et donc les greffes osseuses refusent de vendre à Cuba ? Au final ce sont les vies de milliers de personnes qui sont en jeu. Avant toute question idéologique, la réalité c’est ça ! Si défendre l’un des meilleurs système de santé du monde, qui se focalise avant tout sur les besoins des populations, qui repose sur la gratuité et la qualité pour toutes et tous est considéré comme « idéologique », alors oui, nous sommes fiers de mener ce combat là, de Cuba à Gaza et partout dans le monde. 

Il est certain que tous les projets que nous menons à bien sont conformes à nos valeurs de progrès et de soutien aux luttes contre les logiques capitalistes et de marchandisations, qui sont mortifères notamment quand on pense à la santé. C’est une lutte pour la dignité humaine qui devrait tous nous rassembler. Mettre en avant le fait que la santé n’est ni un business ni un privilège réservé aux plus fortunés ou aux pays occidentaux, mais un droit fondamental des peuples partout dans le monde, cela ne devrait pas être perçu comme « idéologique » mais comme du bon sens.

NRs : Pour les lectrices et lecteurs qui souhaitent agir, quelles sont les formes d’engagement possibles pour soutenir cette campagne et, plus largement, le peuple cubain ?

AD : Il y a de multiples façons de s’engager à nos côtés pour cette campagne. Le plus évident est bien sûr la contribution financière via notre site internet. On peut également relayer notre campagne sur nos divers réseaux sociaux pour nous permettre de la faire croître et de toucher un maximum de personnes. Par ailleurs nous allons mener une « caravane solidaire pour Cuba» dans plusieurs villes de France pour y déployer la campagne à travers diverses initiatives : ciné-débat, concerts, rencontres … Chacun y trouvera son compte. Pour donner le plus d’impact possible à cette caravane solidaire, nous ouvrons nos portes à toutes les organisations ou personnes qui souhaitent développer des initiatives dans leur ville ou dans leur quartier.

Nous sommes principalement présents en Île-de-France et dans les Bouches-du-Rhône, mais aussi dans la région de Toulouse, Saint-Étienne, Cherbourg, Clermont-Ferrand… et nous espérons continuer à grandir durant cette campagne. À cette occasion, toutes celles et tous ceux qui se retrouvent dans notre campagne, et plus largement dans nos combats, pourront adhérer à l’association et faire grandir notre mouvement de solidarité envers les peuples opprimés.

Pour faire un don, rdv sur www.resistance-solidarite.org


Image d’illustration : Visuel édité par l’association Résistance et Solidarité. Image recadrée.

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